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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 17:18
Organe du réseau de résistance et d'évasion

Il y 75 ans, le général de Gaulle, annonçait à la population française la fin de la guerre dans un discours radiodiffusé :

« La guerre est gagnée. Voici la victoire. C'est la victoire des Nations Unies et c'est la victoire de la France. L'ennemi allemand vient de capituler devant les armées alliées de l'Ouest et de l'Est. »

Tels furent les premiers mots de l'allocution radiophonique du Général de Gaulle le 8 mai 1945 à 15 heures.

 

La Seconde Guerre mondiale se termine officiellement le 8 mai 1945, à 23h01 (heure allemande), le lendemain de la capitulation sans condition de l'Allemagne nazie, signée le 7 mai à Reims à 2h 41.

Dès janvier 1943, lors de la conférence de Casablanca, les Alliés préparent les conditions de la fin de la guerre. Ils se mettent d'accord pour exiger une reddition sans condition des forces nazies sur l'ensemble des fronts occidentaux et du côté soviétique. 

 En mai 1945, alors que les troupes nazies subissent les attaques simultanées sur les fronts ouest et est. Le suicide d'Hitler met un terme aux velléités de résistance des derniers officiers du IIIe Reich. 

Le 7 mai Alfred Jodl (exécuté à Nuremberg le 16/10/1945), envoyé par Doenitz (Adolf Hitler l’avait désigné par testament comme son successeur à la tête du Troisième Reich), signe la capitulation de l’Allemagne à Reims.

 

La signature en France

La signature se passe dans un poste avancé des quartiers généraux d'Eisenhower "Supreme Headquarters Allied Expeditionnary Force" établi à Reims, dans un collège de la rue Jolicoeur, devenu Lycée Roosevelt

Eisenhower, préfère signer avec les alliés occidentaux, les croyants plus faibles que Staline,
mais Staline veut signer la reddition de son côté pour marquer l'opinion soviétique et frapper les esprits; il veut signer cet acte à Berlin.

Les autorités françaises organisent la présence de la France lors de ces deux événements. 

À Reims, le général Bedell Smith, chef d’état-major d’Eisenhower, préside la séance et signe le texte puis le général Sousloparov pour les Russes, et pour les Français le général Sevez*, sous-chef d’état-major de la défense nationale (Juin étant à San Francisco). 

17 journalistes, sont convoqués par le général Eisenhower pour assister à la signature de la capitulation totale des Allemands. 

Pour laisser le temps à Staline d'organiser les conditions de sa propre signature de la victoire, Eisenhower accepte de maintenir l'information secrète et impose aux journalistes présents un embargo de 36 heures.

 

La signature à Berlin

La cérémonie de Berlin est plus solennelle même si le texte est identique. 

De Gaulle y envoie le général de Lattre de Tassigny pour représenter la France. 

 

Télégramme du général de Gaulle au général de Lattre de Tassigny.

« Paris, le 7 mai 1945.

Je vous ai désigné pour participer à l’acte de la capitulation de Berlin. Il est prévu que seuls le général Eisenhower et le représentant du commandement russe signeront comme parties contractantes. Mais vous signerez comme témoin. Vous devrez, en tout cas, exiger des conditions équivalentes à celles qui seront faites au représentant britannique, à moins que celui-ci pour Eisenhower. »

(Sources : Charles de Gaulles, Mémoires de guerre : Le Salut : 1944-1946, Paris, Plon, 1959.

 

De Gaulle évoque dans ses mémoires l’incident d’une double représentation occidentale, anglaise avec l’air Marshall Tedder et américaine avec le général Spaatz. 

Ainsi la France est signataire de l’acte final de capitulation au même titre que l’URSS, les États-Unis et la Grande-Bretagne.

La présence française lors de la signature de la capitulation à Reims ne soulève pas de difficulté. Cependant pour le lendemain à Berlin celle-ci ne paraît pas évidente. Joukov représentant l’Union soviétique, puissance invitante, feint de ne pas être au courant. 

Un petit drapeau français est préparé dans l’urgence pour figurer sur la table. 

Cependant le conseiller politique soviétique Vichinsky cherche (sans succès), à empêcher la présence française.

La réaction du général Keitel (exécuté à Nuremberg le 16/10/1945), souligne combien la présence française n’était pas attendue et combien elle reste une victoire diplomatique du général de Gaulle. : Le feldmarschallKeitel ne put retenir cette phrase lourde de sens : « Quoi ? Les Français aussi ! », « Les Français ici ! C’est un comble », « Les Français sont là ! Nous sommes bien bas… » (Mémoires de guerre du général de Gaulle).

Le chef du gouvernement provisoire de la République décide en son nom et conduit (pratiquement) seul une grande partie des opérations, notamment les relations avec les Alliés. 

Dans l’incapacité d’exiger d’être signataire contractant, comme auraient pu aussi le revendiquer d’autres pays actifs dans la lutte contre le nazisme, de Gaulle obsédé par la nécessité d’être présent accepte la signature au titre de témoin. Il revendique une place comme État au même titre que le Royaume-Uni.

Cela d’autant plus que la France fut absente des rencontres de fin de guerre entre Alliés dont Yalta au début de l’année 1945, mais aussi plus tard celles de Potsdam, la présence française à Reims et à Berlin, même au titre de témoin signataire assure au pays une place de choix dans le camp des vainqueurs, reconnaissant par là même la participation de l’armée française en reconstruction à la libération de l’Europe occidentale. C’est ce que voulait De Gaulle dès la défaite de juin 1940 et l’entrée en résistance inaugurée par l’appel du 18 Juin.

 

Commémoration du 8 mai

La loi du 7 mai 1946 prévoit que la commémoration du 8 mai 1945 soit fixée au 8 mai de chaque année, si ce jour est un dimanche, ou le dimanche suivant. 

A partir de 1951, la commémoration perd de son importance alors que les associations d'anciens combattants réclament la reconnaissance du 8 mai comme jour férié et chômé. Ces associations organisent ainsi leur propre manifestation. 

L'adoption de la loi n° 53-225 du 20 mars 1953 clarifie la situation : le 8 Mai est déclaré jour férié (mais non chômé) de commémoration en France. Cela n'empêche pas les cérémonies de revêtir un réel éclat de 1953 à 1958.

Dans une logique de réconciliation avec l’Allemagne, le président De Gaulle supprime le caractère férié de ce jour par le décret du 11 avril 1959, qui fixe la date de la commémoration au deuxième dimanche du mois de mai.

En 1968, le décret du 17 janvier décide que le 8 mai sera commémoré chaque année, à sa date, en fin de journée.

Dans cette logique afin de souligner la volonté des Européens d’organiser en commun leur avenir, le président Giscard d’Estaing, supprime en 1975 la commémoration de la victoire alliée de 1945.

Cette décision suscite un tollé général de la part des associations d’anciens combattants.

Le 2 octobre 1981, par la loi n°81-893, le président François Mitterand, rétabli cette commémoration et ce jour férié et ajoute cette date à la liste des jours fériés désignés par le code du travail.

Le général Sevez est décédé le 29 février 1948 à Ichenhein, en Allemagne, au cours d'une partie de chasse. Tué en plein coeur par une balle d'un autre chasseur, ayant ricoché sur la peau d'un sanglier.

