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27 août 2024 2 27 /08 /août /2024 17:29
De Gaulle, Leclerc et Chaban-Delmas (de dos) à la gare Montparnasse -25/8/44)

PETITE HISTOIRE DANS LA GRANDE

 

« Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !», ainsi parle le Général de Gaulle le 25 août 1944 sur le perron de l’hôtel de ville de Paris.

La Libération de Paris a débuté le 10 août 1944 avec la grève des cheminots, tandis que les troupes allemandes commençaient de plier bagage.

Cette folle semaine de la Libération de Paris, fut aussi celle de petites histoires qui racontent ce moment fort de la grande histoire de France.

 

S'insurger ou attendre ?

Conscient des risques que cela représente, le général Pierre Koenig, chef d'état-major des Forces Françaises de l'Intérieur (FFI), souhaite qu'un soulèvement populaire précède l'arrivée des troupes alliées dans la capitale.

En effet, quelques jours plus tôt, le 1er août, les résistants de Varsovie ayant fait le même choix ont subi une répression d'une extrême violence. D'autre part un affrontement entre les gaullistes pilotés par Jacques Chaban-Delmas et les communistes sous les ordres du colonel Rol-Tanguy est bien réel.

Le 19 août, des combats sporadiques éclatent un peu partout. 3.000 policiers de Paris rejoignent la Préfecture de police de l'île de la Cité, au cœur de la capitale. En tenue civile et avec leur arme de service, le drapeau tricolore est hissé au sommet de l'édifice. Mais les Alliés n'étant pas attendus dans la capitale avant le 1er septembre, les gaullistes jugent l'insurrection prématurée. Ils le font savoir à Rol-Tanguy par le biais d'une note transmise par l'intermédiaire de Jacques Chaban-Delmas (29 ans), délégué militaire national.

Au terme d'une violente discussion, les représentants du Comité national de la Résistance conviennent de négocier une trêve avec l'occupant (Dans les faits, elle ne sera appliquée que de façon sporadique puis plus du tout).

 

Fusillé le 19 août

Samedi 19 août au matin. L’insurrection commence. La préfecture de police est prise par des policiers en grève depuis quatre jours.

En chemin, le jeune gardien de la paix Armand Bacquer croise le VII e arrondissement, deux hommes qui placardent sur des murs l’ordre de mobilisation lançant l’insurrection parisienne contre l’occupant allemand. Surpris par des soldats, il est fait prisonnier au ministère des PTT. C’est enfermé dans une pièce, qu’il apprend que le soulèvement des policiers français a bien débuté.

Vers 23 h, Armand Bacquer ainsi que Maurice Guinoiseaux, 37 ans autre gardien de la paix est arrêté en possession d’armes qu’il apportait vraisemblablement aux insurgés de la Caserne de la Cité, sont été conduits le long de la Seine au niveau du pont de la Concorde où ils sont fusillés par les Allemands. 

Maurice Guinoiseaux est tué sur le coup mais Armand Bacquer, grièvement blessé, a été laissé pour mort par l’occupant. Touché par 14 balles, le jeune homme a passé la nuit à souffrir, craignant que les soldats ne reviennent pour l’achever. Le 20 août 1944, tôt dans la matinée, un prêtre a entendu les gémissements et a découvert les deux hommes. Armand Bacquer est sauvé. Opéré à Necker, il survivra et reprendra son métier de policier.

A l’occasion du 50e anniversaire de la Libération de Paris le 19 août 1994, est élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur par le président François Mitterrand. Celui qui a été surnommé le « mort vivant » après la guerre est mort paisiblement en 2005. 

Une plaque commémore cet épisode à l’endroit-même où s’est déroulé l’execution.

 

Les barricades se dressent.

Si la bataille pour la Libération de Paris a été lancée dès le 19 août 1944, elle a pris un nouveau tournant le 22 août avec l'appel du colonel Rol-Tanguy, commandant en chef des Forces françaises de l'intérieur. 

« Tous aux barricades », fait-t-il savoir aux Parisiens. Près de 600 barricades de fortunes sont dressées pour entraver la route des Allemands. Une détermination qui a permis aux Parisiens d'avoir le sentiment d'être acteur de leur propre Libération.  

