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11 mai 2024 6 11 /05 /mai /2024 21:04

La guerre d'Indochine (1946-1954), avait tous les ingrédients pour quelle soit oubliée. Cette guerre à plus de 10000km de la France. Les combattants du « corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) ne sont pas des conscrits mais des militaires de métier. Parmi ces hommes (maximum 235000, on compte une bonne moitié de « volontaires » des colonies d’Afrique et d’Asie ainsi que des soldats de la Légion étrangère, parmi lesquels beaucoup de jeunes Allemands, orphelins de la Wehrmacht, à l’égard desquels l’opinion publique se sent peu d’affinités. D’autre part elle se terminera par une cuisante défaite à Diên Biên Phu.

Le drame puise sa source dans la mainmise brutale du Japon sur l'Indochine et la volonté du général de Gaulle, à la Libération, de réinvestir la « Perle de l'Empire français » pour l'honneur du drapeau. 

 

La France, n’est pas encore toute libérée (La dernière ville libérée sera St Nazaire le 11 mai 1945, trois jours après la capitulation de l’Allemagne), que le 9 mars 1945 les Japonais s’emparent des leviers de commande en Indochine. Ils ont capturé, voire massacré, les militaires et colons français encore présents sur place.

Le 24 mars 1945, le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire de la France, déclare son intention de restaurer l'autorité de la France en Indochine et prendre de court ses alliés anglo-saxons qui lorgnent sur l'Indochine (comme le montrera leur décision, à Potsdam,) et d'en confier l'administration aux Chinois et aux Britanniques, à l'exclusion des Français.

 

De Gaulle projette d'établir une fédération de colonies et de protectorats qui comprendrait les trois provinces du Viêt-nam (les trois Ky : Tonkin, Annam et Cochinchine) ainsi que le Cambodge et le Laos. Le 14 août 1945, il nomme l'amiral Thierry d'Argenlieu gouverneur général de l'Indochine ; farouche partisan de la colonisation, l'homme a aussi la réputation d'être rigide et cassant.

Les événements se précipitent, le 2 septembre 1945, (jour de la capitulation du Japon), Hô Chi Minh, homme quasi-inconnu, chef du parti communiste vietnamien, le Vietminh, proclame unilatéralement l'indépendance de la République démocratique du Viêt-Nam (en abrégé VNDCCH). 

 

De Gaulle, qui entend rétablir la France dans toutes ses positions d'avant-guerre, envoie un corps expéditionnaire afin de reconquérir l'Indochine envoie un corps expéditionnaire débarque à Saigon sous le commandement du général Leclerc. Celui-ci est partisan de négocier avec le Vietminh, mais pour son supérieur hiérarchique d'Argenlieu, il n'en est pas question.

Fonctionnaires et militaires français se réinstallent sans trop de mal en Cochinchine, où le Vietminh est quasiment absent. Leclerc engage non sans succès la reconquête du nord.

 

Au Viêt-nam du sud, sous les ordres du lieutenant-colonel Jacques Massu, des soldats français s'emparent de Saigon (capitale de la Cochinchine), le 23 septembre 1945.

À sa manière audacieuse, Leclerc chasse Japonais et Chinois du Vietnam et du Cambodge.

 

En février 1946, Tchang Kai-chek accepte que les troupes françaises remplacent les troupes chinoises au nord. Le 7 mars 1946 à Haï-Phong (grand port du Tonkin), débarquent des éléments de la 2e DB, qui sont accueillis par le feu de l'artillerie chinoise. Leclerc poursuit sa route sur Hanoï où il fait une entrée triomphale le 18 mars 1946.

 

Malgré ses succès sur le terrain, Leclerc, qui a rencontré aussi Hô Chi Minh, ne tarde pas à se convaincre de l'inanité d'une restauration de la tutelle française. Le sort de l'Indochine repose maintenant sur les choix des responsables français...

En janvier 1946, après le départ du général De Gaulle, le nouveau gouvernement comprend l'inutilité de maintenir la France en Indochine et prépare un accord avec les Vietnamiens en vue de reconnaître leur indépendance.

 

Jean Sainteny (négociateur français) et Hô Chi Minh signent le 6 mars 1946, des accords reconnaissant un État libre du Viêtnam au sein de l'Union française... Il ne peut s'agir que d'un accord provisoire, Hô Chi Minh n'ayant d'autre objectif que de réunir le Vietnam sous un gouvernement communiste. 

 

Le 19 novembre 1946, une fusillade se produit dans le port de Haïphong entre une jonque chinoise (transportant de l'essence de contrebande) et la douane française. La fusillade fait 24 morts dont le commandant Carmoin qui s'avançait avec un drapeau blanc vers les Vietnamiens de la jonque.

L’amiral d'Argenlieu, exploite cette fusillade et en violation des accords du 6 mars rompt l'unité des trois Ky du Viêtnam en créant une Cochinchine indépendante affidée à la France.

 

Le 23 novembre, (sur ordre de d’Argenlieu) trois escorteurs bombardent le port de Haïphong (l'attaque aurait fait jusqu'à 6 000 morts). L'événement passe inaperçu de la métropole, le chef du gouvernement, Léon Blum, n'en perçoit pas la gravité. Mais sur place, il n'en va pas de même, l'agression lève les dernières hésitations de Hô Chi Minh.

