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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 21:32

abbe-fossin.JPG

 Jean, Paul, Victor Fossin est né le 22 novembre 1839. Il a été ordonné prêtre à l’âge de 29 ans le 19 décembre 1868.

On trouve un passage comme professeur au collège Notre Dame de Dunkerque, puis secrétaire du Monseigneur Pie ; prêtre auxiliaire à St Fiacre ; curé de Bussy-saint-Georges.

Paul Fossin devait avoir un caractère bien trempé.

En 1895*, curé du village Bussy Saint Martin, il déclare détenir un morceau de la cape de saint Martin et à l’occasion du 15e centenaire de ce saint, il organise en 1897 une cérémonie pour honorer la relique en espérant créer un pèlerinage.

Cette initiative trouble la campagne électorale de Gaston Menier, maire de Bussy St Martin, désireux d’enlever à Alcide Derveloy son siège de député.

Pour couper court à cette manifestation, un arrêté municipal interdit le territoire de Bussy St Martin à la cérémonie.

Ne pouvant ce dérouler à Bussy St Martin, c’est à Bussy St Georges qu’elle se déroule.

Après le retour à l’église il est accueilli par la gendarmerie de Ferrières et le Garde Champêtre et par jugement du 22 octobre 1897, devant le tribunal de simple police de Lagny il sera  condamné à deux amendes respectivement de 1 et 2 francs.

Prêtre auxiliaire à St Fiacre, curé de Bussy St Georges, il arrive dans sa nouvelle paroisse le 1er février 1899 : Varreddes.

En 1913, notre curé reçoit la médaille commémorative de 1870 au titre d’aumônier volontaire, époque a laquelle il était secrétaire militaire de l’Evêché de Poitiers.

Il a eu comme successeur dans cette fonction le chanoine Emmanuel Briey, devenu par la suite évêque de Meaux.

 1914.

En pleine bataille de la Marne, le 7 septembre, notre curé a été le premier des 19 otages de Varreddes.

Malgré de nombreuses et incessantes recherches, des renseignements souvent incomplets ne permettent pas de savoir exactement comment l’abbé Paul Fossin a disparu.

Dans sa lettre circulaire Monseigneur Emmanuel, évêque de Meaux, apporte quelques précisions :

… Nous avons acquis aujourd’hui la douloureuse certitude que le Père Fossin a été assassiné par les Allemands.

Aux récits des témoins, dont un jeune officier, interné en Suisse après trois ans de captivité, qui nous a fait parvenir ses notes personnelles, nous joignons également le témoignage d’un petit chasseur, rapatrié comme infirmier après vingt-cinq mois de captivité, rencontré dans une ambulance de Paris.

Les différents témoignages seront réunis, pour une meilleure compréhension.

Le jeune officier nous rapporte que : « Faits prisonniers à Borest (3km de Senlis), le mercredi 2 septembre 1914, ils marchèrent avec l’unité qui les avait capturés, dans la direction de Trilport, traversant Ermenonville et Varreddes et passèrent la nuit du 6 au 7 à Trilport.

Le lundi 7 au matin, ils sont emmenés vers le sud ; mais après quelques heures de marche, le groupe de prisonniers militaires revient sur Trilport et dirigés sur Lizy, en repassant par Germigny, Varreddes et Congis.

C’est au cours de cette seconde traversée de Varreddes, presque vide de ses habitants, que le jeune officier trouva le Curé qui était resté à son poste. Il vint au devant des prisonniers, s’entretint avec eux et les réconforta.

Quittons un instant la lettre-circulaire pour raconter les derniers jours du Père Fossin, en lisant ces notes écrites par lui et retrouvées dans la cure.

 Je le cite :

« 5 septembre, samedi. - Sur réquisition, passé la journée à indiquer les locaux à l’intendance. Etant à mon bureau, disant mon bréviaire, j’ai entendu passer au-dessus de ma tête un aéroplane qui bientôt éclata, et puis… silence. Les deux pilotes, tués sur le coup, furent conduits au cimetière. Vu passer un convoi de prisonniers  français. L’église en ambulance. Prisonniers de Guérard sont passés. L’électricité ne fonctionne plus.

