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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 11:22
Un hôpital au Kansas durant l'épidémie de grippe espagnole, en 1918.

1ère partie du XXe siècle : la « grippe espagnole »

 

Alors que le monde est engagé dans la guerre la plus meurtrière du début du XXe siècle, un virus mystérieux décime à pas de géant les populations.

En quinze mois, de mars 1918 à mai 1919, l’humanité est frappée par la plus terrible épidémie de grippe qu’elle ait jamais connue, avec près de cinquante millions de victimes. 

On a longtemps cru que les premiers cas de grippe étaient apparus au États-Unis le 4 mars 1918, dans un camp de formation militaire de Fort Riley, au Kansas, avec 500 soldats en partance pour l'Europe hospitalisés en une semaine. Mais c’est bien plutôt en Europe que le virus se manifeste pour la première.

Tout commence en février 1916. Le médecin-major de première classe Carnot observe à Marseille une « épidémie de pneumococcie » qui « a éclaté chez les travailleurs annamites avec une gravité considérable ».

Le taux de mortalité atteint 50% dans les centres hospitaliers qui accueillent ces appelés vietnamiens souffrant de pneumonie. 

Les médecins français ne s’inquiètent pas, il s’agit probablement d’un mal exotique étranger à la race blanche et en pleine guerre, ils ont d’autres soucis en tête.

En 1917, dans un camp militaire du nord de la France, à Étaples-sur-mer, des soldats souffrent d’une forte fièvre dont il apparaîtra plus tard que c'est la grippe « grippe espagnole ». Comment le virus aurait-il atteint ces malheureux ? Peut-être par le biais des oiseaux migrateurs qui nichent à proximité du camp, dans la baie de la Somme, et ont pu l'amener d'Asie.

Dès lors les cas d'infection se multiplient à travers la France, comme en avril 1918 dans les tranchées de Villers-sur-Coudun. 

Mais très vite, les Européens ne sont pas épargnés...

 

Première vague de l’épidémie en Europe.

Au mois de mai et juin 1918, les pneumonies se font de plus en plus mortelles. 

Dans cette guerre qui décime l’Europe, l’épidémie passe inaperçue, les décès sont attribués à la pneumonie et la censure militaire est stricte. 

Les presses européennes et américaines ont l’interdiction de relayer des informations au sujet de ce virus.

L’Espagne, qui a conservé sa neutralité dans le conflit, est épargnée par la censure et le 22 mai 1918, un premier journal madrilène diffuse l’information, d’où le nom de « grippe espagnole » qui va lui rester. 

Les Anglo-Saxons l’appellent, eux, « influenza », en référence au virus qui a fait 200 000 morts en Espagne en 1889. 

 

La pandémie

Les choses semblent se calmer à l’été 1918. L’épidémie serait-elle passée ? 

Bien au contraire, elle redouble de force et sa deuxième phase, entre les mois de septembre et novembre 1918, s'avère la plus mortelle, alors même que les soldats commencent à rentrer du front. 

Après les militaires, les civils sont affectés à leur tour.

Fin 1918, en Europe, l'épidémie connaît un nouveau répit avant d’entrer dans sa troisième et dernière phase en janvier-mai 1919. Profitant du retour des soldats, la grippe s'installe aussi en Australie.

Vaccins et sérums, recettes de grand-mères, tisanes (eucalyptus, quinine), ou encore saignée et injections d’essence de térébenthine, une multitude de traitement tous plus inefficaces les uns que les autres voit le jour. Ce sera la mutation naturelle du virus et l’immunisation progressive de la population qui met un terme à la pandémie durant l’été 1919.  

 

Célèbres victimes

La ‘grippe espagnole’ n’épargnera personne, y compris les célébrités le poète Guillaume Apollinaire, mort le 9 novembre 1918, à 38 ans. Deux ans plus tôt, dans les tranchées, il avait été gravement blessé à la tempe.

L'écrivain Edmond Rostand, décède le 2 décembre 1918, à 50 ans, de cette épidémie. 

Le pionnier français de l’aéronautique Léon Morane, ou les frères Dodge, célèbres constructeurs automobiles américains en sont également victimes, comme beaucoup d’autres connus ou inconnus.

 

Bilan 

La grippe espagnole dans le monde a longtemps été sous-évalué faute de données relatives aux pays non occidentaux. 

A partir des années 1970, grâce à l'étude approfondie des tables de mortalité partout où elles étaient disponibles, l'historien Freddy Vinet, donne une fourchette entre 45-50 millions de victimes (de 150 à 240 000 pour la France).

Cette pandémie a fait prendre conscience de la menace de la mondialisation des épidémies et maladies infectieuses

En France, dans les années 1920, le président du Conseil Georges Clemenceau, créé un ministère de l’Hygiène. Les services d’hygiène étant jusqu’alors répartis dans huit ministères différents. 

Ce système a été également adopté au Royaume-Uni, en Inde, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. 

En 1920, a été créé le Comité d’hygiène de la SDN (Société des Nations), ancêtre de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), pour prévenir les futures pandémies.

Cette grippe a été la pire épidémie du XXème siècle, mais n’est pas sans précédent, elle a été la première à prendre une telle ampleur. 

La grippe précédente, en décembre 1889 - janvier 1890, arrivée en Europe d’Asie par la Russie, n’avait pas marqué les populations qui s’en étaient débarrassé bien plus facilement.

 

A suivre… (La mondialisation des virus, le Sida)

(Source : Hérodote – Charlotte Chaulin)

 

 

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