Le Vietminh, (parti de Hô Chi Minh) lance une offensive générale contre les Français le 19 décembre. La centrale électrique de Hanoï est détruite, les rues barrées, les magasins et les maisons d'Européens attaqués... On ne compte pas moins de 400 victimes, morts et disparus, parmi les colons.

 

Le lendemain, sitôt après le massacre, « l’oncle Hô », surnom du chef, publie une déclaration sans ambiguïté : « Luttez par tous les moyens dont vous disposez. Luttez avec vos armes, vos pioches, vos pelles, vos bâtons. Sauvez l'indépendance et l'intégrité territoriale de la patrie. Vive le Vietnam indépendant et indivisible. Vive la démocratie » (Pierre Pellissier, Dien Bien Phu, Perrin, 2004), et Hô Chi Minh entre dans la clandestinité.

 

Vo Nguyen Giap, (ancien professeur d'Histoire), son adjoint prend la direction des affaires militaires, Il créée une armée de 60 000 hommes avec l'objectif de chasser les Français.

L'opinion française se montre indifférente à cette guerre coloniale, quand elle ne s'y oppose pas par des manifestations contre les convois de soldats, voire de blessés rapatriés d'Indochine.

 

Rien de tel du côté vietnamien. Les communistes bénéficient du soutien de la population et s'assurent la maîtrise de la plus grande partie du Tonkin.

Sur le terrain, les combattants Vietminh, brûlent des villages, des femmes sont violées, des paysans massacrés. Les communistes eux-mêmes exécutent sans état d'âme tous les hésitants et les présumés collaborateurs de l'ennemi. 

Le gouvernement français tente de restaurer un semblant de protectorat en installant à sa tête l'ancien empereur de l'Annam, Bao-Daï, mais l'homme n'ayant de goût que pour les casinos et les boîtes de nuit, c’est un échec.

En Chine, le 1er octobre 1949, Mao Zedong, devient le maitre du pays… et il va apporter son soutien logistique à Hô Chi Minh.

 

Les américains lâchent alors Hô Chi Minh, repousse une attaque communiste en Corée en juin 1950, décidant ainsi de soutenir massivement l'effort de guerre de la France. De coloniale, la guerre devient une guerre de résistance au communisme !

Les bombes au napalm testées dans la guerre de Corée font leur apparition au Vietnam. Cette essence gélifiée larguée par les avions à basse altitude enflamme la forêt et les campagnes en un éclair sur plusieurs centaines de mètres, ne laissant aucune chance aux paysans et maquisards de leur échapper. 

 

Malgré ces moyens extrêmes et devant la difficulté de tenir les confins sino-indochinois, l'armée française décide de les évacuer. L’évacuation se solde par une attaque communiste à Cao-Bang, en octobre 1950 et de très lourdes pertes pour le corps expéditionnaire : 7 000 victimes sur un effectif de 8 000 hommes ! Ce coup dur relance en France l'opposition à la guerre.

 

En décembre 1950, le général Jean de Lattre de Tassigny reprend les choses en main et redresse la situation. Mais, malade et accablé par la mort au combat de son fils unique Bernard, lieutenant en service au Tonkin, le « roi Jean » s'éteint à Paris le 11 janvier 1952.

 

Son successeur, le général Raoul Salan, poursuit avec un certain succès le travail de « pacification ». Il installe dans les montagnes, au cœur des zones ennemies, des camps retranchés ou « hérissons » sur lesquels viennent se briser les offensives du général Giap. Il remporte ainsi un succès à Na Sam en décembre 1952 puis dans la plaine des Jarres.

 

Le 8 mai 1953, les aléas de la politique parisienne portent le général Henri Navarre à la tête du corps expéditionnaire, en remplacement de Salan. Le nouveau commandant en chef dispose de près de 450 000 hommes en incluant les troupes indochinoises.

 

À Paris, les responsables politiques estiment que la guerre, officiellement qualifiée « d’opérations de pacification », n'a que trop traîné. Il est temps que la France se retire du Viêt-Nam, si possible avec les honneurs.

Sur place, le général Henri Navarre décide de créer un puissant camp fortifié au cœur des montagnes du nord-Vietnam, dans une plaine de 65 km2. Ce sera Diên Biên Phu.

Ce camp fortifié de près de quinze mille hommes aura pour mission de fixer les troupes du Vietminh et de les empêcher d'entrer au Laos voisin, dont le gouvernement est resté fidèle à la France.

 

Le général Giap prépare soigneusement le siège et le 3 février 1954 déclenche l'assaut par un déluge d'artillerie. Le 7 mai 1954, veille de l'anniversaire de la Capitulation allemande, le colonel de Castries, qui a déjà perdu trois mille hommes et n'a plus de munitions, doit se rendre. (à suivre la bataille de Diên Biên Phu).

 

 

Sources : La guerre en Indochine (Les Actualités Françaises 1951) -INA- Les Amis d’Hérodote

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