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1 août 2020 6 01 /08 /août /2020 22:06
‘Ma Préférée ‘rejoignant le golfe. Photo ©‘Les Amis du Sénagot’

« Ma Préférée » dans les eaux de sarzeau 

C'est un événement sur la petite mer que vient de concrétiser l'association ‘les Vieilles Voiles de Rhuys’, avec le retour, d'un sinagot emblématique sur Sarzeau, arrivé au port du Logeo le 8 juin.

L’association des Vieilles Voiles de Rhuys désormais propriétaire de « Ma Préférée », un sinagot atypique aux voiles bleues, ce qui est surprenant car la plupart des Sinagots ont des voiles ocre.

Elle était la propriété́ de l’association ‘ Les Voiles du Passage’, basée sous le pont de Kerisper à la Trinité. 

Baptisé une première fois « Ma préférée », puis « Nicolas Benoît » et a navigué en pêche jusqu’en 1958, puis avec les Éclaireurs de France jusqu’en 1978.

« Ma Préférée » a par ailleurs eu une carrière cinématographique en apparaissant dans une publicité́ de 1982 pour les boîtes de thon « Petit Navire » dont le logo a la particularité́ d’avoir les voiles bleues. On y voit le sinagot entrer dans le port de Belle-Île. 

Ce bateau est une réplique, construit à partir des plans d’un sinagot du même nom au chantier Querrien au Bono en 1933. Mesurant 10,20 mètres de long et 3,18 mètres de large, il est sorti des chantiers du Guip à l’Île aux Moines en 1981. 

Doté d’un moteur de 18 CV, de 64 m² de toile, ce bateau de 6 tonneaux et 1,30 m de tirant d’eau est classé bateau d’intérêt patrimonial.

 

Le Sinagot

Petit bateau à voile. Le Sinagot tire son nom du petit port de Séné, près de Vannes, dans le golfe du Morbihan.

De Vannes à la baie de Quiberon, de Belle-Île à la Vilaine, le Sinagot était utilisé toute l’année pour la pêche côtière, l’ostréiculture (drague du naissain dans la rivière Pénerf, notamment) et le petit cabotage, jusqu’au début du XXe siècle. Il n’était pas rare qu’en été, le pêcheur et sa famille vivaient à bord.

Le Sinagot, chaloupe portée de faible tirant d’eau (1,50 mètre , longue d’une dizaine de mètres et d’un peu plus de 2 mètres au maitre beau.

Très robuste, à l’arrière pointu, il porte 2 mats non haubanés fait d’une seule pièce, la misaine à l’avant et le taille-vent, plus grand à l’arrière.

 Il gréé deux voiles au tiers, très hautes et, occasionnellement, sur un bout-dehors amovible, un foc ou ‘bonnette’.

Bateau remarquablement marin, il gagne bien au vent, et peut échouer n’importe où.

Il est reconnaissable de loin à son aspect de jonque et à ses voiles ocre rouge, couleur du au mélange de suif et d’écorces de pin broyées traditionnellement utilisé pour les tanner.

Les couleurs des voiles variaient d’une région à l’autre et même d’un port à l’autre.

La coque noire (symbole des bateaux de travail), était toujours recouverte d’un enduit goudronné noir (Coaltar).

Les Sinagots ont commencé à se motoriser en 1947.

Le seul Sinagot d’origine qui subsiste est ‘Les Trois Frères’, construit en 1943, il a été classé monument historique en 1985.

 

L’engagement d’associations

Avec sa coque noire et ses voiles rouge, c’est l’un des embles du golfe et pourtant ce voilier de travail, né au début du XIXe siècle dans le port de Séné (d’où son nom) a failli disparaitre. C’est grâce à l’engagement d’associations (Les Vieilles Voiles de RhuysLes Amis du Sinagot) que des bateaux de ce types ont été restaurés où reconstruits à l’identique : 

  • Le ‘Crialeïs’ de l’Ile aux Moines, réplique du Jouet de flots.
  • Le ‘Mab Er Guip’ de l’ile de Berder, réplique du ‘Vainqueur des Jaloux’
  • Le ‘Jean et Jeanne » de Séné.
  • Le ‘Souvenir’ à Douarnenez.
  • Ma Préférée » à La Trinité-sur-Mer.
  • Le ‘Joli Vent’ (Séné)

Aujourd’hui, ils sont 5 à naviguer régulièrement et sont reconnaissable à la bande de couleur qui orne leur coque : 

  • Les 3 frères (bleu clair), Jean et Jeanne (blanc), Joli Vent (vert), Mab Er Guip (rouge) et le Crialeis (bleu foncé).
  • Les Sinagots ‘Souvenir’ est à Douarnenez et le ‘Jean et Jeanne’ à Séné.

L’Association ‘Les Amis du Sinagot’, basée à Vannes a comme objectif principal de garder la mémoire des Sinagots et faire vivre ceux de l'association :

  • Les Trois Frères
  • Le Joli Vent
  • Mab Er Guip.

L’Association des « Vieilles Voiles de Rhuys » a pour objectif est de défendre et mettre en valeur le patrimoine culturel maritime du Pays de Rhuys. Elle possède un Sinagot :

  • Ma Préférée

 

A suivre : L’histoire du Sinagot.

Source : Franc-Ouest; Les amis du Sinagot, Vivre à Sarzeau,  les Vieilles Voiles de Rhuys.

 

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25 juillet 2020 6 25 /07 /juillet /2020 14:47
Le Palais Bourbon (Assemblée Nationale)

Le Gouvernement sous la Cinquième République.

Le Gouvernement de la République française constitue la seconde tête d'un pouvoir exécutif bicéphale. 

Les membres du Gouvernement sont nommés par le président de la République et sont placés sous la conduite politique du Premier ministre qui traite les fonctions et les attributions constitutionnelles du gouvernement.

Suivant l'article 20 de la Constitution de 1958, il revient au Gouvernement de « déterminer et conduire la politique de la Nation ». 

Le Gouvernement est :

  • Responsable de la défense nationale ;
  • Assure l’exécution des lois et exerce le pouvoir réglementaire, sous réserve de la signature des ordonnances et décrets délibérés en Conseil des ministres par le chef de l’État ;
  • Assure la coordination de l’action gouvernementale en arbitrant les politiques décidées dans les différents ministères. 

Pour cela, il dispose des prérogatives essentielles mais aussi des compétences extraordinaires 

  • La force armée (et non l'armée, prérogative réservée au président de la République 
  • L’administration publique, dont il oriente l'action dans le sens de sa politique.
  • Veille au bon fonctionnement et à la continuité des services publics,
  • Dispose des prérogatives du déroulement de la procédure parlementaire,
  • Peut recevoir les avis du Conseil économique, social et environnemental pour les projets de lois de réforme économique.
  •  

Le Parlement français est la principale institution du pouvoir législatif en France. Selon la Constitution du 4 octobre 1958, elle peut en partie contrôler l’activité gouvernementale. 

