Retour en arrière
Chassés du Viêt-Nam (on écrit aussi Vietnam) par les Japonais en 1945, les Français ont tenté d'y revenir par la force dans les mois suivants en affrontant les indépendantistes vietnamiens, regroupés au sein du Viêt-Minh (ou Vietminh), le parti communiste de Hô Chi Minh.
Le 19 décembre 1946, Hô Chi Minh, chef du parti communiste vietnamien, engage ses compatriotes à chasser par les armes le colonisateur français à Hanoï et dans tout le Tonkin (Nord-Vietnam). C'est le début de la guerre d'Indochine...
En mai 1953, à Paris les politiques estiment que la guerre doit se terminer. Le général de Navarre remplace Salan. Le nouveau commandant en chef dispose de près de 450 000 hommes en incluant les troupes indochinoises.
Nous sommes en 1954, après quelques opérations réussies qui écartent la menace que le Viêt-Minh fait peser sur le delta, le général Navarre entend protéger le Laos voisin, dont le gouvernement est resté fidèle à la France.
Afin de détruire l’ennemi avec son artillerie et son aviation, Navarre choisit la cuvette de Diên Biên Phu (16 kilomètres de long sur 9 de large), située près de la frontière laotienne.
Cette plaine de 65 km2 encaissée entre de hautes montagnes ne fait pas l'unanimité et un officier français aurait lancé à son propos : « Mais c'est un pot de chambre ! On va nous pisser de partout ! ».
L’assaut
Le 20 novembre 1953, deux bataillons de parachutistes sous les ordres du commandant Marcel Bigeard sautent sur ce morceau de jungle et chassent le régiment du Viêt-Minh qui l'occupait.
Sous le commandement en chef du colonel de Castries, les troupes terrestres commencent immédiatement à défricher le terrain. Ils le transforment en camp retranché avec barbelés, tranchées et fortins aux noms langoureux de Gabrielle, Béatrice, Isabelle...
Ils aménagent à une dizaine de kilomètres des crêtes, hors de portée de l'ennemi (du moins l'espèrent-ils), un terrain d'aviation. Le général Navarre compte sur ce terrain pour ravitailler ses troupes (uniquement des militaires de carrière et parmi eux beaucoup de soldats de la Légion étrangère, y compris de jeunes Allemands, orphelins de la Wehrmacht).
Le piège se retourne contre son auteur
Les communistes vietnamiens, sous le commandement d’Hô Chi Minh mobilise ses troupes, autour du camp retranché. En poussant des bicyclettes la nuit à travers la jungle, ses coolies ou hommes de main amènent autour du camp, en quelques semaines, de l'artillerie lourde et du ravitaillement pour des milliers de combattants. Pas moins de 260 000 coolies et 20 000 bicyclettes sont mis à contribution.
Le général Vo Nguyen Giap, commandant l'Armée Populaire du Viêt-Nam, décide le 25 janvier 1954 d'attaquer le camp avec cinq divisions, soit 35 000 combattants.
Le camp français compte 10 813 hommes (il s'agit d'engagés et non de conscrits, dont 40% de la Légion étrangère), sous le commandement du colonel de Castries.
Au dernier moment, Vo Nguyen Giap, trouvant cette attaque prématurée pouvant déboucher sur un échec pour son camp, se ravise. Le général Navarre croit au succès de sa stratégie.
Mais Vo Nguyen Giap ne se retire pas. Il entame le 3 février 1954 un siège méthodique, ceinturant la base avec 350 kilomètres de tranchées, au plus près des postes français.
L’attaque
Le 13 mars 1954, Giap envoie ses troupes à l'attaque de Diên Biên Phu, dans le camp français la surprise est totale.
Les « bo doï » (nom donné aux soldats communistes) concentrent leurs tirs sur la piste d'aviation, seul lien entre la base aéroterrestre et les arrières. Dès le 28 mars, la piste est inutilisable et les Français ne sont plus ravitaillés que par des parachutages. Après de rudes combats et la chute successive des différents fortins, l'assaut final a lieu le 7 mai et le cessez-le-feu est déclaré à 17h30.
Le colonel de Castries, qui n'a plus de munitions, n'a d'autre choix que de se rendre.
La bataille aura fait 3 000 morts et disparus dans le camp français ainsi que 4 000 blessés. 10 000 hommes sont faits prisonniers et vont subir un long calvaire dans la jungle, humiliés de toutes les façons possibles par les vainqueurs. Seuls 3.300 seront libérés, épuisés, en septembre 1954. Du côté vietnamien, les chiffres sont plus incertains. Il y aurait eu 20 000 à 30 000 tués et blessés.
Fin de la guerre
À Paris, le président du Conseil Joseph Laniel annonce officiellement aux députés la chute du camp, c'est la consternation dans le camp français.
Le lendemain s'ouvre la conférence de Genève qui conduira au partage du Viêt-Nam entre deux gouvernements antagonistes.
À Genève, le 21 juillet 1954, les diplomates signent un accord qui met fin au conflit mais tout en divisant le Vietnam en deux moitiés ennemies (comme l'Allemagne et la Corée) … tout en ouvrant la perspective d'un nouveau conflit, idéologique celui-là, entre le Nord-Vietnam communiste et le Sud-Vietnam pro-américain.
Conclusion
Ainsi ce termine dans cette cuvette un siècle de présence française en Indochine, là où le général Henri Navarre a concentré 15 000 hommes, avec comme objectif de desserrer l’étau des communistes vietnamiens sur le riche delta du Tonkin… Au tour maintenant des Américains de connaitre l’enfer du Viet-man.
De l'autre côté de la planète, en Algérie, cette défaite française donne le signal d'une nouvelle guerre de décolonisation...