 

« Tenez bon, nous arrivons »

Jeudi 24 août. Les barricades se multiplient. Les combats s’intensifient entre résistants, à l’armement disparate. Les soldats allemands sont munis d’armes lourdes. Les premiers chars de la 2e DB sont à une dizaine de kilomètres des portes sud de la capitale.

Le préfet de Paris Luizet est parvenu à faire passer un message aux troupes alliées. Les Parisiens ont besoin d'aide au plus vite.

Vers 17 heures, un avion Piper Club de l’escadrille d’observation de la 2 e DB survole Notre-Dame et la préfecture de police. Aux commandes, le capitaine Jean Callet, qui pique sur les bâtiments. Le lieutenant Etienne Mantoux largue un petit objet lesté de plomb et muni d’une traîne qui tombe tout près de la préfecture. « Le général Leclerc vous fait dire : “Tenez bon, nous arrivons” », porte simplement le message manuscrit. Le soir même, les premiers chars français pénètrent dans la capitale. 

 

Les Espagnols de la 2ème DB les premiers à Paris

Jeudi 24 août vers 20h. Le général Leclerc donne l'ordre au capitaine Raymond Dronne de pénétrer dans Paris. Les premiers véhicules blindés de la 2ème DB gagnent une heure et demie plus tard l'Hôtel de ville. Des noms de villes espagnoles sont inscrits sur des blindés qui emportent des Républicains espagnols de la 9ème compagnie du Régiment de marche du Tchad, commandée par Dronne.

 

Tué le jour de ses 20 ans.

Membre du Régiment de marche de spahis marocains (RMSM), l'une des unités de la 2e DB, Pierre Deville a fait partie des militaires français à entrer dans Paris le 25 juillet 1944. 

À 7h30, Porte d'Orléans, le jeune homme a appelé ses parents qui habitaient à Paris et leur dit : « J’arrive ».

À peine une heure plus tard, son peloton a rejoint le Champ-de-Mars et l'École Militaire occupée par les Allemands. Quatre longues heures de combat sont alors engagées. 

Pierre Deville, qui fêtait ses 20 ans ce jour-là, est tué lors de l'assaut d'une balle dans le front et n'a jamais pu rejoindre ses parents. 

 

La dernière partie de billard de Dietrich von Choltitz

Vendredi 25 août au matin. Le général Leclerc arrive à Paris par la porte d'Orléans et la 2ème DB se déploie dans l'ouest de la capitale. Les Allemands se rendent massivement. Dans l'après-midi, la 4ème division américaine occupe l'est parisien à partir de la porte d'Italie.

Le colonel Pierre Billotte installe le PC de son groupement dans la salle de billard des appartements du préfet de police Charles Luizet. Homme de confiance du général de Gaulle, fut l'un des tout premiers à se rallier au chef de la France Libre dans la soirée de l'appel du 18 juin 1940, tient la préfecture de police depuis une semaine.

A l'hôtel Meurice, où il a installé son état-major, le général Dietrich von Choltitz, commandant du "Gross-Paris" depuis le 4 août, est fait prisonnier en début d'après-midi. A la préfecture de police, le général Leclerc attend impatiemment la capitulation allemande.

"Allez me le chercher !", demande Leclerc. Billotte amène von Choltitz à la préfecture. A 17h00, le général allemand signe l’acte de reddition sur une petite table.

 

La reddition

Le vendredi 25 août 1944, à 15h 30, le général Philippe Leclerc de Hauteclocque (43 ans) reçoit à Paris, devant la gare Montparnasse, la capitulation des troupes d'occupation de la capitale.

Le document est signé par le général Dietrich von Choltitz, commandant du 84e corps d'armée. Il est aussi contresigné par le colonel Henri Rol-Tanguy, chef régional des FTP-FFI (Francs-tireurs et partisans des Forces Françaises de l'Intérieur).

Une heure plus tard, le général Charles de Gaulle lui-même arrive à la gare et se voit remettre par Leclerc l'acte de capitulation.