Le Parlement est bicaméral, c'est-à-dire composé de deux chambres :

  • L’Assemblée nationale, dite « chambre basse », est l’institution française qui forme, avec le Sénat, le Parlementde la Cinquième République.

Son rôle est de débattre, de proposer, d’amender et de voter les lois, et de contrôler l'action du Gouvernement. À la différence du Sénat, elle a le pouvoir de forcer la démission du gouvernement par le vote d'une motion de censure. Elle siège au palais Bourbon à Paris

Depuis 1986, l’Assemblée nationale compte 577 membres, appelés députés, élus au suffrage universel direct au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour une durée de cinq ans.

Palais du Luxembourg (Sénat)
  • Le Sénat qui comprend 348 sénateurs constitue la « chambre haute » du Parlement français selon le système du bicamérisme et détient le pouvoir législatif avec l'Assemblée nationale

En vertu de l'article 24 de la Constitution de la Ve République, il est le représentant des collectivités territoriales. Il siège au palais du Luxembourg.

Les deux chambres siègent dans des lieux différents : 

  • Le palais du Luxembourg pour le Sénat et 
  • Le palais Bourbon pour l’Assemblée nationale. 

Elles peuvent néanmoins se réunir ensemble en Congrès ou en Haute Cour : le Parlement siège alors dans la salle du Congrès au château de Versailles.

 

Suite : Le Congrès du Parlement

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19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 15:35
Les orgues de la cathédrale St Pierre et St Paul de Nantes

Orgues de Nantes

J’ai une pensée particulière pour les enfants et petits-enfants de Roger, ancien facteur (harmoniste) d’orgue aux établissements Beuchet-Debierre de Nantes, qui avait participé à la restauration des orgues de St Louis des Invalides en 1957 et de la cathédrale de Nantes suite au grand incendie de 1972.

Avec ce nouvel incendie quatre siècles d’histoire au service de la liturgie nantaise viennent de disparaitre avec la perte de la console de l’orgue de chœur et des stalles en bois attenantes.

 

Un peu d’histoire

Érigée en 1620 - 1621, le grand orgue, dominant la nef depuis sa haute tribune auquel on accède par un escalier comportant pas moins de …66 marches.

Œuvre du facteur d’orgue Jacques Girardet, l’instrument survivant des soubresauts de l’histoire de France a connu plusieurs restaurations.

L’orgue de Girardet, était doté à l’origine, de 27 jeux.  Après 5 successions de restaurations il en comportait 74, jusqu’à ce jour funeste du 18 juillet.

En 1784, le grand « facteur du Roy » François- Henri Cliquot (1732-1790) effectue une première restauration- extension portant l’instrument à 49 jeux répartis sur 5 claviers manuels et un pédalier.

François- Henri Cliquot a donné au grand orgue l’esthétique classique que l’on reconnaît aujourd’hui lors des interprétations à ses claviers dans les œuvres des « Grand–maitres » de l’École d’Orgue française. 

 

Moins de 5 ans après la réception des travaux… la Révolution française éclate.

La cathédrale devenue nationale, transformée en « Temple de la raison » les autorités pensaient tout simplement détruire l’orgue et envoyer les tuyaux à la fonte.

L’orgue est en grand danger et sera sauvé par…l’organiste de l’époque, Denis Joubert.

Celui-ci en y interprétant la Marseillaise, a convaincu le Comité révolutionnaire de tout l’intérêt qu’il y a de conserver l’instrument pour animer les nombreuses « fêtes révolutionnaires » qui se déroulaient dans la cathédrale : pari gagné !

Une dizaine d’années plus tard, c’est l’explosion de la tour des Espagnols, (poudrière du Château-des-Ducs), qui détruit tous les vitraux et les chapelles de la nef collatérale sud, sans toutefois causer de dommage à l’orgue.

150 ans plus tard, pendant la seconde guerre mondiale, un bombardement l’endommage mais l’instrument pourra être restauré.

 

Les restaurations.

Parmi les restaurations, deux méritent d’être plus particulièrement soulignées de par l’ampleur de l’impact qu’elles ont eue sur la composition et « l’esthétique musicale » de l’orgue que nous avons connu jusqu’à ce jour.

La première, celle François- Henri Cliquot, en 1784 et la seconde en 1970.

Œuvre du facteur Joseph Beuchet, cette restauration-extension s’inscrivait dans le cadre d’un projet devant porter le grand orgue à 89 jeux, comme celui de Saint-Etienne-du-Mont, à Paris.

En écho à la touche « classique » de Cliquot, cette restauration-extension, réalisée par la « Manufacture nantaise de « Grandes Orgues Beuchet-Debierre », a apporté une « modernité » tant technique (transmission électrique, combinaisons ajustables) qu’esthétique (jeux de fonds, mixtures) à l’instrument.

Le « nouvel instrument », après une première tranche de travaux le portant à 74 jeux, ne fut inauguré qu’en novembre 1971.

Malgré le projet initial du facteur Joseph Beuchet, n’ayant pas été mené à son terme (89 jeux), les 5500 tuyaux, autorisent les organistes, à interpréter outre les « classiques » des XVIIe et XVIIe siècles, toute la littérature de l’École d’Orgue française des XIXe et XXe siècles. 

Les artisans de l’ombre manifestent leur joie à la tribune des orgues des Invalides, inauguré par le maître Marcel Dupré.  De gauche à droite : Roger Elain, harmoniste, Edmond Costa, harmoniste-artisan, fils de Costa, Jean Haussais, organier, René Rouie organier, Henri Herbreteau et Jacques Picaud, harmoniste.  Le maître Marcel Dupré, au centre et le maître Bernard Gavoty, sur la droite. Photo prise à l’église des  St Louis des Invalides en 1957, à la fin des travaux. (coll. Perso Roger 1957).

L’incendie du 28 janvier 1972

A peine deux mois après la mise en service de l’orgue, un terrible incendie se déclenche dans la nuit du 28 janvier.

Le courage des compagnons de la « Manufacture Beuchet-Debierre », rappelés de nuit, Joseph Beuchet fils à leur tête, l’abbé Félix Moreau, ouvriers braveront les flammes avec les pompiers pour bâcher l’instrument afin de l’abriter de l’eau des pompiers.

L’orgue pourra ainsi continuer à chanter dans un harmonieux dialogue alternant douceur mystique des pleins jeux et puissance du « tutti ».

 

Des hommes et femmes au service de l’instrument et de la liturgie…

De 1627 à nos jours, 34 organistes se sont succédé à ses claviers pour accompagner la liturgie des offices.

