Je reprends le cours des articles sur la Vème République, suite de l'article sur J. Chaban-Delmas)
Le président de la République détermine les grandes orientations de la politique nationale et veille à leur mise en œuvre… Le Premier ministre conduit l’application de cette politique et en répond devant le président et l’Assemblée nationale. Il ne saurait exister de hiérarchie au sommet.
Né le 20 mars 1916 à Vincennes (Val-de-Marne).
Docteur en droit, diplômé de l’École nationale des langues orientales vivantes, Pierre Messmer entre à l’École d’Administration des Colonies en 1938.
En 1940, il rejoint les forces de la France libre. Affecté à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère. Chef de section, puis commandant de compagnie, il est engagé dans les expéditions de Dakar puis du Gabon.
Quelques semaines avant son décès, il dit avec humour :"Embarquer clandestinement à trois ou quatre hommes dans un cargo italien de 10 000 tonnes, puis réussir à le détourner vers Gibraltar pour gagner l'Angleterre marque une vie."
Il fait campagne en Érythrée, en Syrie (1941), en Libye avec Bir Hakeim et El Alamein, (deux des plus glorieux combats de la France Libre (1942-1943)) puis est affecté en Tunisie, participe à la libération de Paris, aux côtés de la 2e Division Blindée, fait la campagne de France et la conquête de l'Allemagne.
De nouveau, avec la 13e demi-brigade de Légion étrangère, il fait un rapide passage à la Direction de la mission française à Calcutta.
Parachuté au Tonkin en 1945, il est fait prisonnier par le Viêt-minh. Après deux mois de captivité il s'évade et rejoint la mission française à Hanoï. Démobilisé, il devient secrétaire général du comité interministériel pour l'Indochine puis, en 1947 et 1948, directeur du cabinet du haut-commissaire de France en Indochine.
Commandant du cercle d'Atar en Mauritanie (1950-1951), il devient le gouverneur du pays (1952-1954), puis de la Côte d'Ivoire (1954-1956).
Nommé haut-commissaire au Cameroun (1956-1958), en Afrique équatoriale française (1958), et haut-commissaire général en Afrique occidentale française (1958-1959).
Sur cette période de sa vie, il écrira : "J’aimais ce métier à aucun autre pareil. J’y serais resté volontiers jusqu’à l’âge de la retraite, mais il m’a quitté pour cause de décolonisation."
Pendant près de dix ans (1960-1969), il est le ministre des Armées de Charles de Gaulle. Élu député UDR de Moselle en 1968, et Maire de Sarrebourg (1968-1992), il est nommé ministre des Départements et Territoires d'Outre-Mer dans le gouvernement Chaban-Delmas en 1971.
L’ancien gouverneur des colonies et grand officier de la France libre, Pierre Messmer est nommé Premier ministre en juillet 1972 par Georges Pompidou où il dirigera trois gouvernements successifs.
Au décès de Georges Pompidou, il poursuit son mandat sous la présidence par intérim d'Alain Poher. Ses fonctions prendront fin en mai 1974.
Pierre Messmer à l’Hôtel Matignon
Après Jacques Chaban-Delmas, le chef de l’État, choisit un homme dont il attend qu’il soit un chef d’état-major de l’action gouvernementale. Au fil des mois, Pierre Messmer supplée de plus en plus le président de la République en raison de sa grave maladie.
Le Premier ministre, qui aime la simplicité et les rapports directs, ramène à dix le nombre de secrétaires d’État.
Pierre Messmer incarne une certaine fermeté jacobine, notamment en décidant de la dissolution, en janvier 1974, des mouvements autonomistes basques ou bretons et en 1973 le mouvement néofasciste "Ordre nouveau" et de la trotskyste "Ligue communiste".
Malgré l’opposition de l’opinion, la vitesse est limitée à 100 km/h sur route, puis le port de la ceinture de sécurité est rendu obligatoire à l’avant.
Son gouvernement est confronté à la rapide évolution des mentalités, après mai 68.
Sur les questions de l’avortement, de la réduction de la majorité de 21 à 19 ans, de la réduction du mandat présidentiel à cinq ans (projet initié par Georges Pompidou), les ambitions du gouvernement tournent court, il réussit néanmoins, à imposer la création de la fonction de médiateur de la République.
Il poursuit la politique d’investissement et de grands équipements : inauguration du boulevard périphérique de Paris en avril 1973, lancement du programme de TGV Paris-Lyon, ouverture de l’aéroport Charles-de-Gaulle en mars 1974… Amplifie le programme de centrales nucléaires (accélération confirmée après le premier choc pétrolier, qui voit les prix de l’énergie fossile s’envoler).
Le gouvernement Messmer bénéficie encore du souffle des Trente Glorieuses :
- Relèvement des allocations familiales de 12 %,
- Hausse du Smic de 11,6 %,
- Mensualisation des ouvriers et extension des mesures participatives.
Mais, déjà, avec le premier choc pétrolier, la forte inflation vient grever ces avancées sociales.
L’ère Pompidou-Messmer renforce aussi l’ancrage de la population rurale dans le gaullisme. Jacques Chirac, devenu ministre de l’Agriculture, est particulièrement populaire chez les agriculteurs. En décembre 1973, la loi Royer vise à limiter la prolifération des grandes surfaces en milieu rural.
Le décès de George Pompidou des suites d’une longue maladie, le 2 avril 1974, met un terme au mandat de Pierre Messmer à Matignon. De nombreux gaullistes tentent en vain de le convaincre de se présenter à la nouvelle élection présidentielle.
L'APRÈS-MATIGNON
En 1978, il est élu président du conseil régional de Lorraine et député RPR de Moselle, député européen de 1979 à 1984.
De 1986 à 1988, il occupe les fonctions de président du groupe RPR à l’Assemblée nationale.
Maire de Sarrebourg de 1971 à 1989, il renonce à se représenter aux élections pour la mairie de Sarrebourg en 1989 en déclarant :
"Si j'étais élu, j'aurais 79 ans en fin de mandat. Il faut parfois se déterminer par rapport à soi-même. C'est la sagesse qui le veut."
Pierre Messmer reçoit plusieurs distinctions :
- Élu à l'Académie des sciences morales et politiques en 1988, (et secrétaire perpétuel de 1995 à 1998)
- Élu à l'Académie française en 1999 ;
- Chancelier de l'Institut de France (1999 à 2006) ;
- Chancelier de l’Ordre de la Libération (2006 à sa mort).
Il est également président de l'Institut Charles-de-Gaulle de 1992 à 1995.
Pierre Messmer décède le 29 août 2007, à l'âge de 91 ans. Ses obsèques sont célébrées en l'église Saint-Louis des Invalides à Paris.
Le président de la République Nicolas Sarkozy salue celui qui "restera dans la mémoire nationale comme l'un des plus illustres enfants de notre République… la France vient de perdre l'un de ses plus grands serviteurs et la nation tout entière s'incline pour saluer sa mémoire".
L'ancien président Jacques Chirac évoque le "héros de la France combattante… l'homme d'État passionnément engagé pour son pays".
Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, salue la mémoire de cet "homme droit".
Sources : Gouv.fr Suite : Jacques Chirac