Sources : Charles de Gaulle, Mémoires de guerre-Mémoires d’espoir – Plon. Oct 2019 – Site gouv.fr

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 10:00
Stèle égyptienne figurant un patient victime de la polio. XVIIIe dynastie (1403-1365 av. JC).

Stèle égyptienne figurant un patient victime de la polio. XVIIIe dynastie (1403-1365 av. JC).

10. La Poliomyélite

 

L'histoire de la poliomyélite communément appelée la « polio », est connue depuis la préhistoire. 

Des peintures et des sculptures de l'ancienne Egypte montrent des personnages actifs mais ayant des membres décharnés, et de jeunes enfants se servant de cannes pour marcher

Des égyptologues anglais ont, il y a une cinquantaine d’années, reconnu des traces de polio sur un squelette datant de 3400 ans avant J.C…

Il est difficile de savoir à quelle époque et à quel endroit le virus de la polio a fait son apparition et de dater les grandes épidémies d’avant le XXe siècle, (l’obligation de notifier les cas de polio, dans chaque pays, ayant été prise qu’au début du siècle dernier (pour la France, le 28 septembre 1916). 

Le premier cas certain de polio est peut-être celui de Sir Walter Scott ,  qui affirme avoir fait en 1773 une « fièvre dentaire » sévère qui lui a ôté la force de sa jambe droite.

La première description de la polio est donnée en 1789 par le médecin britannique Michael Underwood ; il qualifie la polio de « débilité des extrémités inférieures »

Au début du XIXe siècle, la maladie était connue sous des noms aussi variés que « paralysie dentaire », « paralysie sinale infantile », « paralysie essentielle des enfants », « myélite des cornes antérieures », « téphromyélite », et enfin « paralysie du matin »

Il faut attendre 1840 pour qu’un médecin orthopédiste allemand, Jacob Heine, publie le premier article sur la poliomyélite : il nomme la maladie « état paralysant des extrémités inférieurs ».

Karl Oscar Medin, pédiatre suédois, en décrivit les diverses formes qu’il put observer lors d’une épidémie, vers 1890.

La maladie nommée « mal de Heine, devient alors « maladie de Heine-Medin » avant qu’il ne soit parlé de paralysie infantile, de paralysie spinale infantile puis de poliomyélite antérieure aiguë.

À la fin du XIXe siècle, les observateurs notent des bouffées épidémiques (poussée temporaire d'un foyer d'endémie) plus fréquentes, puis de véritables poussées épidémiques dans des régions jusque-là indemnes. 

À partir de 1910, les épidémies de polio deviennent des événements fréquents dans le monde développé, surtout dans les villes et durant les périodes estivales. 

Cette infection virale de la moelle épinière cause une paralysie et, elle source de mortalité.

 

Les grandes épidémies

Elles apparaissent en Europe et aux États-Unis autour de 1900.

Au moment de son pic, dans les années 1940 et 1950, la polio est la cause du décès ou du handicap de plus d'un demi-million de personnes par année dans le monde.

Chaque pays connut « ses » grandes épidémies

Les premiers cas épidémiques sont observés dans les pays Scandinaves (années 1880), notamment en Suède, 1881 et surtout 1887où Medin observe à Stockholm 29 puis 44 cas. 

La Scandinavie subira de nombreuses épidémies : 1895, 1899, 1905 allant jusqu'à plus de mille cas.

En France, la première description d’une épidémie est celle de Sainte-Foy-L'Argentière, près de Lyon, où l’on observe 13 cas en 1885.

À partir de 1905, des poussées épidémiques s'étendent au reste de l'Europe. Pays-Bas 1905, Allemagne 1909, France 1910, 1926, 1929 (Alsace).

De 1900 à 1925, la polio toucha beaucoup d’enfants à travers l’Europe et aux USA.

Vers 1930, de jeunes adultes contractèrent la maladie et vers 1945, des adultes plus âgés.

Lorsqu'un pays est touché par une forte épidémie, il est fréquent de voir, l'année suivante, les pays voisins atteints à leur tour. 

Ainsi la Suisse en 1941, puis l'Allemagne en 1942, et la France en 1942-1943.

De 1945 à 1956, la polio s’étendit à un point tel que la psychose s’installa.

En France, on dénombra entre 1 500 et 2 000 cas chaque année pour passer à plus de 4 000 cas en 1957 et 2500 en 1959. Le dernier cas déclaré date de 1992.

Après la 2e guerre mondiale, la polio s'étend au Royaume-Uni, à l'Europe centrale, et à l'Union Soviétique.

 

Éradication de la maladie

La peur collective face à ces épidémies a donné lieu à une mobilisation publique d'envergure, afin de développer de nouvelles méthodes de prévention et de traitement de la maladie. 

Une idée s'impose : la polio est bien une maladie contagieuse, débutant par une phase pré-paralytique de type grippal. 

On constate que la polio échappe aux mesures traditionnelles de santé publique telles que l'isolement, la quarantaine ou la désinfection. 

La polio touche les pays avancés, notamment ceux où l'hygiène est meilleure, et la mortalité infantile la plus faible et On constate que chez ces adultes, les séquelles sont souvent plus graves que chez les enfants. 

Karl Landsteiner et Erwin Popper sont considérés comme les auteurs de la découverte du poliovirus en 1908.

Le virus responsable de la polio, fut isolé en 1949 et déboucha, grâce à Pierre LépineJonas Salk et Albert Sabin, à la mise au point de vaccins.

Salk l’inventeur du vaccin (tué/inactivé/injectable : le vacci Jonas Salk), fut officialisé en 1955.

Le vaccin (vivant/atténué) inventé par Albert Sabin en 1957, eu l’autorisation d’utilisation en 1961. 

Au Danemark, Carl Gunnar Engström met au point en 1952, un respirateur artificiel qui permet de remplacer les « poumons d'acier » des années 1930. 

Son introduction en France, lors de l'épidémie de 1954-1955 (2000 cas) permet d'abaisser la mortalité

Dès 1958, une vaccination de masse a été organisée pour les enfants âgés de 6 mois à 15 ans (le vaccin injecté de type Salk).

En 1963, c’est avec le vaccin oral Sabin, qu’est vacciné la population âgée de 6 mois à 40 ans.

Durant l'ère vaccinale, des épidémies localisées de polio sont survenues aux Pays-Bas, dans des communautés opposées à la vaccination (raisons religieuses), en 1978-79 et en 1992-1993.

Ces vaccinations de masse ont définitivement jugulé les épidémies

En France, le dernier cas de polio date de 1989, le dernier cas importé de 1995.

L'élimination de la polio dans la région Europe a été déclarée officiellement en 2002 par l'OMS.

Des réapparitions sont apparues en Israël en 2013 (aucun cas, mais circulation détectée de virus sauvage), en Russie et Tajikistan en 2010 (plusieurs centaines de cas) 

Les retombées positives de la polio ont été le développement de la médecine physique et de réadaptation moderne et celui des droits des personnes handicapées dans le monde entier.

 

Sources : Recherches diverses (lecture, sites médicaux, etc..)

A suivre : La médecine

 

 

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 14:51
25/4/1945: Vote de Madame de Gaulle

25/4/1945: Vote de Madame de Gaulle

29 avril 1945 : Les Françaises votent pour la première fois

 

Tandis que la guerre contre l'Allemagne touche à sa fin, le Gouvernement provisoire du général de Gaulle, à Alger, promulgue le 21 avril 1944 une ordonnance en faveur du droit de vote des femmes : « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes » … Il était temps !