Dans cette succession ‘d’ artistes-serviteurs de la louange‘, citons Denis Joubert ; le chanoine Georges Courtonne, compositeur, qui tint les claviers durant 32 ans ; l’abbé Félix Moreau, son élève, actuel titulaire honoraire, qui lui succéda en 1954, (soixante ans de service à ce jour), professeur et compositeur de pièces liturgiques, notamment pour 2 orgues ; ainsi que  les actuels co-titulaires Marie-Thérèse Jehan, 1er Prix du CNSM de Paris, Michel Bourcier, 1er Prix d’Analyse musicale du CNSM de Paris et Mickaël Durand, le benjamin, diplômé de ce même CNSM en 2012.

Si sa disparition nous émeut tant, c’est qu’il s’agit d’une véritable pièce de musée dont l’histoire tout au long de ses 4 siècles d’existence, cet orgue a partagé la vie de la cathédrale et des Nantais.

 

Nota : Par passion de l’orgue, après avoir parcouru une bonne partie du globe pour restaurer ou construire des orgues, Roger pris sa retraite à plus de 70 ans.

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 12:41
Projet de loi concernant des lois civiles en un seul corps de lois, sous le titre de Code Civil des français

L’autonomie financière des femmes.

Portée par Jean Foyer, garde des Sceaux dans le gouvernement de Georges Pompidou, sous la présidence du général de Gaulle, le 13 juillet 1965, les députés français accordent aux femmes mariées l'autonomie financière que leur avait retirée par le Code Napoléonien. 

Jusque-là, en se mariant, les femmes perdaient le droit de signer un chèque, d'ouvrir un compte courant ou parapher l'acte d'achat d'une maison. Toutes ces responsabilités étaient dévolues au mari, chef de famille en titre... Et si les femmes souhaitaient exercer une profession, elles devaient obtenir l’autorisation… du mari (sic)

La nouvelle loi constitue donc un progrès immense par rapport à la grande régression du XIXe siècle. 

 

Un peu d’histoire

Le Siècle des Lumières (XVIIIe siècle - 1755-1789) offre aux femmes de la haute aristocratie et de la grande bourgeoisie l'occasion de briller comme jamais en société, mais il faut attendre la Révolution pour que s'améliore le statut des femmes. 

De l'égalité juridique au divorce par consentement mutuel, droit de porter des armes, les femmes deviennent d'authentiques citoyennes... mais ne disposent pas du droit de vote. 

En décembre 1789, les députés de l'Assemblée constituante ont catalogué les femmes parmi les citoyens « passifs », comme les hommes qui ne sont pas assujettis à l'impôt, elles sont donc exclues du droit de vote, ce qui en a fait en quelque sorte des « citoyennes sans citoyenneté ».

Certains citoyens reprochent aux députés de ne pas avoir mentionné les femmes dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen d'août 1789.

La dynamique Olympe de Gouges*, dédie à la reine Marie-Antoinette sa Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle elle écrit : « La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune » (article 10). Considérée comme l’une des pionnières du féminisme, Olympe de Gouges revendique le droit de vote sans distinction de sexe.

Tout va basculer à partir de l'automne 1793, tant sous les gouvernements révolutionnaires que conservateurs ou bourgeois...

Dès l'automne 1793, les femmes se voient exclues des clubs révolutionnaires ! Avec la mise en place du règne de la Vertu par la Terreur, elles sont renvoyées dans l’espace domestique, seul domaine où on les tolère désormais.

Sous la Révolution, les femmes, Omniprésentes dans les manifestations poussent leurs hommes à agir, les Parisiennes assistent aux séances des assemblées révolutionnaires.

Dans le camp adverse, des femmes s’activent également en soutenant émigrés et prêtres réfractaires, voire en passant à l’action, comme Charlotte Corday, qui assassina Marat (13/7/1793) dans sa baignoire, d’un coup de couteau.

« J’ai vengé bien d'innocentes victimes, j'ai prévenu bien d'autres désastres », …« J’ai tué un homme pour en sauver cent mille » écrit-elle.

Malheureusement ce sont les hommes qui font les lois, les femmes doivent rester sous l’égide du chef de famille.

Malgré les protestations du marquis de Condorcet (dernier « philosophe » du Siècle des Lumières), poussé par son épouse Sophie, il publie en 1790 un traité Sur l'admission des femmes au droit de cité dans lequel il écrit avec une pointe d'ironie : 

« Il serait difficile de prouver que les femmes sont incapables d'exercer les droits de cité. Pourquoi des êtres exposés à des grossesses et à des indispositions passagères ne pourraient-ils exercer des droits dont on n'a jamais envisagé priver les gens qui ont la goutte tous les hivers et qui s'enrhument aisément ? »

 

Une seule loi pour tous.

Déjà présente dans les esprits, l’inégalité homme-femme devient officielle avec l’arrivée de Bonaparte et la rédaction du Code civil (1804). 

Dans le même temps, on multiplie les exigences pour rendre pratiquement impossible le divorce. On ferme aux femmes, autant que faire se peut l'accès à l'instruction et aux activités artistiques et littéraires.

Le 21 mars 1804 (30 ventôses de l'an XII), l'Ancien Droit est abrogé et le « Code Civil des Français » est promulgué. Tous les Français vivent désormais sous un même code de droit. 

Ainsi prend fin un régime de lois disparates élaborées durant 1300 ans, depuis les lois barbares du temps des Mérovingiens jusqu'aux lois coutumières de l'Ancien Régime, en passant par les lois seigneuriales de la féodalité au début du deuxième millénaire.

Avec le Code Civil, la loi émane désormais du législateur seul, le juge n'ayant rien à faire qu'à l'appliquer. Elle régit tous les rapports sociaux, y compris le droit de la famille, indépendamment de toute considération morale, religieuse ou politique.

Après une lente émancipation amorcée... au Moyen Âge, ce nouveau code consacre une régression du statut de la femme. En effet, sous l'Ancien Régime, en l'absence de législation spécifique, la femme bénéficiait de droits plus ou moins étendus. 

Désormais, le retour en faveur du droit romain et sans doute aussi les sentiments « machistes » du Premier Consul l'obligent à se soumettre à son père comme à son mari. La femme est considérée comme une mineure à vie, au même titre que les enfants ou les fous. Elle ne possède rien en propre et n'a pas d'autorité légale sur ses enfants.

 

Le code civil.

Le 21 mars 1804, tandis que le jeune duc d'Enghien expire dans les fossés de Vincennes, le Premier Consul Bonaparte promulgue le « Code Civil des Français ».

Le mérite de cet immense travail de compilation juridique revient pour l'essentiel à Cambacérès et aux hommes du Directoire qui ont gouverné la France avant le coup d'État de Napoléon Bonaparte.

