Au milieu du XXIIe siècle, la rivalité entre l’abbaye de Cluny et une nouvelle venue, celle de Cîteaux, a conduit à la mise à sac de l’abbaye du Miroir.
En 1131, nous voit le jour en Bresse, au Miroir, une abbaye qui va cristalliser la guerre d’influence que se livrent les deux grands ordres monastiques de ce temps : les Clunisiens et Cisterciens.
Fondé en 909, l’abbaye de Cluny exerce au XIIe siècle une grande influence en Europe. Elle compte par les abbayes qui lui sont rattachées, celle de Giny, dans le jura, qui possède des terres dans la région du Cuiseaux.
L’abbaye de Cîteaux, fondée en 1098 par Saint-Robert, trouve que le système Clunisien s’est relâché au fil du temps. Il veut donc revenir au plus près de la règle de Saint-Benoît, édictée au VIe siècle, qui prône le travail manuel et la pauvreté des moines.
Avec l’arrivée de Saint-Bernard, elle connaît en une quarantaine d’années un développement exceptionnel avec plus de 350 abbayes, fondées.
Le Miroir, est la 11ème abbaye fille direct de Cîteaux. Elle est créée de toute pièce, grâce à une donation de la famille de Coligny, très riches propriétaires terriens de l’époque dans la Bresse et les Revermont.
Un Abbé et une douzaine de moines viennent s’installer. Ils sont aidés par les moines convers (des paysans qui assurent ainsi leur subsistance, il fallait être noble pour appartenir à l’ordre de Cîteaux), qui mettent en exploitation les terres, bois et vignes que l’abbaye reçoi en donation. Petit à petit, s’étend dans les régions de Coligny, Lons-le-Saunier et Cuiseaux.
Conflit d’impôts
Une rivalité grandit, avec l’abbaye de Gigny, qui prélève une dîme, (l’impôt ecclésiastique) sur les terres de ces régions, et donc sur certaines appartenant dorénavant au Miroir.
En 1130, la papauté traverse une crise, avec deux papes élus qui s’affrontent : Innocent II et Anaclet.
Saint-Bernard, prend parti Innocent II, alors que Cluny reste neutre. Après deux ans de conflit Anaclet est écarté. Innocent II, pour récompenser l’ordre de Cîteaux de son soutien décide de l’exonérer des dîmes et aux impôts.
Croisade
Aussitôt l’abbé du miroir refuse de payer ce qui déclenche une plainte de Gigny auprès du pape. Mais l’abbaye jurassienne n’obtient pas gain de cause. Le conflit reste en sommeil durant quelques années.
En 1146 Saint-Bernard, prêche la seconde croisade à Vézelay.
De nombreux nobles, dont les Coligny, partent en Terre Sainte. L’abbaye de Gigny profite de l’éloignement du principal soutien de sa rivale pour relancer ses réclamations.
Pillage
Rapidement, le ton monte, plusieurs altercations ont lieu jusqu’à ce qui arrive l’impensable.
En 1150, des gens de Gigny attaquent l’abbaye du Miroir, mettent à sac les bâtiments, dispersent des troupeaux et détruisent les vignes. Aussitôt Saint Bernard prend l’affaire en main, l’abbaye de Grigny est menacée d’excommunication par le pape Eugène III, un cistercien ancien disciple de l’ordre.
En 1152, Gigny et condamnée à payer une très lourde amende de 17 000 sous pour compenser les dégâts subis par le Miroir.
Le conflit se termine réellement en 1155, après d’âpres négociation sur la somme à versée, mais les conflits de dîme ressurgissent encore dans les siècles suivants, notamment au XVe et au XVIIIe siècle.
Destruction finale
Quant à l’abbaye du miroir, elle perd son indépendance en 1610, et est rattachée directement à Cîteaux.
À la révolution, elle ne compte plus que trois moines. C’est à ce moment-là qu’une paroisse est créée, ce qui explique que l’église a survécu.
Le reste des bâtiments n’est pas l’objet d’autant d’égards. Il est vendu comme bien national et aussitôt détruit pour récupérer les matériaux de construction.
Source : Mathieu AUCLAIR Bulletin municipal Sagy
