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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 21:53

cahiers.jpg Selon Francesco Maiello, un quart seulement ‘des livres de raison’ tenu vers 1582 note l'introduction du calendrier grégorien.

Les livres de raison sont des journaux personnels qui peuvent contenir aussi bien des informations économiques (comptabilité de ménage ou d'artisan) que des renseignements sur la vie quotidienne (événements familiaux, transcriptions d'almanachs, etc). Ils étaient habituellement tenus par le Chef de Famille.

 

F. Maiello en déduit que notre système actuel d'orientation dans le temps par année, mois et quantième de mois, (par date), était loin d'être entré dans les mœurs à cette époque.

La citation précise d'un jour (expl : 24 Août 1572) était rare, dans les campagnes françaises, les paysans se repéraient dans le temps grâce aux phénomènes saisonniers mais aussi aux fêtes, et en particulier celles ces "saints" (Saint Barthélemy pour prendre le même exemple).

Pour preuve les dictons toujours d’actualité: "A la sainte Luce, les jours croissent du saut d'une puce". 

 

Choix pas si hasardeux : avant la réforme, la sainte Luce était au 23 décembre, juste après le solstice. Mais, après la réforme, avec dix jours de moins, la sainte Luce se trouva avancée au 13 décembre, période où les jours décroissent encore.

Etienne Tabourot des Accords tenta en 1588 de remplacer ce dicton par "Le soleil, la veille de Noël s'esquive"…. peine perdue.

Il n'en restait pas moins vrai que le nouveau calendrier touchait aussi à ce qui n'était pas une mesure quantitative du temps. Sans parler de l'échéance du règlement des fermages et autres traites.

 

A part quelques initiés, la majorité de la population française fut prise de court par cette réforme qui s'appliqua assez brusquement. De l'ordonnance royale du 2 novembre à la suppression des dix jours de décembre, il ne se passa pas beaucoup de temps.

 

Selon J. Delatour le nouveau calendrier fut reçu de manière différente selon, d'une part, le niveau d'instruction et, d'autre part, la religion.

Dans le domaine des contrats, tout se passa relativement bien. Le parlement de Paris avait bien insisté sur le fait que les termes ne seraient pas raccourcis de dix jours. De leur côté, les tribunaux royaux veillèrent à ce que cette règle fut strictement respectée.

 

Les plus instruits, eux, accueillirent assez favorablement le nouveau calendrier en ne manquant pas, au passage, comme l'écrit J. Delatour de "blâmer l'obscurantisme populaire".

 

Le meilleur témoin de cet accueil mitigé de la réforme selon les classes est peut-être Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592), élu du parlement de Bordeaux, il était bien placé pour juger de l'impact de la réforme grégorienne sur la vie quotidienne des agriculteurs :

Tantôt  il se plaint de ce changement :

"Que l'eclipsement nouveau des dix jours du Pape, m'ont prins si bas, que je ne m'en puis bonnement accoustrer. Je suis des années, ausquelles nous comtions autrement. Un si ancien et long usage, me vendique et rappelle à soy. Je suis contraint d'estre un peu heretique par là. Incapable de nouvelleté, mesme corrective. Mon imagination en despit de mes dents se jette tousjours dix jours plus avant, ou plus arriere : Et grommelle à mes oreilles."

Et tantôt il constate qu'il n'a rien qui puisse affecter la vie des agriculteurs qui usent d'une autre mesure du temps :

"Combien de changemens doivent suyvre ceste reformation ! Ce fut proprement remuer le ciel et la terre à la fois. Ce neantmoins, il n'est rien qui bouge de sa place : Mes voisins trouvent l'heure de leurs semences, de leur recolte, l'opportunité de leurs negoces, les jours nuisibles et propices, au mesme poinct justement, où ils les avoyent assignez de tout temps."

 

Montaigne En 1571,  prendra la décision de se retirer dans la "librairie" de son château (en Dordogne) pour y lire et écrire. 

Et les détracteurs n'étaient pas loin...

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Published by Pierre - dans Calendrier
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