Le « Code Civil des Français » s'inspire pour une bonne part des recueils de lois commandés 1300 ans plus tôt par l'empereur d'Orient Justinien. Il met fin aux particularismes locaux et à une certaine confusion juridique hérités de la tradition.

Napoléon Bonaparte perçoit la dimension révolutionnaire du texte, propre à bouleverser l'ordre ancien par sa cohérence, sa clarté, sa concision et sa simplicité. Devenu empereur et maître d'une bonne partie de l'Europe, il veille à faire appliquer partout son Code, rebaptisé en 1807 « Code Napoléon ».

L'empereur déchu dictera dans son exil de Sainte-Hélène : « Ma vraie gloire, ce n'est pas d'avoir gagné quarante batailles ; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n'effacera, ce qui vivra éternellement, c'est mon Code Civil (...) Mon seul code par sa simplicité a fait plus de bien en France que toutes les lois qui m'ont précédé ».

Conformément à ses prévisions, le Code Civil est devenu le ciment de nombre de législations en Europe et dans le monde. L'essentiel de son contenu est encore en vigueur aujourd'hui en France. La moitié de ses articles sont restés inchangés depuis 1804 ! 

La partie qui a le plus évolué est celle qui est relative au droit de la famille.

En dépit du combat des premières militantes féministes et de la visibilité de quelques femmes de lettres, la révolution industrielle et l'apogée de l'Europe vont coïncider avec une régression sans pareille du statut social et politique des femmes, du moins dans l'Occident du dernier millénaire. Les premiers signes d'émancipation vont apparaître à la « Belle Époque », au début du XXe siècle, et se concrétiser après la Première Guerre mondiale...

1970. En juin 1970, une nouvelle loi supprimera la notion de chef de famille et consacrera l'égalité des époux en matière d'éducation parentale. En 1975 enfin, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, sera légalisé le divorce par consentement mutuel.  

 

Sources diverses études ; Hérodote.

Photo : Hérodote

 

(* Marie Gouze, veuve Aubry, dite Olympe de Gouges née le 7 mai 1748 à Montauban, guillotinée le 3 novembre 1793 à Paris a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l'esclavage des Noirs).

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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 16:15

 

Devise de la République Française

La République française

La République française s'est dotée d'un président pendant la IIe République, entre 1848 et 1852, puis sous la IIIe République de 1871 à 1940, et enfin depuis 1947 pendant les IVe et Ve Républiques.

Cette fonction a été assumée par vingt-cinq personnes, l'intérim assuré à deux reprises par le président du sénat n'étant pas pris en compte. 

De 1848 à 1852 et depuis 1962, le président de la République est élu au suffrage universel direct (élection présidentielle), scrutin à 2 tours. 

Le mandat du président de la République était de

  • 4 ans de 1848 à 1852, 
  • 7 ans de 1873 à 2002,
  • 5 ans depuis le référendum du 24 septembre 2000 et entré en vigueur en 2002 (référendum sur le quinquennat présidentiel soumis aux votes des français par le président Jacques Chirac).

Tous les présidents de la République ont résidé au palais de l'Élysée, à Paris.

Le Palais de l'Elysée

Le président de la République française 

Le président de la République française exerce les plus hautes fonctions du pouvoir exécutif de la République : C’est le chef de l’État.

En France, Le président est le chef de l'État, chef des armées, co-prince d'Andorre, chanoine d'honneur de la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome. 

Il est le garant de la Constitution de la Ve République française et tient un rôle éminent en matière de politique étrangère.

Les autres fonctions, attributions et modes de nomination ont évolué dans le temps selon les régimes, mais également en fonction des circonstances et des hommes appelés à remplir cette charge.

Sous la Ve République, en place depuis 1958, son pouvoir est bien plus étendu que sous les IIIe et IVe Républiques, à l'instar de la IIe République. 

Officiellement, sous la Ve République, le président partage le pouvoir exécutif avec le Premier ministre (régime semi-présidentiel). En pratique, lorsque la majorité parlementaire lui est acquise, le président concentre l'intégralité du pouvoir exécutif, même si le Premier ministre reste chef du Gouvernement et responsable de sa politique devant l'Assemblée nationale.

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l'Hôtel Matignon

Le Premier ministre 

Nommé par le Président de la République, le Premier ministre est le chef du Gouvernement. 

Il réside officiellement à l'Hôtel de Matignon, plus simplement nommé "Matignon", où se situe son bureau et son cabinet.

Selon l'article 21 de la Constitution, le Premier ministre :

  • Dirige l'action du Gouvernement, organe collégial composé des ministres et secrétaires d'État nommés par le Président de la République sur proposition du Premier ministre. 

Le Premier ministre n’est pas le supérieur hiérarchique des autres ministres. Il ne peut pas leur imposer de prendre une décision qu’ils ne veulent pas assumer.

Le Premier ministre, au titre de chef du Gouvernement, dispose de "l’administration et de la force armée", selon l'article 20 de la Constitution.

Afin d'élaborer sa politique, l'équipe du Premier ministre est organisée autour de deux services essentiels :

  • Le cabinet, constitué d'un directeur de cabinet, d'un chef de cabinet, de conseillers et chargés de mission ;
  • Le Secrétariat général du Gouvernement (SGG), qui a en charge l'ordre du jour et le secrétariat du Conseil des ministres, celle de nombreuses réunions interministérielles.

Le SGG veille à la publication des textes législatifs et réglementaires. Il assure les relations entre le Gouvernement et le Parlement. 

Le cabinet et le SGG sont localisés, comme le Premier ministre, à l'Hôtel de Matignon à Paris.

 

Suite et photos: Gouv.fr

Suite : (2) Les Institutions de la Ve République.

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 22:11

Le remaniement ministériel du 3 juillet 2020, m’a donné l’idée d’une nouvelle rubrique :  

La Vème République :

Thèmes :

  • Les Institutions de la Vème République.
    • La République française
    • Le Président de la République française
    • Le Premier ministre
    • Le Gouvernement sous la Ve République
    • Le Parlement (Assemblée nationale – Sénat)
    • Le Congrès du Parlement
    • Le Conseil Constitutionnel
    • Le Conseil d'Etat
    • La Cour des Comptes
  • De Gaulle à Macron l’Élysée
  • Du 1er Premier ministre à Jean Castex à l’Hôtel Matignon 

De Gaulle Charles : 

Michel Debré ; Georges Pompidou ; Maurice Couve de Murville.

 

Pompidou Georges :

Jacques Chaban-Delmas ; Pierre Messmer.

 

Giscard d’Estain Valéry : 

Jacques Chirac ; Raymond Barre

 

Mitterrand François : 

Pierre Mauroy ; Laurent Fabius ; Jacques Chirac ; Michel Roccard ; Édith Cresson ; Pierre Bérégovoy ; Alain Juppé ; Lionel Jospin.

