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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 20:53

Vendredi 24 juin1791, retour de Varennes

Les vingt-cinq gardes nationaux meldois que la municipalité avait dû faire partir le 22 juin pour se joindre à l’escorte ramenant la famille royale sont heureux à la pensée d’être chez eux ce soir. Le cortège entourant la berline progresse lentement sous un soleil de plomb.

Vers vingt heures, c’est l’arrivée à Meaux, beaucoup de badauds se pressent sur les côtés de la route toute droite qui mène au faubourg Saint Nicolas où l’accueil est ricaneur et même injurieux. C’est la bousculade, l’escorte est disloquée.

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Ce n’est qu’à la nuit tombante, par les rues étroites de la vieille ville, dans le bruit et les insultes, que la famille royale atteint la place Saint –Etienne et le parvis de la cathédrale.

La voiture entre dans la cour de l’évêché et s’arrête devant la tour carré du palais épiscopal jadis occupé par Bossuet. Partout se pressent des curieux et des gardes nationaux. Certains Meldois regardent ce spectacle insolite en se penchant aux lucarnes des toitures ; d’autres, plus hardis, grimpent aux faites des cheminées ou s’agrippent aux sculptures de la cathédrale.

La famille royale monte, à la lueur des torches, jusqu’aux appartements préparés hâtivement à son intention. Pour atteindre leurs chambres, les voyageurs harassés doivent traverser sur la droite, dans la moitié de sa longueur, la grande salle capitulaire, encombrée de militaires, de municipaux et de curieux qui avaient réussi à se glisser jusque-là.

Pendant que la famille royale se repose, on organise tant bien que mal les logements ; des bourgeois prêtent des lits et des couchages. Pour le matériel de table, une partie de la vaisselle et du linge est emprunté au maître de poste, Petit.

Mais pourquoi l’évêque de Meaux ne peut-il pas recevoir comme il se doit ces hôtes inattendus ? Car « l’évêque » actuel, Mg Thuin, est pauvre. Né à Montereau en 1731, ancien curé de Dontilly, élu évêque constitutionnel de Meaux le 28 février 1791, sacré le 27 mars 1791(il fit son entrée solennelle à Meaux le 3 avril), Mg Thuin n’occupe dans le palais épiscopal qu’une chambre modestement meublée.

L’évêque « réfractaire » est Mgr Camille-Apollinaire de Polignac, né à Paris en 1745, nommé évêque de Meaux le 28 février 1779 et aumônier de la reine en 1780. Il refusa la constitution civile du clergé, protesta contre l’élection de Mgr Thuin, subit la mise en demeure de l’administration du district de Meaux le 29 décembre 1790 et dut s’exiler au début 1791. Mgr de Polignac avait fait entreposer son mobilier au couvent des ursulines, proche de l’évêché.

On en utilise une partie pour meubler à la hâte les chambres mises à la disposition de la famille royale. Il est maintenant 20 heures, on annonce le souper commandé à Levallois, le meilleur cuisinier de la ville. Le roi souffre de la chaleur et, contrairement à son habitude, soupe légèrement. Des ordres sont donnés afin que la ville soit illuminée, non pour insulter à l’infortune, mais afin de rendre plus difficile toute insurrection populaire qui serait plus facile à la faveur de l’obscurité.

Bien qu’à cette heure les portes de la ville soient fermées, des curieux arrivent sans cesse de la campagne et campent dans les fossés au pied des vieux remparts. Le bruit sourd fait par cette foule est tel qu’il parvient jusqu’aux appartements occupés par la famille royale.

Pétion prend à part le roi et lui offre de faire évader les trois gardes du corps Valory, Malden et Moustier en les déguisant en gardes nationaux. Malgré tout, la reine désire que les gardes du corps conservent leur livrée. « Le roi doit rentrer à Paris avec sa famille est ses gens comme i en sortie » dit-elle.

Samedi 25 juin 1791

Réveil à cinq heures. Le roi trouve son linge si sale qu’il demande une chemise à un huissier. Petit déjeuner : un plat  d’œufs, crème, sucre et pain.

louis XVI

Louis XVI

Au moment où la famille royale quitte l’évêché, Mgr Thuin veut se justifier de l’avoir si mal reçue en disant qu’il occupe son siège depuis trop peu de temps pour être pourvu de toutes les choses nécessaires. Le roi lui répond : « Quand on n’est pas chez soi, on est dispensé de s’excuser. »

A six heures, c’est le départ par une chaleur de 22°. Dans la cour de l’évêché, un détachement de la garde nationale parisienne à cheval entoure la berline.

Quelques instants plus tard on ouvre les grandes portes de fer donnant sur le parvis de la cathédrale. Le cortège se heurte à une cohue énorme où il faut bien cependant se frayer un passage. On tourne à droite en descendant la rue Saint-Rémy au bas de laquelle on passe la porte Saint-Rémy franchie en sens inverse mardi dernier par les fugitifs avec espoir et non appréhension comme aujourd’hui. Le convoi progresse lentement ; vers 10 h il est simplement à Claye, vers midi à Villeparisis.

A 15 h, à Pantin, a lieu une courte halte où l’on rencontre M. de La Fayette qui attendait là avec son état-major. A l’arrivée, le cortège contourne Paris le long du mur d’enceinte, entre par la porte de la Conférence et descend les Champs-Elysées où des gardes nationaux présentent les armes crosse en l’air. « Quiconque applaudira le roi sera bâtonné, quiconque l’insultera sera pendu. » cet ordre est suivi ainsi que la consigne « pas un cri et les têtes couvertes ».

La portière de la berline s’ouvre, le roi sort tranquillement, puis se dirige vers le château. Les Parisiens ne disent rien. Mais à la vue de la reine, il y a quelques cris hostiles « A bas l’Autrichienne ! »

Par contre, le peuple s’attendrit à la vue du dauphin et de sa sœur que l’on applaudit : « Voilà l’espérance, le soutien des Français. »

Il est dix-neuf  heures, ce samedi 25 juin 1791, les portes du château des Tuileries sont fermées, des gardes sont placés jusque dans les chambres.

(Source : des tuileries à Varennes A. Cordier -le drame de l’été 1791-G. Lenotre)

 

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Published by Pierre - dans histoire
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