Il pleut, il pleut...
Depuis plus d’un mois, il pleut, il pleut bergère… heureusement le parapluie offre un petit coin de paradis sous cette pluie incessante.
Le parapluie existe depuis près de 4000 ans... et il vient de Mésopotamie. Plutôt que de la pluie, on s’est d’abord abrité… du soleil ! L’ancêtre du parapluie, l’ombrelle, dont on trouve des traces chez les Grecs et les Romains.
Au Moyen Âge, on préfère la "chape de pluie", un capuchon.
La pluie oblige les messieurs à se promener couverts d’un chapeau en cuir à large bord et d’une cape qui protège leurs vêtements, mais qui ne les empêchent pas d’être trempés. Les dames, quant à elles, restaient à la maison ou (si leurs obligations les y contraignent) s’exposent aux intempéries en adoptant les mêmes capes que les hommes.
Ainsi en était-il jusqu’à ce qu’un Français, Jean Marius, ait une idée pratique et géniale : le parapluie pliant.
Certes, il existait déjà des dispositifs similaires, tels que les parasols inventés en Chine au 1er siècle apr. J.-C. (un dispositif articulé qui pouvait s’ouvrir et se fermer), ou des modèles d’ombrelles apparus en Italie au XVIe siècle, dont l’étoffe était imperméabilisée par des cires ou des huiles mais ils servaient exclusivement à protéger des rayons du soleil.
En 1705, Jean Marius, un spécialiste des mécanismes métalliques complexes, invente la première version pliante, le "parasol-parapluye brisé à porter dans sa poche".
La pluie battante ne fait plus peur ! En tout cas aux plus favorisés, qui ont les moyens de s’acheter le nouvel objet de luxe à la mode : le parapluie pliant.
La princesse Anne de Bavière le décrit en 1712 : "On peut l’emporter partout, en cas où la pluie viendrait à vous surprendre en pleine promenade".
Son parapluie est formé d’un tissu de taffetas vert engommé pour le rendre imperméable et disposé sur une structure métallique ressemblant à celle des parapluies actuels, qui permet de l’ouvrir, de le fermer et de le plier. Il pèse entre 140 et 170 grammes et, une fois plié, on peut le mettre dans sa poche ou l’accrocher à sa ceinture. Pour le fermer, on appuie sur un bouton, et pour l’ouvrir il suffit de tendre le manche en acier, bois et cuivre. Il dispose également d’une corde qui évite que le vent ne le fasse tourner, et d’un fourreau pour le garder plié.
L'invention séduit Louis XIV
Comprenant que la publicité est indispensable à la promotion et à la vente de son parapluie, Marius se rend à Versailles, certain obtenir l’aval de Louis XIV, et que son invention ne tarderait pas à figurer parmi les objets de luxe faisant de Paris le paradis des fashion victimes de l’époque.
Le roi fut si impressionné par cet instrument qu’il promulgue en 1710 un privilège royal (l’équivalent des brevets modernes) garantissant à Marius le monopole de la production du parapluie pliant pour une durée de cinq ans. Ce privilège condamne en outre quiconque le copierait à une amende de 1 000 livres, soit environ 40 000 euros.
Marius fait coller des affiches dans Paris. Deux personnes souriantes abritées sous leurs parapluies y annonçent la vente de la nouvelle invention dans l’établissement que Marius posséde rue des Fossés, tout près du faubourg Saint-Honoré, qui deviendra au cours des siècles suivants le vaisseau amiral du chic français.
Le directeur du journal Le Mercure galant, Jean Donneau de Visé, publie un article dans lequel il dit avoir déjà dans sa poche un parapluie de Marius. Les savants de l’Académie royale des sciences donnent leur aval, affirmant que cet instrument est « facile à transporter dans sa poche » et « plus résistant que tous ses prédécesseurs », et le mot entre dans le dictionnaire de l’Académie française en 1718.
La promotion est décisive, et en quelques années l’usage du parapluie se généralise. En 1767, en visite à Paris, Benjamin Franklin s’étonne que « tant d’hommes et de femmes aient toujours sur eux un parapluie pliant et l’ouvrent en cas de pluie ».
L’usage du parapluie devient si populaire qu’en 1769, un service de « parapluies publics » est ouvert à Paris pour les louer à l’heure.
Quand l’opinion publique désapprouve les parapluies
Revenant de France ou le parapluie est très en vogue, Jonas Hanway, homme excentrique se rit de l’averse grâce à son parapluie qu’il porte pour se déplacer dans Londres au début des années 1750.
Son accessoire fait grandement débat et provoque des chocs dans l’opinion publique. On reproche à l’objet toutes sortes de choses : qu’il est trop efféminé pour être utilisé par un homme, qu’il est une preuve de l’affaiblissement du caractère, qu’il est trop français et que son utilisation est taboue et ridicule.
Les conducteurs de fiacre et ceux qui proposent des services de chaises à porteur prennent Jonas Hanway en grippe et l’agresse à plusieurs reprises dans la rue. En effet ces moyens de transport sont très utilisés lorsqu’il pleut et le parapluie promu par Hanway leur semble de nature à leur faire perdre de l’argent (ce qui était exact).
Hanway continuant d’utiliser fièrement son parapluie, a fini par faire des émules dans toute l’Angleterre. Trois mois après sa mort en 1786 une publicité parait dans la London Gazette, qui vante « la manufacture des nouveaux parapluies inventés par Gatward » : « faciles à ouvrir et refermer grâce à leur mécanisme à ressort ». Le progrès est en marche au grand dam des conducteurs de fiacre.
Il pleut, il pleut, bergère
Cette chanson écrite en 1780 par Fabre d’Églantine, aurait été chantée au lendemain de la prise de la Bastille en juillet 1789, lors de la création de la garde nationale. La bergère serait la reine Marie-Antoinette d'Autriche et l'orage dont il est question dès la première strophe renverrait aux troubles révolutionnaires neuf ans plus tard.
Son auteur l'aurait fredonnée quelques années plus tard en montant à l'échafaud. La légende dit également qu’il pleurait dans la charrette n’ayant pas le temps de finir les vers qu’il était en train de composer. Sur quoi, Danton lui aurait répondu : « des vers dans quelques jours, tu en aura plein » !!
Elle s'est d'abord faite connaître sous le titre Le Retour aux champs avant de s'imposer sous son titre actuel vers 1787. Elle est donc populaire au commencement de la Révolution française (1789).
Louis-Philippe, le Roi-Parapluie
Le dernier roi de France, Louis-Philippe (1830-1848), était surnommé le Roi-Parapluie. Référence à cet accessoire qu’il affectionnait et avec lequel la presse le caricaturait souvent.
Dans « Les Misérables », Victor Hugo écrit que "ce parapluie a longtemps fait partie de son auréole".
Au XIXe siècle, c’est l’apanage de la bourgeoisie, et le Grand Dictionnaire des lettres Larousse indique d’ailleurs : "Quand on veut représenter le type du calme, de la médiocrité et de la bonhomie, il suffit de peindre un homme portant sous son bras un parapluie bien solide, un riflard bien conditionné."
Source : extrait du magazine Histoire & Civilisations n°39, mai 2018) & María Pilar Queralt del Hierro, historienne et écrivaine.