 

Chirac Jacques : 

Jean-Pierre Raffarin ; Dominique de Villepin

 

Sarkozy Nicolas : 

François Fillon

 

Hollande François : 

Jean-Marc Ayrault ; Manuel Valls; Bernard Cazeneuve.

 

Macron : 

Édouard Philippe

 

Je vous souhaite une bonne lecture tout au long de ces différents septennats, puis quinquennats.

 

Suite : (1) Les Institutions de la Ve République.

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28 juin 2020 7 28 /06 /juin /2020 17:27
Anne Frank à l'école Montessori d'Amsterdam en 1940

Un certain 25 juin 1947

Première édition néerlandaise du journal d’Anne Frank

Après la libération du camp d’Auschwitz par les troupes russes, Otto Frank, retourne aux Pays-Bas et récupère le journal qu’avait écrit sa fille Anne, entre 12 juin 1942 et le 1er août 1944.

Il acceptera par la suite de le faire publier, et la première édition néerlandaise parait le 25 juin 1947.

 

Anne Frank ?

Anne Frank, deuxième enfant d’une famille juive, naît le 12 juin 1929 dans la ville allemande de Francfort-sur-le-Main. Sa sœur Margot est de trois ans son aînée.

L’Allemagne est en crise : il y a peu de travail, beaucoup de pauvreté. Adolf Hitler nourrissant une haine féroce envers les Juifs les tient pour responsables de tous les problèmes que rencontre le pays. La haine envers les Juifs et le climat économique peu favorable poussent Otto et Edith Frank à déménager à Amsterdam. 

Anne s’adapte rapidement à sa vie aux Pays-Bas. Elle apprend la langue, se fait des amies et fréquente une école néerlandaise près de chez elle. 

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie attaque la Pologne. Peu de temps après, le 10 mai 1940, les nazis envahissent également les Pays-Bas, l’armée néerlandaise se rendra cinq jours plus tard. Anne a alors 10 ans.

Lentement mais de façon efficace, l’envahisseur commence à rendre la vie des Juifs de plus en plus difficile, ils n’ont plus accès aux parcs publics, aux cinémas ni aux commerces. 

La répression des nazis oblige les Juifs à porter l’étoile jaune. Anne de plus en plus limitée dans ses mouvements, doit et comme tous les enfants Juifs fréquenter une école leur étant exclusivement réservée.

Son père perd son commerce suite à la loi interdisant aux Juifs d’avoir leur propre entreprise.

Des rumeurs indiquent les Juifs doivent quitter le pays et lorsque le 5 juillet 1942, Margot, sa sœur ainée reçoit une convocation pour aller travailler en Allemagne ses parents se doutant qu’il s’agit d’un prétexte, ils décident de se cacher. Dès le lendemain ils entrent dans la clandestinité espérant ainsi échapper à la persécution.

Avec l’aide de plusieurs de ses anciens collègues, Otto Frank aménage un appartement secret dans l’annexe de son entreprise au 263, Prinsengracht à Amsterdam.

Peu après, quatre autres clandestins se joindront à la famille Frank dans l’Annexe. Il n’y a que peu d’espace dans l’appartement, Anne doit faire profil bas, elle a souvent peur.

 

Anne écrit son journal

A l’occasion de son treizième anniversaire, (son dernier en liberté), Anne reçoit un journal où elle décrira toute la période passée dans l’Annexe, elle parlera aussi de ses sentiments et de ses pensées. 

L’écriture l’aide à passer les journées, elle écrira également quelques nouvelles, entamera un roman et notera des extraits de ses lectures favorites dans son Livre de belles phrases.

Un jour, Anne entend à Radio Orange (la radio clandestine des Pays-Bas) un discours du ministre de l’Éducation du gouvernement néerlandais appelant, à conserver les journaux intimes et autres documents relatant les souffrances du peuple pendant la guerre. Anne décide alors de retravailler ses différents journaux dans le but d’en faire roman titré Het Achterhuis (l’Annexe), mais elle ne pourra mener sa mission à bien.

 

Le refuge est découvert

Le 4 août 1944, le refuge est découvert. Anne Frank, sa famille et les autres clandestins, ainsi que deux de leurs protecteurs sont arrêtés par la police (aujourd’hui encore, le motif de cette descente de police reste encore inconnu, dénonciation où simple hasard ?).

Malgré l’opération policière, deux autres protecteurs parviennent à sauver les papiers (Le journal d'Anne est récupéré par Miep Gies), avant que l’Annexe ne soit vidée par les nazis.

 

La déportation à Auschwitz

Par le biais de la maison de détention d’Amsterdam (la Sicherheitsdienst), et le camp de transit de Westerbork, les nazis déportent le groupe vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. 

Le voyage dure trois jours, Anne est entassée dans un wagon à bestiaux, il y a peu d’eau et de nourriture disponibles pendant le trajet et un simple petit tonneau fait office de toilettes (le train comporte près de mille autres personnes).

Arrivée à Auschwitz les médecins nazis sélectionnent les prisonniers qu’ils jugent capables d’effectuer les durs travaux forcés. Environ 350 membres du transport d’Anne sont directement assassinés (dans les chambres à gaz). 

Anne, sa sœur et leur mère seront internées dans un camp de femmes, Otto est emprisonné dans un camp d’hommes.

Début novembre 1944 Anne et sa sœur sont transportées vers le camp de Bergen-Belsen. Leurs parents restent à Auschwitz. 

Dans le camp de Bergen-Belsen les conditions sont dramatiques : il n’y a presque pas de nourriture, il y fait froid et tout comme sa sœur, Anne est atteinte du typhus. Au mois de février 1945, Margot puis Anne décèdent des suites de cette maladie.

 

Le journal d’Anne devient mondialement célèbre

Otto, le père d’Anne, seul survivant de tous les clandestins réfugiés dans l’Annexe, retourne aux Pays-Bas après la libération du camp d’Auschwitz par les troupes russes. Il apprend la mort de sa femme Edith pendant son voyage de retour. Une fois rentré aux Pays-Bas il apprendra également qu’Anne et Margot ne sont plus en vie.

Peu après son retour à Amsterdam, en juin 1945, Miep Gies lui remet le journal d'Anne, qu'elle avait soigneusement conservé. 

Otto Frank est impressionné par les manuscrits de sa fille. Il découvre qu’Anne rêvait d’être romancière ou journaliste, de son projet de faire éditer ses écrits sur la vie dans l’Annexe. Convaincu par des amis, Otto décide de publier le journal. Le 25 juin 1947, paraît Le Journal d’Anne Frank avec un tirage de 3000 exemplaires.

Le livre de 368 pages traduit en près de 70 langues, à ce jour, plus de 30 millions d’exemplaires sont vendus. 

Le journal d’Anne Frank fera l’objet d’une pièce de théâtre et un film. 

