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17 novembre 2024 7 17 /11 /novembre /2024 21:10
Le Vatican, place Saint-Pierre

 

Le 18 novembre 1626, le pape Urbain VIII (1568-1644) consacre la nouvelle basilique Saint-Pierre de Rome, sur la colline du Vatican.

La colline du Vatican

À partir de 322, à l'initiative de l'empereur  Constantin (306-337), premier empereur romain à avoir adhéré au christianisme, fit construire sur la colline du Vatican, sur la rive droite du Tibre, à l’écart de Rome une première Basilique.

Le lieu, n’a pas été choisi au hasard si l’on en croit la tradition et les archéologues, l'apôtre Pierre y aurait été enseveli après son martyre.

Mais au cours du Moyen Âge (476-1492), la colline du Vatican et sa basilique retombe dans un relatif oubli ; les papes appréciant également la basilique Sainte-Marie-Majeure, construite au IVe siècle sur la colline de l'Esquilin.

 

Avant leur départ pour Avignon en 1305, les papes résidaient essentiellement dans le palais du Latran, sur la propriété d'une ancienne famille romaine, les Laterani (devenue résidence des empereurs après que ceux-ci eurent abandonné le mont Palatin).

Au milieu du XIIe siècle, le pape Eugène III (1088-1153) fit construire un palais au Vatican (début 30 avril 1589), à côté de la basilique Saint-Pierre, qui a conservé son prestige lié au martyre de l'apôtre.

 

Le pape Innocent III (1160-1216), prend l'habitude de résider dans ce palais qui devient le deuxième pôle administratif du Saint-Siège, à côté du Latran.

Le 17 janvier 1377, cédant aux prières de Sainte Catherine de Sienne et faisant fi des lamentations de son entourage, attaché au Palais des Papes et à son luxe, le pape Grégoire XI, dernier pape français, met fin à la « captivité d’Avignon » et réinstalle le Saint-Siège à Rome. Il trouve le palais du Latran dans un tel état de dévastation qu'il doit s'établir au Vatican !

 

Une basilique triomphante

En 1506, la vieille basilique Saint-Pierre menaçant ruine, le pape Jules II (1443-1513), décide sa reconstruction.

Pour financer cette entreprise, il fait appel à la générosité des fidèles, avec entre-autre la vente des indulgences.

La collecte des dons donne lieu en Allemagne à des abus qui scandalisent le moine Martin Luther, d'où le protestantisme et les premières guerres de religion. Cela n'empêche pas les travaux de suivre leur cours.

 

Une basilique triomphante

Les plus grands artistes de la Renaissance italienne sont associés à la construction de la nouvelle basilique.  L’architecte Bramante dessine le plan de la basilique. En rupture avec la tradition médiévale, il opte pour un plan en forme de croix grecque (avec quatre branches égales).

En 1546, Michel-Ange Buonarroti (71 ans) remanie les plans de son ancien rival, (mort en 1514), et dessine une majestueuse coupole (136,50 mètres de hauteur totale).

En 1605, après une longue controverse, le pape Paul V Borghèse (1550-1621), décide d'abandonner la croix grecque du plan initial. La nef est prolongée et transformée en croix latine pour se conformer aux préceptes et aux rituels de la Contre-Réforme catholique.

 

Au XVIIe siècle, l'artiste baroque Le Bernin conçoit un baldaquin monumental de 29 mètres de haut au-dessus de l'autel et de la tombe de Saint Pierre.

Il réalise également la colonnade aux 140 statues qui encadre le parvis. Parvis sur lequel un million de pèlerins peuvent assister aux cérémonies et voir la célèbre fenêtre d'où les papes adressent leur bénédiction urbi et orbi (« à la ville et à l’univers »).

 

Le Vatican

D'une superficie de 22 000 m2 (quatre fois plus vaste que Notre-Dame de Paris), Saint-Pierre est de fait le plus vaste édifice religieux qui soit. La splendeur de sa façade, de sa colonnade et de sa nef intérieure en fait le chef-d’œuvre de l'architecture baroque.

En 1940, la découverte d'une très ancienne nécropole chrétienne a paru confirmer la présence de la dépouille de Pierre sous le maître-autel de la basilique.