Il se rend ensuite à l'Hôtel de Ville où il est reçu par Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance. Comme celui-ci lui demande de proclamer le rétablissement de la République, de Gaulle rétorque qu'elle n'a jamais cessé d'exister.

 

Rien n'y manque, excepté l'État

Peu après 17h00, rue Saint Dominique, le général de Gaulle s'installe au premier étage de Hôtel de Brienne. "Rien n'y manque, excepté l'État, il m'appartient de l'y remettre", notera plus tard le chef de la France Libre dans ses Mémoires. Alors éphémère sous-secrétaire d'État à la Défense nationale, le général de Gaulle s'y était déjà installé quelques jours en juin 1940. Il restera comme chef du gouvernement provisoire du 25 août 1944 au 26 janvier 1946.

 

Tué après quatre ans de guerre

A peu près au même moment, de l'autre côté de la Seine, le sergent-chef Jean Vandal du 1er régiment de marche du Tchad(RMT), rallié dès août 1940 à la France Libre, est grièvement blessé à l'angle du boulevard Saint-Germain et de la rue de l'Université (VIIe), le long du parc de l'Hôtel de Brienne. Après quatre ans de guerre avec les forces de Leclerc, il avait appelé la veille sa mère, habitant à Paris, pour lui annoncer son arrivée dans la capitale en disant "Je suis là". Sa famille, prévenue par un de ses camarades, se rendra à l'hôpital pour l'assister dans ses derniers moments.

(Source : plaque apposée à cet endroit à la mémoire de "Jean Vandal, Médaille militaire, Croix de guerre avec palmes, médaille coloniale, Fezzan, Tripolitaine, Tunisie et soldat Michel Belloc, Médaille militaire et Croix de guerre, du 1er RMT division Leclerc).

 

Attention à la 5e colonne

Le 25 août en début d'après-midi sur la place de la Concorde, où les combats font rage, un soldat de la 2e DB dans son char entend un message radio indiquant "Attention à la 5ème colonne" (expression désignant un groupe de militaires ou de civils agissant dans l'ombre). Derechef, il ajuste le tir et compte les colonnes de l'Hôtel de la Marine, encore occupé par la Kriegsmarine. Au canon, il détruit la 5ème colonne du bâtiment, ancien garde-meubles des rois de France !!..

 

Lourd bilan

Entre le 10 août et l'entrée des troupes du général Leclerc le 25 août suivant, la Libération de la capitale aura causé la mort de 76 soldats de la 2e division blindée ainsi que de 901 résistants des FFI et de 3.200 Allemands (12.800 soldats allemands sont aussi faits prisonniers).

Parmi les drames les plus désolants, gardons en mémoire le souvenir de 35 jeunes gens qui avaient maladroitement confié à un agent double leur désir de combattre. Dans la nuit du 16 au 17 août, ils sont livrés par celui-ci à la Gestapo (police allemande) qui les fusille sans délai près de la cascade du bois de Boulogne.

Dans le secteur, les combats furent très violents comme en atteste la dizaine de plaques portant les noms des soldats de la 2e DB tués devant l'Hôtel de la Marine.

 

Le retour du drapeau français

Le 25 août 1944, le capitaine des pompiers Lucien Sarniguet et ses collègues de la caserne du 15e arrondissement de Paris décident de parer la ville Lumières de bleu, de blanc et de rouge. 

Ensemble, ils prennent le chemin de la tour Eiffel, gravissent les 1.700 marches qui mènent à son sommet.

Quelque 1.500 jours après, retirant le drapeau à croix gammée au profit d'un drapeau tricolore cousue en secret par les femmes des officiers à l'aide de draps teints, Lucien Sarniguet a pris sa revanche. En effet en juin 1940, Lucien Sarniguet avait été forcé par les nazis de retirer le drapeau français qui flottait sur la Dame de fer.

« Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !».

 

Sources :

"La Libération de Paris", par Jean-François Muracciole, éditions Tallandier.

Christine Levisse-Touzé, directrice du Musée du général Leclerc et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin.

Livre de Evelyn Mesquida, "La Nueve 24 août 1944 (éditions du Cherche-Midi).

Les amis d’Hérodote

 

 

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