En 1960, l’Annexe deviendra : la Maison d’Anne Frank.

Jusqu’à sa mort en 1980, Otto restera très impliqué dans la Fondation Anne Frank et le musée : il espère que grâce au Journal, les lecteurs prendront conscience des dangers de la discrimination, du racisme et de l’antisémitisme.

Dans le monde, des rues et des écoles ainsi que des parcs ont été baptisés Anne Frank.

Le livre ‘ Le journal d’Anne Frank’ est inscrit au registre international de « Mémoire du monde ».

Photo : Wikipédia

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18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 15:11
Le général de Gaulle au micro de la BBC, oct 41 © Fondation Ch. de Gaulle

Après le discours du Maréchal Pétain appelant à cesser le combat, le général de Gaulle, à Londres, obtient l’autorisation de Winston Churchill de s’adresser aux Français au micro de la BBC.

Le 18juin 1940, à 18 h 30, de Gaulle enregistre son appel à la résistance en exhortant les Français à le rejoindre pour continuer le combat. 

Il sera diffusé à 22 heures. Toutefois, la BBC ne conservera pas l’enregistrement.

Pour la célébration des quatre-vingts ans de ‘l’Appel du 18 juin 1940, acte fondateur de la France libre où le général de Gaulle entre dans l’Histoire et devient pour la postérité « l’Homme du 18 Juin », qui peut le mieux parler de cet événement si non son auteur.

 

Dans ‘Mémoires de Guerre’, chapitre ‘La France libre’, le général explique : 

Poursuivre la guerre ? Oui, certes ! Mais pour quel but et dans quelles limites ? ....

« Pour moi, ce qu’il s’agissait de servir et de sauver, c’était la nation et l’État.

Je pensais, en effet, que c’en serait fini l’honneur de l’honneur, de l’unité, de l’indépendance, s’il devait être entendu que, dans cette guerre mondiale, seule la France aurait capitulé et qu’elle en serait restée là….

« A quoi bon fournir d’auxiliaires les forces d’une autre puissance ? Non ! pour que l’effort en valût la peine, l fallait aboutir à remettre dans la guerre, non point seulement des Français, mais la France.

Ce que je savais des hommes et des choses ne me laissait pas d’illusions sur les obstacles à surmonter. Il y aurait la puissance de l’ennemi, que seule pourrait briser une longue usure et qui trouverait le concours de l’appareil officiel français pour s’opposer au redressement guerrier de la France…. 

Il y aurait la montagne des objections, imputations, calomnies, opposées aux combattants par les sceptiques et les peureux pour couvrir leur passivité….

 

« Quant à moi, je prétendais gravir une pareille pente, je n’étais rien, au départ ? A mes côtés, pas l’ombre d’une force, ni d’une organisation. En France, aucun répondant et aucune notoriété. A l’étranger, ni crédit ni justification. Mais ce dénuement même me traçait ma ligne de conduite. C’est en épousant, sans ménager rien, la cause du salut national que je pourrais trouver l’autorité. C’est en agissant comme un champion inflexible de la nation et de l’État qu’il me serait possible de grouper, parmi les Français, les consentements, voire les enthousiasmes et d’obtenir des étranger respect et considération. Les gens qui, tout du long du drame, s’offusquèrent de cette intransigeance ne voulurent pas voir que pour moi, tendu à refouler d’innombrables pressions contraires, le moindre fléchissement eût entrainé l’effondrement. Bref, tout limité et solitaire que je fusse, et justement parce que je l’étais, il me fallait gagner les sommets et n’en descendre jamais plus. La première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio s’offrait pour cela. Dès l’après-midi du 17 juin, j’exposai mes intentions à M. Winston Churchill. Naufragé de la désolation sur les rivages de l’Angleterre, qu’aurais-je pu faire sans son concours ? Il me donna tout de suite et mit, pour commencer, la B.B.C. à ma disposition. Nous convînmes que je l’utiliserais lorsque le gouvernement Pétain aurait demandé l’armistice. Or, dans la soirée même, on apprit qu’il l’avait fait. Le lendemain, à 18 heures, je lus au micro le texte que l’on connaît.

Affiche de l'Appel du 18 juin

« A mesure que s’envolaient les mots irrévocables, je sentais en moi-même se terminer une vie, celle que j’avais menée dans le cadre d’une France solide et d’une indivisible armée.

A 49 ans, j’entrais dans l’aventure, comme un homme que le destin jetait hors de toutes séries...

 

« Pourtant, … j’avais le devoir de vérifier qu’aucune autorité plus qualifiée que la mienne ne voudrait s’offrir à remettre la France et l’empire dans la lutte.

« Tant que l’armistice ne serait pas en vigueur, on pouvait imaginer, quoique contre toute vraisemblance, que le gouvernement de Bordeaux choisirait finalement la guerre. N’y eût-il que la plus faible chance, il fallait la ménager. C’est pour cela que, dès mon arrivée à Londres, le 17 juin après-midi, je télégraphiai à Bordeaux pour m’offrir à poursuivre dans la capitale anglaise les négociations que j’avais commencées la veille au sujet du matériel en provenance des États-Unis, des prisonniers allemands et des transports vers l’Afrique.

Journal 'Le Petit Provençal' ©Fondation Ch. de Gaulle

« La réponse fut une dépêche me sommant de rentrer sans délai. Le 20 juin, j’écrivis à Weygand, qui avait pris dans la capitulation le titre étonnant de « ministre de la Défense nationale », pour l’adjurer de se mettre à la tête de la résistance et l’assuré, s’il le faisait, de mon obéissance entière. Mais cette lettre devait m’être, quelques semaines plus tard, retournée par son destinataire avec une mention dont le moins qu’on puisse dire qu’elle marquait sa malveillance. Le 30 juin, l’ «ambassade de France » me notifiait l’ordre de me constituer prisonnier à la prison Saint-Michel à Toulouse pour y être jugé par le Conseil de guerre. Celui-ci m’infligeait, d’abord, quatre ans de prison. Puis sur appel a minima exigé par le « ministre », me condamnait à la peine de mort » …

 

Source : Mémoire de Guerre de Charles de Gaulle, édition Plon (oct 2019) pages 58-60

 

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12 juin 2020 5 12 /06 /juin /2020 17:08

Quelle soit bubonique avec des pustules qui se nécrosent et des bubons dans le cou, des accès de fièvre, des vertiges et des délires et parfois quelques guérisons quasi-miraculeuse ou pulmonaire, occasionnée par la présence du bacille dans la salive et entrainant une mort inéluctable dans les trois jours, il fallut attendre 1894 pour qu’Alexandre Yersin isole ce bacille mortel.

Alexandre Yersin est né le 22 septembre 1863 dans la région de Lausanne. (Canton de Vaux).

