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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 16:21
Le Grand Saint Antoine

Le Grand Saint Antoine

XVIIIe siècle : La peste à Marseille

 

Les victimes du ‘Grand Saint-Antoine 

Le Grand-Saint-Antoine est mis en quarantaine « douce » : les marins sont débarqués et enfermés dans un lazaret (dispensaire), près de l'île de Pomègues.

L’équipage, une fois à terre, jettent leurs ballots de linge sale infecté du virus de la peste, par-dessus la palissade du lazaret à des lavandières… En deux mois, la ville de Marseille va perdre la moitié de ses 100 000 habitants, la peste va tuer dans l'ensemble de la région pas moins de 220 000 personnes !

20 juin, 1720, rue Belle-Table, quartier misérable de Marseille, Marie Dunplan, une lavandière de 58 ans meurt après quelques jours d'agonie. Elle a un charbon sur les lèvres. Les médecins n'y prennent pas garde. Comment feraient-ils le rapprochement avec la Peste noire des temps médiévaux ? 

Le 28 juin, dans le même quartier, meurt un tailleur de 45 ans, Michel Cresp et deux jours plus tard, c'est au tour de sa femme…

Le 9 juillet enfin, deux médecins, les Peyronnel père et fils, se rendent rue Jean-Galant au chevet d'un enfant de treize ans. 

Ces deux médecins comprennent de suite que c’est la peste et avertissent les autorités.

Le 22 juillet, un gros orage, accompagné de chaleur et d'humidité, accélère la prolifération du bacille. 

Les victimes de la contagion meurent en moins de deux jours, l'épidémie fait un millier de morts par jour dans la ville. 

On mure les maisons des victimes. On poudre les cadavres de chaux...

 

L’Héroïsme de l’évêque et de l’échevin

Né dans la religion réformée, il se converti au catholicisme à 16 ans, devint prêtre, puis évêque de Marseille, Henri-François-Xavier de Belsunce de Castelmoron. 

Conseiller du roi et éminent personnage du royaume, il se signale par son dévouement exceptionnel. Il parcourt les rues, assiste et secourt les malades, au mépris de la mort qui finalement l'épargnera. Il met le palais épiscopal au service du corps médical en veillant à la propreté du linge.

Plus tard, il refusera le titre de pair de France, préférant terminer sa vie comme évêque de Marseille. 

Le cours Belsunce et le lycée du même nom rappellent son héroïsme.

 

Un autre personnage, le chevalier Nicolas Roze, se détache des secouristes.

Cet échevin offre la liberté à des galériens en échange de leur assistance. Sous sa conduite, les bagnards et 40 soldats volontaires s'entourent le visage de masques en tissu et enlèvent, puis incinèrent, les 8 000 cadavres qui pourrissent sur la place de la Tourette et alentour.

Tâche indispensable et ô combien dangereuse ! Sur 200 bagnards libérés le 1er septembre, 12 sont encore en vie le... 6 septembre. 

Le chevalier Roze, renouvelant ses effectifs, poursuit inlassablement sa tâche. Lui-même est atteint par la peste mais il en réchappe par miracle, alors que les chances de survie ne dépassaient pas 1 pour mille.

 

La lutte contre la peste

Chef de l'escadron des galères, Monsieur de Langeron est nommé commandant de la ville et, avec 6 compagnies de soldats, fait rapidement fermer les lieux de rassemblement (églises, tripots....) et arrêter les pilleurs. 

La mortalité dans la ville commence à baisser en décembre avec seulement un ou deux morts par jour.

Le 29 septembre 1721, après 40 jours sans nouvelle victime, la population rend grâce à Dieu pour l'avoir enfin délivrée du fléau.

Mais on s'est décidé trop tard à boucler Marseille, début septembre, et le bacille a pu se répandre dans l'intérieur des terres de sorte qu'il faudra encore deux années de luttes pour éradiquer la peste du Languedoc et de la Provence.

Quant au ‘ Grand-Saint-Antoine’ il est remorqué sur l'île Jarre, en face des calanques, et brûlé le 26 septembre 1720 sur ordre du Régent Philippe d'Orléans (on peut encore voir ses restes). 

Quant au capitaine Chataud, il est emprisonné sur l'île d'If.

Après cet épisode dramatique, on n'entendra plus jamais reparler de la peste en Europe... mais les sociétés vont découvrir que l'on n'est jamais à l'abri d'une épidémie… 

(A suivre : Variole, Syphilis….

(source : Hérodote – Charlotte Chaulin)

 

 

 

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