« 6 septembre, dimanche. - Mauvaise nuit. Impossible de dire la messe ni de faire l’enterrement des deux aviateurs. La canonnade commencée à 9h, a duré jusqu’à cinq heures sans interruption. Nous avons reçu une pluie de feu. Les batteries allemandes placées derrière le presbytère, furent visées par les Anglais. J’ai cru ma dernière heure arrivée. Je fis un bon acte de contrition. Maintenant je vais aller à l’église remercier la bonne sainte Vierge de m’avoir protégé.

« 7 septembre, lundi. Bataille, recommencée à trois heures et demie.  Impossible de dire la sainte messe. Je rends visite aux Allemands blessés qui sont à l’église. Ce sont les plus légèrement blessés. Ils m’ont tendu la main. Ils sont fatigués. Il m’est impossible de leur donner du pain. Tous les fruits de mon jardin ont disparu. J’ai pu déjeuner chez Mlle Goulle. Pendant que nous sommes criblés de projectiles, les Allemands font tranquillement la cuisine contre le mur du presbytère, au-dessus duquel vole un aéroplane. » 

Moins d’une heure après avoir écrit ces lignes, le curé de Varreddes était prisonnier des Allemands…

Reprenons la lettre-circulaire :

Après une courte halte, ces prisonniers sont séparés du curé et emmenés à Lizy.

C’est dans l’école de Lizy que l’officier et ses hommes passèrent la nuit du lundi 7 au mardi 8 septembre. »

Monsieur Leriche (74 ans) raconte que le curé de Varreddes avait été, à bout de forces, placé par les Allemands dans une voiture. Peu de temps avant, en chemin, l’abbé Fossin lui avait donné sa montre en disant : « Tu la feras parvenir à ma famille quand tu pourras, car moi, je crois bien, les Allemands vont me fusilier…»

Mardi 8 septembre, 13 heures « Les prisonniers militaires dont le jeune officier fait partie, voient arriver à Lizy un détachement d’autres prisonniers, parmi lesquels se trouvent des zouaves et des civils, dont un prêtre en soutane et sabots, mais sans chapeau ni rabat.

Pour se protéger contre l’ardeur du soleil, il n’a qu’un mouchoir qui lui couvre la tête. Un peu plus tard on trouvera sa barrette le long du canal. Il a les pieds en sang.

Harassé de fatigue, il cherche à s’asseoir, il est roué de coups. »

Le jeune officier s’avance, reconnait le curé de Varreddes et engage une conversation.

Le prêtre lui fait le récit suivant :

« Le 6 septembre vers 14 heures, une automobile allemande contenant des officiers d’état-major, dont un général, arrive à Varreddes et m’oblige de donner aux Allemands l’hospitalité. »

Le Père Fossin désigne le presbytère et l’église pour étendre les blessés à venir.

Lui-même se rend à l’église, pour en sortir les chaises et mettre de l’huile dans les lampes.

Ceci fait, il récite sa prière et sort enfin de l’église vers 19 heures, pour rentrer au presbytère, une bougie à la main…

Le matin suivant, les français attaquent.

Le curé de Varreddes est accusé de leur avoir fait la veille au soir, des signaux lumineux dans le clocher.

Vu son âge et sa difficulté de marcher cela lui était impossible de monter dans le clocher.

Il est arrêté avec 18 autres civils du village.»

Les otages revenus de captivité ont raconté que « tout le long de la route les Allemands avaient brutalisé M. le curé, le traitant d’espion. Ils le roulèrent dans les orties, le frappèrent à coups de crosses de fusils et même avec des betteraves  qu’ils lui jetaient ensuite à la tête et lui firent toutes sortes de misères et d’avanies ; »

Vers 17 heures, le 8 septembre, les prisonniers civils et militaires au nombre d’environ 180, sont rassemblés et emmenés dans une grange.

Arrêtés devant la porte de cette ferme, des uhlans passent…

Reconnu, notre curé est l’objet particulier de leurs menaces.

Bafoué, bousculé par ces uhlans, il demeure très digne, sans s’émouvoir des blasphèmes que l’ennemi adresse surtout à son caractère sacerdotal.

