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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 18:36
Le cas du curé Fossin

Jean, Paul, Victor Fossin est né le 22 novembre 1839 à Charleville, il est ordonné prêtre à l’âge de 29 ans le 19 décembre 1868. Il arrive dans la paroisse de Varreddes le 1er février 1899.

En 1913, notre curé reçoit la médaille commémorative de 1870 au titre d’aumônier volontaire, époque à laquelle il était secrétaire militaire de l’Evêché de Poitiers.

Il a eu comme successeur dans cette fonction le chanoine Emmanuel Briey, devenu par la suite évêque de Meaux.

1914.

En pleine bataille de la Marne, le 7 septembre, notre curé a été le premier des 19 otages de Varreddes.

Malgré de nombreuses et incessantes recherches, des renseignements souvent incomplets ne permettent pas de savoir exactement comment l’abbé Paul Fossin a disparu.

Dans sa lettre circulaire, Monseigneur Emmanuel, évêque de Meaux, apporte quelques précisions :

« … Nous avons acquis aujourd’hui la douloureuse certitude que le Père Fossin a été assassiné par les Allemands.

Aux récits des témoins, dont un jeune officier interné en Suisse après trois ans de captivité qui nous a fait parvenir ses notes personnelles, nous joignons également le témoignage d’un petit chasseur, rapatrié comme infirmier après vingt-cinq mois de captivité, rencontré dans une ambulance de Paris ».

Les différents témoignages seront réunis, pour une meilleure compréhension.

Le jeune officier nous rapporte que : « Faits prisonniers à Borest (3km de Senlis), le mercredi 2 septembre 1914, ils marchèrent avec l’unité qui les avait capturés, dans la direction de Trilport, traversant Ermenonville et Varreddes et passèrent la nuit du 6 au 7 à Trilport.

Le lundi 7 au matin, ils sont emmenés vers le sud ; mais après quelques heures de marche, le groupe de prisonniers militaires revient sur Trilport et dirigé sur Lizy, en repassant par Germigny, Varreddes et Congis.

C’est au cours de cette seconde traversée de Varreddes, presque vide de ses habitants, que le jeune officier trouva le Curé qui était resté à son poste. Il vint au devant des prisonniers, s’entretint avec eux et les réconforta.

Quittons un instant la lettre-circulaire pour raconter les derniers jours du Père Fossin, en lisant ces notes écrites par lui et retrouvées dans la cure.

Je le cite :

« 5 septembre, samedi. - Sur réquisition, passé la journée à indiquer les locaux à l’intendance. Etant à mon bureau, disant mon bréviaire, j’ai entendu passer au-dessus de ma tête un aéroplane qui bientôt éclata et puis… silence. Les deux pilotes, tués sur le coup, furent conduits au cimetière. Vu passer un convoi de prisonniers français. L’église en ambulance. Prisonniers de Guérard sont passés. L’électricité ne fonctionne plus.

« 6 septembre, dimanche. - Mauvaise nuit. Impossible de dire la messe ni de faire l’enterrement des deux aviateurs. La canonnade commencée à 9h, a duré jusqu’à cinq heures sans interruption. Nous avons reçu une pluie de feu. Les batteries allemandes placées derrière le presbytère furent visées par les Anglais. J’ai cru ma dernière heure arrivée. Je fis un bon acte de contrition. Maintenant je vais aller à l’église remercier la bonne sainte Vierge de m’avoir protégé.

« 7 septembre, lundi. Bataille recommencée à trois heures et demie. Impossible de dire la sainte messe. Je rends visite aux Allemands blessés qui sont à l’église. Ce sont les plus légèrement blessés. Ils m’ont tendu la main. Ils sont fatigués. Il m’est impossible de leur donner du pain. Tous les fruits de mon jardin ont disparu. J’ai pu déjeuner chez Mlle Goulle. Pendant que nous sommes criblés de projectiles, les Allemands font tranquillement la cuisine contre le mur du presbytère, au-dessus duquel vole un aéroplane. » (silence)

Moins d’une heure après avoir écrit ces lignes, le curé de Varreddes était prisonnier des Allemands…

Reprenons la lettre-circulaire :

Après une courte halte, ces prisonniers sont séparés du curé et emmenés à Lizy.

C’est dans l’école de Lizy que l’officier et ses hommes passèrent la nuit du lundi 7 au mardi 8 septembre.

Monsieur LERICHE (74 ans) raconte que le curé de Varreddes avait été, à bout de forces, placé par les Allemands dans une voiture. Peu de temps avant, en chemin, l’abbé FOSSIN lui avait donné sa montre en disant : « Tu la feras parvenir à ma famille quand tu pourras, car moi, je crois bien, les Allemands vont me fusilier…»

Mardi 8 septembre, 13 heures « Les prisonniers militaires dont le jeune officier fait partie, voient arriver à Lizy un détachement d’autres prisonniers, parmi lesquels se trouvent des zouaves et des civils, dont un prêtre en soutane et sabots, mais sans chapeau ni rabat.

Pour se protéger contre l’ardeur du soleil, il n’a qu’un mouchoir qui lui couvre la tête. Un peu plus tard on trouvera sa barrette le long du canal. Il a les pieds en sang.

Harassé de fatigue, il cherche à s’asseoir, il est roué de coups.

Le jeune officier s’avance, reconnait le curé de Varreddes et engage une conversation.

Le prêtre lui fait le récit suivant :

« Le 6 septembre vers 14 heures, une automobile allemande contenant des officiers d’état-major, dont un général, arrive à Varreddes et m’oblige de donner aux Allemands l’hospitalité. »

Le Père FOSSIN désigne le presbytère et l’église pour étendre les blessés à venir.

Lui-même se rend à l’église, pour en sortir les chaises et mettre de l’huile dans les lampes.

Ceci fait, il récite sa prière et sort enfin de l’église vers 19 heures, pour rentrer au presbytère, une bougie à la main…

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Published by Pierre
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