 Très jeune il s'intéresse à la flore et à la faune, avant de se déterminer à étudier la médecine.

Après son baccalauréat ès lettre, il entre en 1883, à l'ancienne académie de Lausanne, puis poursuit sa formation médicale à Marbourg en Allemagne. 

En 1885, Yersin arrive en France, pour continuer ses études à l'Hôtel-Dieu de Paris où il fait une rencontre déterminante en la personne du docteur Émile Roux, qui l’engage comme préparateur a l'institut Pasteur.  Avec lui il découvre en 1886 la toxine diphtérique.

En 1888, à 25 ans, il devient médecin à Paris avec sa thèse : « Études sur le développement du tubercule expérimental », dont le bacille responsable portera le nom de type Yersin, tout en contribuant à l'isolement de la toxine diphtérique.

Un an après sa thèse, il prend la nationalité française. Disciple de Pasteur, Yersin applique une rigoureuse démarche scientifique, « la méthode pasteurienne ». 

Faisant preuve d'une indépendance d'esprit singulière pour l'époque, il suit également le cours de bactériologie de Robert Koch, ancien rival de Louis Pasteur, à l'Institut d'hygiène de Berlin.

Épris d'aventure, sur les conseils de Calmette il s'engage comme médecin de santé coloniale en Indochine (il sera admis à la retraite en 1920, en qualité de médecin colonel), et en profite pour explorer les hauts plateaux de Cochinchine et d'Annam.

En 1894, il met fin à ses explorations et se lance dans la plantation d'hévéas, c'est alors qu'une épidémie de peste ravage la Chine méridionale. 

Le chercheur est aussitôt mandaté par le gouvernement français et l'Institut Pasteur pour enquêter sur les sources du mal.

Il se rend à Hongkong où l'a précédé une équipe japonaise, mais les hôpitaux anglais, étant à cette époque germanophiles, donnent leurs préférences aux japonais (formés par les allemands).

Yersin décide alors de se faire construire une petite paillote dans laquelle il installe un laboratoire rudimentaire.

Avec quelques piastres distribuées à des matelots anglais chargés d’enterrer les cadavres, il a accès au dépôt mortuaire où il peut prélever quelques bubons… « Je fais rapidement une préparation et les mets sous microscope. Au premier coup d’œil, je reconnais une véritable purée de microbes tous semblables. Ce sont des petits bâtonnets trapus, à extrémités arrondis et assez mal colorés au bleu de Loffler (…) Il y à beaucoup de chance pour que mon microbe soit celui de la peste, mais je n’ai pas encore le droit de l’affirmer. » écrit-il.

Pourvu de moyens dérisoires, Yersin réussit à identifier et isoler en trois semaines (20 juin 1894) le responsable de ce fléau : un microbe très résistant qui porte depuis lors le nom de son découvreur : le bacille de Yersin (« Yersinia pestis »).

Ce bacille existe à l'état naturel chez certains rongeurs d'Asie et peut être transmis par l'intermédiaire de puces à des rats et, de là, à l'homme... 

Yersin, ne parviendra pas à résoudre le problème de la transmission de la maladie du rat à l’homme. Il envisage le rôle de la mouche, mais il sera l’un des premiers à reconnaitre, dès 1898, la découverte d’un autre pasteurien, Paul-Louis Simond, démontrant le rôle de la puce du rat.

Les puces étant rebutées par l'odeur des moutons et des chevaux, fait que les bergers et les palefreniers n'étaient pas contaminés par la maladie.

De son côté, Kissasato (chef de l’équipe japonaise), publie le 25 aout 1894 sa découverte d’un bacille pesteux, obtenue à partir du sang.

Les deux bacilles sont différents, celui de Yersin est Gram-négatif et immobile, celui de Kisasato est Gram-positif et mobile.

Revenu à Paris l'année suivante, Alexandre Yersin met au point avec Calmette et Roux un vaccin et un sérum contre la peste. 

De retour à Canton, il démontre l'efficacité de ces remèdes sur un séminariste promis à la mort.

Un Franco-Suisse aimé des Vietnamiens

Le médecin porte dès lors ses efforts sur le développement des Instituts Pasteur fondés à Hanoi, Saigon, Nha Trang et Dalat (sérums, vaccins, travaux d'hygiène). 

En parallèle il encourage l'introduction dans le pays de l'arbre à caoutchouc et de l'arbre à quinine (un médicament destiné à prévenir le paludisme). Il élève aussi des chevaux pour la fabrication du sérum et implante des races de vaches laitières.

Yersin promeut l'extraction industrielle de la quinine et choisit Dalat pour y établir des sanatoria. Ses initiatives lui valent de devenir le premier doyen de la faculté de médecine de Hanoï en 1902, mais il renonce aux honneurs pour défendre les intérêts du peuple annamite fort méprisé et exploité, en vivant au sein de la population dans le village de Soui Dau, près du port de Nha Trang (Annam).

En France, il est fait grand officier de la légion d’honneur en 1939.

Alexandre Yersin décède le 28 février en 1943, pendant l'occupation japonaise, d’une myocardite. 

Une foule immense rend hommage à cet homme qui respectait les personnes âgées, soignant gratuitement les plus démunis. 

Vers 1890 dans une lettre il écrit : « demander de l'argent pour soigner un malade, c'est un peu lui dire la bourse ou la vie ! ».

Adorant les enfants, il avait toujours une friandise pour eux ou les aidait volontiers à construire des cerfs-volants.

Il est inhumé sur une petite colline de laquelle il pouvait contempler la montagne où il avait réussi à faire pousser l’arbre à quinine.

C'est à peu près la seule figure de l'époque coloniale qui n'a pas cessé d'être vénérée au Viet-Nam, où toutes les villes ont un lycée à son nom. 

En 2013, pour la célébration de la naissance et du décès du savant humaniste, l’association caritative de Liseron en France créé le prix Alexandre-Yersin. Sur la base d’un concours, il récompense les étudiants vietnamiens francophone de moins de 23 ans.

En 2014, Alexandre Yersin a été nommé citoyen d’honneur du Vietnam à titre posthume.

Paradoxalement, la Suisse et la France (dont il avait adopté la nationalité) l'ont en revanche bien délaissé...

 

Fin de la série sur les Grandes épidémies.

Source: Histoire de la médecine.

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1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 17:18
Docteur Edward Jenner

Edward Jenner

 

Très tôt, dès le Moyen Âge, on s'est aperçu que les personnes ayant survécu à la variole étaient définitivement immunisées contre le fléau.

Il fallut attendre les travaux d’Edward Jenner, premier médecin à avoir introduit et étudié de façon scientifique le vaccin contre la variole, pour combattre cette maladie.

Edward Jenner est considéré comme le « père de l'immunologie ». 