Les prisonniers entrent dans la ferme. L’officier a pour voisin le curé de Varreddes, il lui propose de « faire son lit », de disposer la paille pour permettre au vieillard épuisé de s’étendre sans retard.

Celui-ci le remercie. « Il en a bien vu d’autres », dit-il ; et  raconte à P.B. la vie qu’il avait l’habitude de mener, dédaigneux des fatigues ; et  dit aussi son attachement pour son pays, son église…

Peu après, à 18 heures, commence la scène tragique dont l’officier a été le témoin :

Un jeune Allemand, capitaine de gendarmerie avec monocle, cravache, parlant un français sans accent, accompagné de 2 ou 3 gendarmes, fait apporter une table et trois ou quatre chaises.

Paul Fossin est appelé…

Immédiatement, un interrogatoire sommaire commence : Nom, prénoms, âge ? Expliquez-vous…

Le curé est accusé de trahison pour avoir fait la veille au soir des signaux à l’armée française du haut de son clocher.

Il veut s’expliquer, répond qu’il a allumé des cierges dans l’église parce qu’il devait enterrer un soldat français.

On l’interrompt immédiatement ; « Taisez-vous !...

N’ai-je pas le droit de me défendre ? réplique le curé.

Vous n’êtes qu’un menteur, lui est-il répondu ; »

L’Allemand furieux généralise l’outrage en l’appliquant à tous les prêtres français.

Le prêtre reste stoïquement au garde à vous.

Avez-vous un témoin à décharge, lui est-il cependant demandé…

Après hésitations, un civil se présente et raconte l’histoire que le curé avait lui-même narrée.

Vous n’étiez pas présent ? Non, c’est M. le Curé qui me l’a raconté ;  le témoignage est considéré comme nul.

Sans autres formes de procès, le curé est immédiatement condamné à être fusillé.»

L’officier a personnellement et distinctement entendu la sentence.

Paul Fossin, calme, revenant vers les prisonniers français, dit à l’officier: « La plus belle mort est de mourir pour la France. Priez pour moi, comme moi je prierai pour vous de là-haut. »

« Me trouvant à ses côtés dit un autre témoin, soldat prisonnier, j’ai voulu le rassurer en lui disant qu’il ne serait pas fusillé. Il m’a répondu qu’il avait fait son devoir, et qu’il était assez vieux pour mourir. »

Quittant cette ferme, à l’exception du curé,  un des otages indique qu’à partir de ce moment là, on ne revit plus Monsieur le Curé, qui avait été très maltraité à coups de crosses de fusils et grossièrement injurié.

« Les Allemands le roulaient dans les orties de la ferme. Défiguré, soutane en lambeaux, le visage tuméfié, il nous était interdit  de lui parler et même de le regarder afin que l’on ne puisse pas rendre compte des mauvais traitements qu’il avait subits…

« On nous fit partir, laissant M. le curé  seul dans un coin de la cour, gardé baïonnette au canon.

« Un grand chef nous dit qu’il serait jugé, mais cela voulait dire fusiller.»

« Dix minutes après, dit encore le soldat prisonnier, nous avons entendu une fusillade, et n’avons plus revu Monsieur le curé.

 Son corps ne fut jamais retrouvé, a t-il été enseveli ou tout simplement brûlé pour effacer toutes traces ?

Nous ne le saurons jamais… Il fut le premier prêtre du département à donner sa vie pour la France et pour l’Eglise.

Ce soir pensons à lui, mais n’oublions pas le sort des 18 autres otages : 7 furent massacrés par les Allemands, 2 sont morts en captivité, 6 sont revenus après 6 mois de captivité et 3 ont pu fuir sur la route de leur funeste destin**.

* Dès 1897  l’abbé Collon de la société des antiquaires de l’ouest, aumônier du pensionnat des frères de Poitiers conteste l’authenticité de cette manche, appartenant en réalité à un gambison : vêtement matelassé porté sous une armure, datant du XIVe où XVe siècle.

Le pèlerinage tant convoité par notre abbé ne verra jamais le jour.

** Texte écrit par l'auteur du blog et lu le 27 sept. 2014 en l'église de varreddes en hommage aux victimes

Place-Fossin.JPG

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Published by Pierre - dans Varreddes
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