Les Françaises étant parmi les dernières femmes du monde occidental à acquérir le droit de voter et celui de se faire élire.

Le vote à la française

Au début de la démocratie française (Révolution 1789), le droit de vote était réservé aux propriétaires de sexe masculin. L’adoption de la Nouvelle Constitution, instaure un suffrage censitaire masculin (système dans lequel le droit de vote est réservé aux contribuables versant un montant minimal d’impôts, en cens). 

Les femmes, les domestiques et les pauvres, du fait de leur dépendance économique, n'étaient pas en situation d'exercer un choix libre.

Le droit de vote, impliquait des devoirs dont celui de défendre la Patrie et, s'il le faut, verser son sang pour elle (la citoyenneté « active »).

Les femmes n'étant pas requises pour porter les armes, elles ne justifiaient donc pas du droit de vote !

 

Le suffrage universel

La IIe République, instaure par la loi du 5 mars 1848 le suffrage universel… Masculin.

 Malgré les revendications féministes portées par des personnalités comme  George Sand où Olympe de Gouges (Révolutionnaire née en 1748, qui plaida pour le droit du divorce, droit accordé le 20 septembre 1792, ce qui ne l’empêcha pas d’être guillotinée le 3 novembre 1793), le droit de vote leur était toujours interdit.

Les militaires étaient aussi exclus du droit de vote, les parlementaires ne souhaitaient pas qu'ils prennent parti dans les luttes politiques, l'armée avait gagné le surnom de « Grande Muette »

C'est seulement le 17 août 1945 (5 mois après les femmes, que les militaires ont obtenu le droit de vote).

 

Des précurseurs inattendus

Dès le XVIe siècle dans les assemblées locales en Corse, au temps où l'île était sous souveraineté gênoise, les femmes corses votent et leur droit est confirmé par la Constitution de Pascal Paoli en 1755... puis aboli après l'annexion française.

 

Une lente émancipation pour les Françaises.

Les opposants au vote des femmes tiennent à des préjugés personnels et à la crainte paradoxale que les femmes renforcent le camp conservateur. 

La gauche radicale et socialiste craint également que les femmes rallient le camp clérical et se soumettent aux injonctions de leur curé !

Entre les deux guerres mondiales, sous la pression des mouvements suffragistes, d'intellectuelles comme Louise Weiss, la Chambre des députés vote à plusieurs reprises en faveur du vote féminin. Mais les propositions sont six fois repoussées par le Sénat.

Elles ne peuvent voter, mais les Françaises accèdent tout de même à des fonctions gouvernementales. 

Après la victoire du Front Populaire en 1936, dans le gouvernement de Léon Blum, trois femmes obtiennent un sous-secrétariat d’État : Cécile Brunschvicg, Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie. 

Au plus fort de l'Occupation, en novembre 1943, Mlle Marie-Rose Bouchemousse est nommée maire de Vigeois (Corrèze).

Il faudra attendre l’ordonnance du Général de Gaulle, pour qu'enfin les Françaises obtiennent le droit de vote.

L'égalité des droits est inscrite dans le préambule de la Constitution de la IVe République (27 octobre 1946) : « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme ».

Dès lors les femmes sont régulièrement présentes dans les gouvernements. 

La France se distingue de la plupart des grandes démocraties européennes par la très faible représentation des femmes dans la vie politique. 

Le nombre d'élues à l'Assemblée Nationale stagne aux environs de 30 (5% des députés) jusqu'en 1997, date à laquelle il passe à 59 grâce à un effort du Parti socialiste.

 

Le statut des femmes en Europe et dans le monde

Le statut social des femmes connaît une régression en Europe au début du XIXe siècle sous l'effet du droit romain. 

Pour que l'on cesse d'assimiler les femmes à d'éternelles mineures, il faut attendre des plaidoyers comme celui du philosophe britannique John Stuard Mill qui, assisté de sa femme Harriett, publie en 1869 un essai retentissant, The Subjection of Women (La soumission des femmes).

 

Les premières à obtenir le droit de vote sont les habitantes du territoire américain du Wyoming en 1869, suivies par les Néo-Zélandaises en 1893, les Australiennes en 1902, les Finlandaises en 1906, enfin les Norvégiennes en 1913. Les allemandes et en République tchèque en 1918, Espagne en 1931, Cuba 1934, la Chine 1949.

Au Canada, et dans le reste de l'empire britannique, les femmes obtiennent le droit de vote (sous réserve d'être propriétaires) aux scrutins fédéraux en 1918… mais les provinciales du Québec, devront attendre 1940 !...

En Grande-Bretagne comme dans le reste du monde anglo-saxon, c'est par leur rôle au sein des associations caritatives que les femmes commencent à s'imposer dans la vie publique.

Le combat des « suffragettes »

En 1897, Millicent Fawcett (50 ans), disciple de John Stuard Mill, prend la présidence de la National Union of Women's Suffrage (« Union nationale pour le suffrage féminin »). 

Réunissant des dizaines de milliers de sympathisants tant masculins que féminins, la NUWS va devenir sous son impulsion le principal mouvement suffragiste du monde.

Mais le combat pour le droit des femmes devient « plus dur » en 1903 avec la création par une mère de famille, Emmeline Pankhurst du mouvement des « suffragettes ».

A la différence de la Ligue suffragiste de Millicent Fawcett (NUWS), qui préconise des actions conventionnelles, dans une stricte légalité, la Women's Social and Political Union (WSPU) d'Emmeline Pankhurst et de sa fille Christabel prône le recours à des actions violentes contre les biens et les propriétés.

Bénéficiant d'un courant de sympathie et de ressources financières importantes, cela lui permet d'organiser des marches massives comme le Women's Sunday (« Dimanche des femmes ») du 21 juin 1908.

Les actions se font de plus en plus violentes…  La répression policière aussi. 

Les militantes agissent dans la clandestinité, brisent les vitrines, jettent des bombes dans des boîtes aux lettres... et arrivent même à faire sauter de nuit la résidence secondaire du Premier ministre, toujours en veillant à ne blesser personne. 

Battues, parfois incarcérées, elles font en prison la grève de la faim en vue d'obtenir le statut de prisonnières politiques mais l'administration riposte en les gavant de force, pratique qui sera par la suite interdite.

Le 8 juin 1913, au Derby d'Epson, Emily Davison se jette sous les sabots du cheval du roi George V, il meurt de ses blessures. 

Le drame, filmé par la presse internationale, a un retentissement planétaire mais il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour que les « suffragettes » obtiennent enfin une demi-victoire, le 28 décembre 1918, avec l'octroi du droit de vote aux femmes de plus de... 30 ans.

C'est le début d'un mouvement d'émancipation mondial.

 

Enfin l'égalité civique.

Les dirigeants occidentaux font mine d'ignorer les revendications mais changement d'attitude sous le prétexte du rôle actif qu'ont joué les femmes dans la vie sociale pendant la Grande Guerre.

Tandis que les hommes combattaient dans les tranchées, elles ont dû les remplacer aux champs, dans les usines et dans les bureaux. 

Elles ont également témoigné de leur patriotisme comme infirmières et aides-soignantes dans les hôpitaux de campagne. Tout cela mérite récompense... 