Né le 17 mai 1749 à Berkeley en Angleterre, à l’âge de 14 ans il part pour huit ans à Chipping Sodbury, dans le Gloucestershire comme apprenti chirurgien.

En 1770 il se rend à Londres pour étudier la chirurgie et l'anatomie et devient médecin généraliste et chirurgien en 1773.

Il est élu membre de la Royal Society en 1788 à la suite d'une étude détaillée sur la vie méconnue du coucou* dans son nid en combinant pour son étude l’observation, l’expérimentation et la dissection.

 

La vaccine

La vaccine ou variole des vaches, maladie bénigne est courante chez les valets qui traient les vaches et entrent en contact avec les pustules des pis. 

Au XVIIIe siècle, la variole ou « petite vérole » était redoutée, un tiers de ceux qui contractaient la maladie en mouraient et ceux qui survivaient étaient généralement défigurés. 

Édouard Jenner, passionné par la recherche, s'aperçu que plusieurs de ses patients étaient insensibles à l'inoculation.

Après enquête, Il a fait le rapprochement avec la vaccine des vaches en découvrant qu'il s'agissait de valets de ferme en contact avec les pustules des pis les vaches, et avaient pour effet de les immuniser contre la véritable variole, le plus souvent mortelle.

Il a l'idée d'inoculer par scarification non plus du pus de la variole mais du pus de la vaccine, beaucoup plus bénin et tout aussi efficace.

Le 14 mai 1796, Jenner teste sa théorie en inoculant à James Phipps, un jeune garçon de 8 ans, le contenu des vésicules de vaccine de la main de Sarah Nelmes, une trayeuse qui avait contracté la vaccine transmise par une vache (nommée Blossom). 

James Phipps contracte ladite maladie sous la forme d'une unique pustule et en guérit très vite.

Trois mois plus tard, indifférent au « principe de précaution », appliquant la maxime de William Harvey (célèbre dans le milieu médical : Ne croyez pas, essayezle médecin lui inocule la véritable variole. À son grand soulagement, la maladie n'a aucun effet sur l'enfant. 

C'est la preuve que la vaccine l'a immunisé contre la variole en entraînant la formation d'anticorps propres à lutter contre l'infection.

A 47 ans, il va donner à la vaccination (mot venant du latin vaccinia, de vacca, vache) une caution scientifique et la généraliser à l’ensemble de la population.

Édouard Jenner diffuse avec courage le principe de la vaccination dans le public, en encourageant la vaccination de masse. Ses opposants contestent l'innocuité de sa méthode ou même parfois dénoncent la prétention de vouloir contrarier les desseins de la providence.

Il publie à ses frais « An inquiry into the causes and effects of the variolae accina » (Enquête sur les causes et les effets de la vaccine de la variole) et jette les bases de l'immunologie appliquée à la variole. Il se satisfait d'une approche empirique et ne se soucie pas d'aller plus avant dans la compréhension du phénomène. Il appelle « virus » le facteur mystérieux de la vaccine (d'après un mot latin qui signifie poison).

Finalement, la vaccination fut acceptée et, en 1840, le gouvernement britannique interdit la variolisation et encouragea la vaccination gratuite.

Le vaccin contre la variole a ensuite été accepté dans toute l'Europe. Napoléon Ier tiendra même à ce que son fils, le roi de Rome, reçoive le traitement préventif. Louis Odier (1748-1817), médecin suisse qui a vécu à Londres, contribue à son adoption en Suisse et en France.

La pratique de la vaccination se répand très vite en Europe et en Amérique, contribuant au recul des épidémies. 

En 1821, il est nommé médecin éminent par le roi George IV, un honneur national, et a été élu maire de Berkeley et juge de paix.

Victime le 25 janvier 1823 d’une crise d’apoplexie (AVC), il décède le 26 janvier 1823 à l’âge de 73 ans.

Jenner a été enterré dans le chœur de l'église paroissiale de Berkeley.

A ce jour, les grandes campagnes de vaccination contre la variole ont pratiquement éliminé ce virus de la surface de la terre.

En 1980, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que la variole était une maladie éradiquée. 

Bien que le virus ait été déclaré éradiqué, des échantillons sont conservés dans certains laboratoires : Centers for Disease Control and Prévention (CDC) d’Atlanta (Georgie) aux États-Unis, et du State Research Center of Virology and Biotechnology (VECTOR) à l'oblast de Koltsovo à Novossibirsk, en Russie.

Les populations qui n'ont pas connu la vaccination sont appelées par les archéologues et historiens les sociétés préjennériennes.

 

Polémique 

À partir de 1769 et dans les années qui ont suivi, six personnes au moins en Angleterre et en Allemagne (Sevel, Jensen, Jesty 1774, Rendall, Plett 1791) avaient expérimenté avec succès la possibilité d'utiliser une maladie bénigne commune aux vaches et aux humains, la vaccine, comme moyen d'immunisation contre la variole chez l'homme.

Ainsi en 1769, le docteur Jobst Bose, montre qu'une protection contre la variole peut être acquise via le lait de vaches malades de la vaccine.

En 1774 Benjamin Jesty, un agriculteur (20 ans avant Jenner), réussit à induire une immunité artificielle chez sa femme et ses deux enfants avec la vaccine au cours d'une épidémie de variole.

Mais ce n’est qu’à la suite des travaux de Jenner, que le procédé de la vaccination est compris. 

Il est d'ailleurs admis que Jenner n'était pas au courant du succès de Jesty et est arrivé indépendamment aux mêmes conclusions et surtout, qu'il a systématisé le processus de façon scientifique.

 

Hommages

Aujourd'hui la maison de Jenner situé au village de Berkeley dans le Gloucestershire est un petit musée où sont exposées, entre autres, les cornes de la vache Blossom. 

Les premières vaccinations en France eurent lieu à Boulogne-sur-Mer le 18 juin 1800 sur trois petites filles de la rue des Pipots. 

En souvenir de cette première vaccination, le 11 septembre 1865, fut inaugurée la statue du docteur Edward Jenner, située au pied des fortifications de la Vieille Ville.

 

*La description par Jenner du coucou tout juste éclos poussant les œufs et les oisillons de son hôte hors du nid a été confirmée au XXe siècle lorsqu’il est devenu possible de le photographier. 

Ayant observé son comportement, il a mis en évidence une adaptation anatomique du bébé coucou qui présente une dépression dans le dos qui n'était plus présente après 12 jours de vie et dans laquelle il rassemble les œufs et les autres poussins pour les pousser hors du nid. 

On avait supposé que les oiseaux adultes étaient responsables de cette pratique mais l'adulte n’est pas présent dans le nid suffisamment longtemps. 

Ses conclusions ont été publiées dans les Philosophical Transactions de la Royal Society en 1787.

 

Sources : Partie Wikipédia, sites médicaux.

A suivre : Alexandre Yersin

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