Le 15 juillet 1919, le pape Benoît XV lui-même se prononce en faveur du droit de vote des femmes. 

Aux États-Unis, le 26 août 1920, la ratification du XIXe Amendement à la Constitution, étend le droit de vote à l'ensemble des femmes du pays. 

A l'initiative du dictateur turque, Moustafa Kémal (ce qui n’a aucune conséquence dans ce régime autoritaire !), les femmes obtiennent le droit de vote en 1934.

Les femmes belges acquièrent ce droit aux élections municipales en 1920 et celui d'être élues en 1921 mais c'est seulement en 1948 qu'elles obtiennent les mêmes droits civiques que les hommes. 

La France se montre particulièrement lente pour une raison paradoxale : ses élus de gauche redoutent que les femmes aillent renforcer les rangs de la droite et des cléricaux. 

C'est seulement en 1945, à l'initiative du général de Gaulle, que les Françaises obtiennent le droit de vote, 76 ans après les américaines !

Les femmes Suisse, attendront le 7 février 1971 la loi imposant le suffrage féminin à tous les échelons politiques…Mais depuis 2010, les suissesses sont majoritaires au sein du gouvernement fédéral.

Les femmes portugaises voteront en 1976 et l’Arabie-Saoudite en 2011.

 

L’ordonnance du 21 avril 1944

C’est le député (PCF) Fernand Grenier (1901-1992), qui est à l’origine du droit de vote des femmes

La question du vote des femmes fut posée au mois de mars 1944 par le député Fernand Grenier. 

Se référant aux déclarations du général de Gaulle pendant la guerre, il souhaitait que l’Assemblée Consultative reconnaisse le droit de vote et d’éligibilité des femmes « afin que nous lui manifestions notre solidarité et notre volonté de ne plus la traiter en mineure, en inférieure ».

Malgré la volonté affichée par le Général de Gaulle dès 1942, un grand nombre de réticences virent le jour lors des débats sur le vote de l’amendement défendu par le député Grenier du 24 mars 1944 à l’Assemblée consultative provisoire.

 

Les interventions de Paul Giacobbi :

« Pensez-vous qu’il soit très sage dans une période aussi troublée que celle que nous allons traverser que de nous lancer ex abrupto dans cette aventure que constitue le suffrage des femmes ? » ou encore celle d’Antoine Bissagnet* : 

« L’amendement Grenier amènera un déséquilibre très net, car il y aura deux fois plus de femmes que d’hommes qui prendront part au vote. Aurons-nous donc une image vraie de l’idée du pays ? En raison de ce déséquilibre, je préfère que le suffrage des femmes soit ajourné jusqu’à ce que tous les hommes soient rentrés dans leurs foyers, et c’est pourquoi je voterai contre l’amendement » étaient représentatives des positions de certains des membres de cette Assemblée Consultative provisoire.

 

On entendit beaucoup d’arguments spécieux de procédure pour faire obstacle aux droits de vote et d’éligibilité des femmes. Heureusement, le courage et la détermination d’autres délégués permirent de contrebalancer ces résistances.

« Quand il s’agit de jeter les femmes dans le creuset de la guerre, est-ce que nous attendons ? Sera-t-il dit toujours que l’on exigera de nos compagnes l’égalité devant l’effort de la peine, devant le sacrifice et le courage, jusque devant la mort sur le champ de bataille et que nous mettrons des réticences au moment d’affirmer cette égalité ». 

(Robert Prigent, syndicaliste chrétien, membre du parti démocrate populaire).

 

L’amendement sur le droit de vote et d’éligibilité fut fermement défendu par le député Grenier et grâce à sa ténacité, l’article 16 de l’amendement fut adopté le 24 mars 1944 à la majorité de 51 voix contre 16 sur 67 votants et devient l’article 17 de l’ordonnance du 21 avril 1944 signée par De Gaulle.

 

 * Antoine Bissagnet a été nommé administrateur adjoint de 3ème classe des Colonies à titre exceptionnel par le général de Gaulle, membre de l'Assemblée Consultative d'Alger où il est le délégué de l'AOF.

Élu Secrétaire de l'Assemblée, il reprend malgré tout sa place de sous-lieutenant d'Infanterie Coloniale au sein du Régiment de Marche du Tchad (RMT) de la 2ème DB du général Leclerc et participe à la campagne de Normandie où il trouve la mort au combat, le 10 août 1944, au cours de l'attaque de l'église de Doucelles (Sarthe), qui se trouvait aux mains des Allemands. Il est inhumé à Saint-Clar, dans le Gers.

Antoine Bissagnet était :  Chevalier de la Légion d’Honneur, Compagnon de la Libération - décret du 29 avril 1943,  Croix de Guerre 39/45,  Médaillé de la Résistance avec rosette.

Sources : Hérodote – site du gouvernement - BNF

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 17:35

 

Le tragique tour du monde du commodore George Anson : 

 

Ce voyage au long cours Réalisé entre 1740 et 1744, est resté comme l’une des pires tragédies en mer. 

À cette époque, l’Angleterre dispute à l’Espagne le contrôle des Caraïbes et des Amériques. 

L’amirauté britannique confie au capitaine Anson la mission de piller la côte pacifique de l’Amérique du Sud qui est une importante zone de commerce espagnol.

 

Nommé Commodore à la tête d’une escadre de 7 navires (1 vaisseau de ligne, 3 frégates,un sloop et 2 navires de transport), George Anson a beaucoup de mal à recruter son équipage, (marins de la Navy, marins du commerce et hommes de troupes), car plus encore que les Espagnols, c’est le scorbut que redoutent les hommes d’équipage anglais ! 

Il quitte Plymouth le 18 septembre 1740, avec six vaisseaux dotés d’un équipage de 1400 marins, mais trop tard pour passer le cap Horne à la bonne saison.

Après le franchissement du Cap Horn, à l’extrémité de l’Amérique du Sud, alors que de violentes tempêtes se succèdent, la maladie se déclare et terrasse les marins. 

Il perd alors trois de ses vaisseaux, mais avec le reste de sa flotte, il réussit à rallier l’île Juan Fernandez dans le Pacifique, riche en fruits et végétaux. 

 

-La Royal Navy leur avait fourni plusieurs traitements parmi les plus populaires d’alors : l’élixir de vitriol (un mélange d’acide sulfurique et d’alcool), du vinaigre et un médicament laxatif appelé « Ward’s drop and pill », tous inefficaces. -

Pendant les trois mois que dure l’escale sur l’île Juan Fernandez. L’équipage se repose et mange des fruits et des végétaux. L'efficacité des vivres frais sur les marins ne fait aucun doute (sans qu’ils en comprennent les raisons proprement scientifiques). 

Leur mission les contraint à traverser le Pacifique pour gagner Canton et de nouveau le scorbut ressurgit durant l’été 1742 avec des conséquences tragiques : un seul bateau arrivera à Canton ! 

De l’équipage initial de 1400 hommes ne subsistent plus que 188 marins. 

Par un coup de chance incroyable, le 20 juin 1743, Anson capture un riche galion espagnol venant des Philippines après un bref combat au cours duquel il ne perd que quelques hommes.

Le voyage su Commodore Anson fut un désastre sur le plan humain, mais son retour en Grande-Bretagne en rade de Spithead, le 15 juin 1744, avec un seul vaisseau le ‘Centurion’, mais avec un trésor de 400 000 livres lui valurent un prestige populaire.

En dépit des pertes en vies humaines très élevées, l’Amirauté a considéré cette mission comme un succès, notamment du fait de la capture du vaisseau espagnol. 

Devenu riche et célèbre, le commodore Anson sera nommé Premier Lord de l’Amirauté en 1751.

 

George Anson

George Anson naît le 23 avril 1697 dans la demeure familiale de Shugborough, dans la paroisse de Colvich (Staffordshire).

Il s'engage à 15 ans en 1712 dans la Royal Navy à bord du HMS Ruby.

En 1717, il est lieutenant à bord du HMS Montague, nommé commander en juin 1722 il est affecté au sloop HMS Weazel (« Belette ») et sert en mer du Nord.

Promu post-captain en 1724, il reçoit le commandement de la frégate HMS Scarborough.

En 1734, une nouvelle mission le conduit sur les côtes américaines. À son retour, pour la première fois depuis son entrée dans la marine, il passe deux ans à terre. 

En 1737, il reçoit le commandement du HMS Centurion, un vaisseau de ligne de 60 canons.

Sa victoire en 1747 sur le chef d’escadre français ‘La Jonquière’ lui valut la prairie et le titre de vice admiral d’Angleterre.

Élu député à la Chambre des Communes de 1744 à 1747. 

Vice-amiral du Royaume-Uni en 1755 puis amiral commandant en chef des flottes de sa Majesté. 

Il est à deux reprises First Lord of the Admiralty (1571à 1756 et de 1757 à 1762)

Durant la guerre de sept ans, en mai 1758, il est à la tête de la flotte britannique qui fit le blocus devant Brest et mène des attaques contre Saint-Malo.

Personnalité réservée, il ne brillait guère en public.

La Grande-Bretagne lui doit une réorganisation efficace de sa Royal Navy, qui grâce à son impulsion devient la plus redoutable force navale du monde au XIXe siècle.

Surnommé comme étant le « Père de la marine » (« The Father of the Navy »), il décède en juin 1762 à l’âge de 65 ans.

 

A suivre : La Poliomyélite

(Source : Hérodote – Charlotte Chaulin)

 

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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 17:18
8. XXIe siècle, le retour de la peste marine : le scorbut.

Retour de la peste marine : le scorbut.

Depuis une dizaine d’années, la gale, la tuberculose, ces maladies qui évoquaient saleté et misère, tenues  pour disparues sont réapparues en France.

C’est ainsi que des médecins en 2017 ont détecté plusieurs cas scorbut.

Comment expliquer le retour d’une telle maladie, si facile à prévenir, dans la France du XXIe siècle ?

 

Une longue histoire

Cette affection est connue depuis la plus haute Antiquité, mais il a fallu attendre de nombreux siècles pour l’identifier avec précision.

Il fait des ravages au XVIIe siècle pendant le blocus de la Rochelle par Louis XIII (1628), et au XIXe siècle durant la Grande Famine d’Irlande (1845-1846).

La présence du scorbut est attestée dans les voyages d’exploration, comme ceux de René Caillié à Tombouctou en 1828.

Les aventuriers de la ruée vers l’or en Californie (1848), paient au prix fort les ravages du scorbut, lors de la périlleuse traversée des Rocheuses.

Il décime également les camps de prisonniers de la guerre de Sécession (1861-1865), tout comme pendant le siège de Paris lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

 

Baptisée la maladie de la bouche puante dans les écrits de Pline l’ancien (Histoire naturelle), elle est surnommée à la fin du XVIe siècle par le capitaine anglais Richard Hawkins ‘la peste marine’ pour évoquer le caractère irrémédiablement contagieux et épidémique de ce fléau qui semble incurable et qui dévastes les marins en mer.

On retrouve le scorbut dans l’équipe de l’explorateur Robert Falcon Scott, pendant son expédition au pôle Sud en 1901. C’est au cours des grandes expéditions maritimes des XVe et XVIe siècles que la maladie est associée au monde marin.

Paradoxalement, ce sont les avancées technologiques qui ont amené le scorbut parmi les équipages en permettant aux vaisseaux de naviguer sur des plus grandes distances et d’augmenter la durée des escales.

 

Entre la fin du XVe siècle et le début du XXe siècle, les récits d’équipages décimés par le scorbut sont légion. Les épopées des grands navigateurs seront endeuillées par ce mal qui emportera parfois la quasi-totalité des équipages.

En 1497, Vasco de Gama voit apparaître le scorbut parmi son équipage au bout de 12 à 15 semaines de navigation. En 11 mois, ce mal va causer la perte de 120 de ses 160 marins.

En 1519, le premier Tour du monde, réalisé par Ferdinand de Magellan, sera tout aussi funèbre. Sur les 265 marins embarqués pour le voyage, 18 seulement parviendront au bout du voyage, la plupart ayant péri à cause du scorbut.

 

L’historiographe de Magellan, Antonio Pigefetta, décrit les symptômes avec rare acuité : « Les gencives commencent à enfler, des abcès se forment dans la bouche, les dents se déchaussent puis tombent. Le palais devient si enflé qu’ils ne peuvent plus rien avaler et périssent misérablement… »

La maladie fera également des ravages parmi les équipages français ; Jacques Cartier perdra 25 de ses 110hommes lors de son expédition au Canada en 1535.

Le commerce dit « triangulaire » se trouvera tout autant vulnérable : le scorbut affectant les Africains transportés sur les bateaux pour devenir esclaves dans les Amériques.

 

Origine du mal

Longtemps craint des équipages de marins, qu’il décimait, ce mal trouve son origine dans une alimentation dépourvue de vitamine C.

En 1747, James Lind, à bord du HMS Salisbury réalise une expérience montrant que les oranges et les citrons guérissent le scorbut ; c'est le premier essai clinique.

Il a divisé les malades en trois groupes : ceux qui prennent les fruits frais, ceux qui prennent du cidre, et ceux qui prennent d'autres remèdes de l'époque.

Le premier groupe s'améliore rapidement, suivi par le second (non expliqué, le cidre ne contenant pas de vitamine C), alors que le troisième ne s'améliore pas.

En 1766, l'anglais Samuel Wallis est l'un des premiers à mettre en pratique les idées de Lind à bord en embarquant à bord du HMS Dolphi,n  des aliments d'origine végétale et des agrumes.

En 1795, le chirurgien naval Gilbert Blane, administrateur de la Royal Navy, réforme entièrement l'hygiène navale et réglemente une ration quotidienne de jus de citron pour chaque marin. Cette boisson restera un secret militaire jusqu'en 1840 (3/4 d'once de jus de citron - environ 21 ml -, additionné de 10 % d'alcool).

Cette boisson sera disponible pour la marine marchande britannique, de façon officielle, en 1844.

 

La vitamine C

Entre 1928 et 1932, le Hongrois Albert Szent-Györgyi (prix Nobel en 1937), cherchant une substance combinant l'oxygène capable d'empêcher l'apparition de taches brunes sur les fruits qui pourrissent, isole  « l'acide hexuronique » à partir du paprika, acide qui en 1933, prendra le nom de « acide ascorbique » (abréviation de « antiscorbutique »).Durant la même période, Charles Glen King et W. A. Waugh isolent la vitamine C du citron et de l'orange et découvrent que « l'acide hexuronique » est la vitamine C.

La même année, Walter Norman Haworth en établit la formule chimique.

Toujours en 1933, de façon indépendante et simultanée, l'anglais Haworth et le suisse Tadeusz Reichstein réalisent la synthèse de la vitamine C.

 

Source : Pr Patrick Berche, L’histoire du scorbut in Revue de Biologie Médicale, N° 347, mars 2019. Arc  Gozlan, « Le retour du scorbut, une maladie que l’on croyait disparue », Le Monde.fr, 9 septembre 2018.

A suivre : La tragédie de Georges Anson

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 10:48

 

Extrait rapport ONUSida

La mondialisation des virus

La mondialisation des épidémies a débuté avec les Grandes Découvertes et c’est accéléré aux XXe et XXIe siècles, avec les échanges internationaux et l'accroissement démographique (il est plus facile à un virus ou une bactérie de se transmettre d'un être humain à l'autre lorsque la planète compte huit milliards humains que lorsqu'elle en comptait 250 millions comme à l'époque du Christ).

Dans la seconde moitié du XXe siècle, d’autres grippes vont frapper fort, mais jamais autant que la « grippe espagnole ».

Les arbovirus, virus qui ont pour vecteur des insectes suceurs de sang (moustiques, tiques, phletomes) qui sévissent dans les pays moins développés et les régions tropicales, vont en piquant une personne malade, absorber le virus et infecter ensuite d’autres personnes en les piquant à leur tour.

La première épidémie de ce type, le chikungunya, remonte à 1957 en Tanzanie

Ces maladies tuent rarement mais entraînent des complications pouvant entraîner la mort et il n’existe pas de réel moyen de prévention autre que moustiquaire et répulsifs.

Détecté pour la première fois chez un singe en Ouganda en 1947, le virus ‘Zika’ (de la famille des arbovirus) est responsable de la quatrième épidémie pour laquelle l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a décrété un état d’urgence mondiale.

Il a fait sa première apparition chez l’homme dans les années 1970. L’épidémie s'est déclarée en 2007 dans le Pacifique. Il est parvenu en France en 2016.

Ses symptômes ressemblent à ceux de la dengue ou du chikungunya : fièvre, maux de têtes, éruption cutanée, fatigue, douleurs musculaires et articulaires...

En 1958 la grippe asiatique d’origine aviaire va faire près de 2 millions de mort, dix ans plus tard la grippe de Hong Kong va tuer près d’un million de personnes.

Le 5 juin 1981, une revue scientifique évoque une mystérieuse pneumonie. On découvrira un peu plus tard qu'il s'agit en réalité de l'apparition d'un nouveau virus, le HIV. C'est le début d'une effroyable épidémie, le sida (« syndrome immunitaire de déficience acquise »).

A la fin des années 1970, chez des patients homosexuels, un nouveau virus dont les symptômes font penser à ceux de la syphilis apparait : le VIH.

Ce VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine), va faire entre 1980 et 2010 trente-six millions de morts :  Le Sida.

Cette maladie, transmise du singe vers les hommes, serait apparue dans les années 1920 dans le bassin du Congo.

Dans les pays occidentaux, sa propagation est aujourd'hui endiguée grâce à une importante politique de prévention et de protection et à l’arrivée des traitements antiviraux mais le Sida reste un fléau menaçant pour les pays moins développés, particulièrement en Afrique.

 

XXIe siècle : Le Sida

En 2002, partie de Chine, une maladie infectieuse causée par un virus appartenant à la famille du coronavirus, ‘le Sars-CoV’, va se mondialisée en 2003 : L’épidémie de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère).

Très contagieuse, elle se transmet d’homme à homme par voie aérienne (postillons...).

Le réservoir animal du coronavirus du SRAS a été identifié comme étant une chauve-souris insectivore.

L’hôte intermédiaire qui a permis le passage du virus à l’homme est la civette palmiste masquée, animal sauvage vendu sur les marchés et consommé au sud de la Chine.

En mars 2003, l’OMS a déclenché une alerte mondiale et grâce aux mesures d’isolement et de quarantaine, l’épidémie a pu être endiguée au prix de 800 morts.

En 2009, d’origine porcine ‘la grippe A’, va semer la terreur, d’autant plus qu’elle est la deuxième pandémie de souche H1N1, la première étant la grippe dite espagnole.

L’abattage systématique des cheptels d’animaux contaminés, l’isolement des malades et la création rapide d’un vaccin permettent d’endiguer l’épidémie ne fait finalement « que » 280 000 victimes, c’est-à-dire à peu près autant qu’une grippe « classique » saisonnière.

En Inde en 2006 Le chikungunya, refait son apparition où 2 millions de cas ont été recensés.

Le virus a été détecté en Europe l’année suivante et aux États-Unis en 2013.

Dans cette même famille, on rencontre la dengue, qui, dans sa forme la plus sévère,  a fait 21 000 victimes en 2008, mais aussi la fièvre jaune et le paludisme ainsi que la maladie du sommeil.

Des vaccins et des médicaments comme la quinine ont été élaborés pour lutter contre ces maladies mais elles n'en demeurent pas moins très mortelles.

Le paludisme en particulier tue encore 500 000 personnes par an en Afrique et en Asie du sud.

En Afrique, le virus Ebola, découvert en 1976, a causé plus de 11 000 décès entre 2013 et 2016.

Le réservoir naturel du virus serait la chauve-souris...

Cette chauve-souris serait également responsable du virus qui fait trembler le monde en 2020, le COVID-19.

Fin décembre 2019, ce nouveau virus de la famille du coronavirus, a sévi dans la ville de Wuhan en Chine avant de s’exporter en Asie puis en Europe.

Le 30 janvier 2020, l’OMS a qualifié l’épidémie « d’urgence de santé publique de portée internationale. »

En février 2020, de nouveaux cas se sont révélés en Corée du Sud, en Italie et en Iran et en France

Avec ce nouveau coronavirus, le monde fait donc face à une nouvelle pandémie.

A suivre : XXIe s. retour du Sorbut

(Source : Hérodote – Charlotte Chaulin)

 

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 11:22
Un hôpital au Kansas durant l'épidémie de grippe espagnole, en 1918.

1ère partie du XXe siècle : la « grippe espagnole »

 

Alors que le monde est engagé dans la guerre la plus meurtrière du début du XXe siècle, un virus mystérieux décime à pas de géant les populations.

En quinze mois, de mars 1918 à mai 1919, l’humanité est frappée par la plus terrible épidémie de grippe qu’elle ait jamais connue, avec près de cinquante millions de victimes. 

On a longtemps cru que les premiers cas de grippe étaient apparus au États-Unis le 4 mars 1918, dans un camp de formation militaire de Fort Riley, au Kansas, avec 500 soldats en partance pour l'Europe hospitalisés en une semaine. Mais c’est bien plutôt en Europe que le virus se manifeste pour la première.

Tout commence en février 1916. Le médecin-major de première classe Carnot observe à Marseille une « épidémie de pneumococcie » qui « a éclaté chez les travailleurs annamites avec une gravité considérable ».

Le taux de mortalité atteint 50% dans les centres hospitaliers qui accueillent ces appelés vietnamiens souffrant de pneumonie. 

Les médecins français ne s’inquiètent pas, il s’agit probablement d’un mal exotique étranger à la race blanche et en pleine guerre, ils ont d’autres soucis en tête.

En 1917, dans un camp militaire du nord de la France, à Étaples-sur-mer, des soldats souffrent d’une forte fièvre dont il apparaîtra plus tard que c'est la grippe « grippe espagnole ». Comment le virus aurait-il atteint ces malheureux ? Peut-être par le biais des oiseaux migrateurs qui nichent à proximité du camp, dans la baie de la Somme, et ont pu l'amener d'Asie.

Dès lors les cas d'infection se multiplient à travers la France, comme en avril 1918 dans les tranchées de Villers-sur-Coudun. 

Mais très vite, les Européens ne sont pas épargnés...

 

Première vague de l’épidémie en Europe.

Au mois de mai et juin 1918, les pneumonies se font de plus en plus mortelles. 

Dans cette guerre qui décime l’Europe, l’épidémie passe inaperçue, les décès sont attribués à la pneumonie et la censure militaire est stricte. 

Les presses européennes et américaines ont l’interdiction de relayer des informations au sujet de ce virus.

L’Espagne, qui a conservé sa neutralité dans le conflit, est épargnée par la censure et le 22 mai 1918, un premier journal madrilène diffuse l’information, d’où le nom de « grippe espagnole » qui va lui rester. 

Les Anglo-Saxons l’appellent, eux, « influenza », en référence au virus qui a fait 200 000 morts en Espagne en 1889. 

 

La pandémie

Les choses semblent se calmer à l’été 1918. L’épidémie serait-elle passée ? 

Bien au contraire, elle redouble de force et sa deuxième phase, entre les mois de septembre et novembre 1918, s'avère la plus mortelle, alors même que les soldats commencent à rentrer du front. 

Après les militaires, les civils sont affectés à leur tour.

Fin 1918, en Europe, l'épidémie connaît un nouveau répit avant d’entrer dans sa troisième et dernière phase en janvier-mai 1919. Profitant du retour des soldats, la grippe s'installe aussi en Australie.

Vaccins et sérums, recettes de grand-mères, tisanes (eucalyptus, quinine), ou encore saignée et injections d’essence de térébenthine, une multitude de traitement tous plus inefficaces les uns que les autres voit le jour. Ce sera la mutation naturelle du virus et l’immunisation progressive de la population qui met un terme à la pandémie durant l’été 1919.  

 

Célèbres victimes

La ‘grippe espagnole’ n’épargnera personne, y compris les célébrités le poète Guillaume Apollinaire, mort le 9 novembre 1918, à 38 ans. Deux ans plus tôt, dans les tranchées, il avait été gravement blessé à la tempe.

L'écrivain Edmond Rostand, décède le 2 décembre 1918, à 50 ans, de cette épidémie. 

Le pionnier français de l’aéronautique Léon Morane, ou les frères Dodge, célèbres constructeurs automobiles américains en sont également victimes, comme beaucoup d’autres connus ou inconnus.

 

Bilan 

La grippe espagnole dans le monde a longtemps été sous-évalué faute de données relatives aux pays non occidentaux. 

A partir des années 1970, grâce à l'étude approfondie des tables de mortalité partout où elles étaient disponibles, l'historien Freddy Vinet, donne une fourchette entre 45-50 millions de victimes (de 150 à 240 000 pour la France).

Cette pandémie a fait prendre conscience de la menace de la mondialisation des épidémies et maladies infectieuses

En France, dans les années 1920, le président du Conseil Georges Clemenceau, créé un ministère de l’Hygiène. Les services d’hygiène étant jusqu’alors répartis dans huit ministères différents. 

Ce système a été également adopté au Royaume-Uni, en Inde, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. 

En 1920, a été créé le Comité d’hygiène de la SDN (Société des Nations), ancêtre de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), pour prévenir les futures pandémies.

Cette grippe a été la pire épidémie du XXème siècle, mais n’est pas sans précédent, elle a été la première à prendre une telle ampleur. 

La grippe précédente, en décembre 1889 - janvier 1890, arrivée en Europe d’Asie par la Russie, n’avait pas marqué les populations qui s’en étaient débarrassé bien plus facilement.

 

A suivre… (La mondialisation des virus, le Sida)

(Source : Hérodote – Charlotte Chaulin)

 

 

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 15:38
Tournage de l'adaptation cinématographique du Hussard sur le toit de Jean Giono par Jean-Paul Rappeneau• Crédits :  Hans SILVESTER - Getty

Au XIXe siècle, le Bengale a « offert » à l'humanité, une nouvelle maladie pandémique, le choléra (du grec kholéra « flux de bile »).

Strictement limité à l’espèce humaine, le choléra est provoqué par une bactérie qui vit dans l’eau, sévit de manière persistante dans le delta du Gange. Cette bactérie attaque l’intestin et provoque diarrhées, vomissements et nausées.

Le développement des échanges commerciaux a contribué à sa dissémination, à l’est vers la Chine et le Japon, à l’ouest vers l’Afghanistan, l’Iran, la Syrie, l’Égypte et le bassin méditerranéen.

 

En 1817, une première épidémie touche toute l’Asie et s’étend jusqu’à la côte orientale de l’Afrique, prenant ainsi un caractère pandémique.

L’épidémie de 1832-1833 a entraîné la mort de 160 000 personnes

La France fut touchée lors de la deuxième épidémie de choléra qui ravagea Paris en 1832.

 

Le 1er avril 1832, Casimir Périer, chef du gouvernement accompagne le duc d'Orléans à l'Hôtel-Dieu, pour visiter des malades. 

Avant d'entrer dans la salle, le président du Conseil fut saisi d'une sorte de pressentiment :

– Monseigneur, n'entrons pas ici.

– Monsieur, répondit le duc d'Orléans, le vin est tiré, il faut le boire.

Atteint par la maladie, Casimir Perier, succomba le 16 mai 1832 

Une nouvelle épidémie de choléra sévit en France en 1854.

Robert Koch découvre en 1883, le bacille responsable du choléra ce qui contribuera fortement à le bouter hors de nos frontières.

Pour lutter contre sa diffusion, les gouvernements européens instituèrent des organismes de santé publique et adaptèrent l’urbanisme aux contraintes de l’hygiène publique.

Un mal pour deux biens : des organismes de santé naissent et l’hygiène est renforcée.

 

La littérature c’est emparé des épidémies de "La Peste" de Camus à "Némésis" de Roth, un miroir de l’expérience de la contagion. 

Depuis l’Œdipe-Roi de Sophocle (Ve siècle av. J.-C.), le récit des épidémies s’est érigé en un genre littéraire qui inspire de nombreux peintres et écrivains.

La littérature dénonce souvent les dangers de l’omerta, à l’aube des pandémies, où la volonté de “ne pas affoler les populations” ce qui retarde retarde les prises de décisions.

Jean Giono, dans son roman « Le Hussard sur le toit" (1951) : la "saloperie humaine", dépeint la mort d’un innocent pour figurer notre finitude.

 

1838. Angelo Pardi, hussard italien originaire de Piémont, en est le héros.

En fuite après avoir remporté un duel mortel, ses tribulations le mènent en Provence, à Manosque, où une épidémie de choléra fait rage.

Fort d’une immunité inexplicable et d’une noble dévotion, il se met au service de quelques condamnés dans l’espoir de les sauver du calvaire.

Se retrouvant aux premières loges, il s’insurge contre ce mal foudroyant qui, selon lui, révèle “la saloperie humaine”.

… « Le soleil était éclatant. La moindre eau sale se mit à fumer. Les journées étaient torrides, les nuits froides. 

Il y eut un cas de choléra foudroyant. Le malade fut emporté en moins de deux heures. [...] 

Les convulsions, l’agonie, devancées par une cyanose et un froid de la chair épouvantable firent le vide autour de lui. Même ceux qui lui portaient secours reculaient. Son faciès était éminemment cholérique.

C’était un tableau vivant qui exprimait la mort et ses méandres.

L’attaque avait été si rapide qu’il y subsista pendant un instant encore les marques d’une stupeur étonnée, très enfantine mais la mort dut lui proposer tout de suite des jeux si effarants que ses joues se décharnèrent à vue d’œil, ses lèvres se retroussèrent sur ses dents pour un rire infini ; enfin il poussa un cri qui fit fuir tout le monde… »

J. Giono, Le Hussard sur le toit.

 

A suivre : XXe siècle la grippe espagnole 

(Source : Hérodote – Charlotte Chaulin)

 

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 09:24
Merci pour eux, Amandine

Eux, ils soignent

 

Tandis que nous chantons, certains soirs au balcon

Et que ceux qui comme moi, ne savent pas chanter

Essaient aussi parfois d’enchanter sans chanter

Pour que d’autres nous rejoignent…

 

Eux ils soignent

 

Et tandis qu’on dort même plus

Qu’on lit pour passer l’temps la Pest de Camus.

Tandis que nos enfants, coincés à la maison

Nous font prendre fermement la bonne résolution,

Qu’à la fin du printemps on fera sans façon

A tous les enseignants un bisou sur le front.

Parce que l’éducation par papa et maman

C’est une sacrée montagne

 

Eux ils soignent

 

Tandis que même passer dans les rues sans passants

Fait partie du passé.

Tandis qu’on n’a pas su, comment éviter ça

Ni comment s’en passer, qu’on n’a pas vu les signes.

 

Eux ils soignent

 

Et tandis qu’on se plaint des lacunes de Pékin

De la bourse en piqué, Des coop sans PQ, 

Des journées sans copains, Sans sortie en campagne, 

Sans soirée au champagne…

 

Eux ils soignent

 

Tandis que la nature prend enfin du bon temps

Un printemps dans le printemps, sans avions, sans voitures

Tandis qu’on se confine et qu’on se déconfit, quand la vieille voisine s’égosille  

Et confie qu’il y a des cons finis, qui ignorent les  consignes

 

Eux ils soignent

 

Ils soignent, ils suent

Ils soignent, ils souffrent

Subissent, supportent,

Mais sans cesse ils soignent.

 

Et grâce à eux au final

On gagne.

 

Source : RTS Culture. (Le Slam de Narcisse)

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 18:04
Représentation de Bridget O'Donnel avec ses deux enfants, qui subirent la Grande famine irlandaise. Image publiée dans l'Illustrated London News le 22 décembre 1849.

La malpropreté humaine, la famine, la misère, les guerres étant aussi vieilles que le monde ou presque, le typhus a commencé à être décrit dès 430 avant JC,

Au Moyen Age, la première description du typhus a été faite en 1083, dans un couvent près de Salerne.

En 1489, Il est fait mention du typhus pendant le siège espagnol de la ville maure de Grenade.

La chronique faite de cette épidémie décrit bien les symptômes et l'évolution de la maladie : fièvre, taches rouges sur les bras, le dos et le thorax, évolution vers le délire, gangrène, plaies, puanteur et, enfin, décomposition des chairs. 

Durant cet épisode andalou, les Espagnols perdirent trois mille hommes au combat, ce qui était peu finalement en regard des dix-sept mille morts du typhus dans le même temps.

 

Il faut attendre 1544 pour que le médecin florentin Jérôme Fracastor dans " De Contagione et Contagiosis Morbis", son traité sur les virus et la contagion, décrive à nouveau la maladie.

Le typhus (du grec typhos: stupeur, torpeur) est une infection provoquée par les bactéries de la famille des Rickettsies, l'appellation ayant été donnée pour la première fois avec exactitude par Boissier de Sauvages, au XVIIIe siècle.

 

La "fièvre des geôles " ou " fièvre des prisons "

Tout au long du XVIe siècle, le typhus s'invita dans les prisons, terrain d'élection tant les cachots malsains et crasseux étaient infestés par les poux ; d’où son surnom « fièvre des geôles » ou « fièvre des prisons ». 

Comparaître devant un tribunal, être prisonnier étaient alors quasiment synonyme de sentence de mort. La maladie était tellement contagieuse que les prisonniers comparaissant devant la cour contaminaient parfois les membres du tribunal eux-mêmes. 

Après les fameuses " assises noires " à Oxford en 1577, plus de trois cents personnes périrent du typhus dont Sir Robert Bell le chancelier de l'Échiquier. 

Du XVIe au XIXe siècle, de nombreuses épidémies de typhus se propagèrent en Europe, souvent consécutives aux guerres et aux déplacements de population. 

On en retrouve sa trace durant la première révolution anglaise, la guerre de Trente Ans et les guerres napoléoniennes. 

Pendant la retraite de Russie en 1812, le typhus tua plus de soldats français que l'armée russe.

 

Une maladie de "pouilleux "

Durant la " Grande famine ", L'Irlande fut entre 1846 et 1849, le terrain d'une épidémie de grande ampleur.

De là, le typhus se répandit en Angleterre, où il fut parfois appelé « fièvre irlandaise », à cause de sa virulence.

Frappant des personnes de toutes conditions sociales, mais, les poux étant endémiques et omniprésents dans les taudis où habitaient les classes sociales inférieures : les « pouilleux », elle fut baptisée la maladie de "pouilleux "

La guerre de Crimée fut l’origine d’une longue série d'épidémies, la première en décembre 1854. Les Russes furent atteints les premiers, suivit par les Anglais et, finalement l'armée française

Le typhus fit également son œuvre de mort pendant la guerre de sécession aux États-Unis, même si la fièvre typhoïde a été la première cause de « fièvre des camps » durant ce conflit.

Entre 1918 et 1922, en Russie bolchévique, pendant la guerre civile le typhus fit au moins trois millions de morts et 20 à 30 millions de malades.

Il faudra attendre 1938 pour qu'un vaccin soit développé par Herald R. Cox, vaccin largement utilisé depuis 1943.

Pendant la Seconde Guerre mondiale il frappe l’armée allemande enlisée à Stalingrad. Ses dégâts sont également terribles dans les camps de concentration.

En janvier 1945, des cas de typhus se déclarèrent parmi des prisonniers soviétiques, libérés par les armées alliées, et cantonnés au camp de la Courtine, dans la Creuse. 

L'intervention rapide du Dr André Delevoy (Médecin-Chef du camp), permit d'enrayer l'épidémie, ce qui  lui valut un témoignage de remerciement de l'Institut Rockfeller de New York, et de l'armée soviétique.

Aujourd’hui, Le typhus exanthématique n’est plus une maladie cosmopolite

 

A suivre : Le Choléra

(Source : Hérodote – Charlotte Chaulin – Alban Dignat)

 

 

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