 

Les indulgences

La vente des indulgences, simple certificat (payant) de confession, nécessaire pour continuer une carrière dans la fonction publique après une grave faute. L’indulgence avait vocation à la pédagogie pour tempérer les mœurs des puissants en tapant sur la corde sensible…. Le porte-monnaie.

Les dérives ont commencé avec la construction de Saint-Pierre. A partir de là, des moines colportaient à travers la chrétienté des certificats en blanc qu'ils vendaient comme des camelots.

Le succès fut immense, il y en avait à tous les prix et pour toutes les catégories de fautes. On pouvait donc s'acheter, selon ses moyens financiers, un certain nombre de passe-droit dénaturant complètement le principe de la confession.

 

Sources : Camille Vignolle, les amis d’hérodote

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10 novembre 2024 7 10 /11 /novembre /2024 21:53
Vue du mur en 1986, la partie Ouest couverte de graffitis et de peintures murales.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dès 1947, l'Europe se divise en deux camps ennemis, avec la mise en place d'un « rideau de fer », de Lubeck (port sur la mer Baltique au nord de l’Allemagne) jusqu'en Tchécoslovaquie et au-delà. Enclavée dans la zone d'occupation soviétique, l'ancienne capitale allemande, Berlin, est elle-même partagée entre les Occidentaux et les Soviétiques. 

Les Soviétiques tentent de chasser leurs anciens alliés en organisant un « blocus de l’ancienne capitale du Reich ». Face à la détermination des Anglo-Saxons, les tensions entre les deux blocs vont conduire à la construction du Mur.

 

Le Mur avant le Mur

Le 24 juin 1948, les Soviétiques, qui occupent Berlin-Est, coupent les communications terrestres entre l'enclave de Berlin-Ouest, répartie en secteurs anglais, américain et français, et l'Allemagne occidentale.

La réussite de ce coup de force aurait signifié l'abandon par les alliés occidentaux de Berlin et l’approbation de son occupation par les Soviétiques. Pendant près de onze mois, les Américains et les Anglais organisent un pont aérien pour ravitailler les Berlinois de l'Ouest.

Ce pont aérien, malgré un coût financier élevé et 76 morts finit par contraindre les Soviétiques à mettre fin au blocus, en mai 1949.

La détermination des Occidentaux à ne pas abandonner Berlin-Ouest aux Soviétique devient pour eux, la première raison de la construction du mur de Berlin.

 

En 1950, le Land (région administrative) de Berlin-Ouest est intégré au sein de la nouvelle République fédérale d'Allemagne (RFA). Son statut d'enclave occidentale au milieu d'un territoire contrôlé par la RDA est ainsi confirmé.

L'existence de Berlin-Ouest continue d'être insupportable pour les Soviétiques. Berlin-Ouest est le principal espace de transit des Allemands de l'Est émigrant à l'Ouest pour travailler ou fuir le régime. Les 500 000 personnes traversent chaque jour la ligne de démarcation berlinoise, à pied ou par les réseaux de communication ferroviaire et métropolitain, deviennent de plus en plus difficile à contrôler.

 

En 1958, déjà plus de trois millions d'Allemands de l'Est ont fui pour la RFA. Cette hémorragie humaine prive la RDA de main-d'œuvre et montre à la face du monde la faible adhésion à la soviétisation de l'Allemagne de l'Est.

Le 27 novembre 1958 L'URSS tente un nouveau coup en lançant un ultimatum exigeant le départ des troupes occidentales dans les six mois pour faire de Berlin une « ville libre » démilitarisée. Les alliés occidentaux refusent. En 1961, les Soviétiques prennent donc la décision de faire supprimer par la RDA la ligne de démarcation berlinoise en construisant un mur, qui deviendra « le mur de la honte ».

La construction du mur commence les 12 et 13 juin 1961 avec la pose de grillages et de barbelés autour de Berlin-Ouest.

 

Le 13 août 1961, soit en plein pont estival pendant lequel nombre de chefs d'État occidentaux sont en vacances. Les Soviétiques font annoncer par la RDA avoir l'agrément du pacte de Varsovie et présente la construction d’un « mur de protection antifasciste ». Fruit d'une préparation longue et minutieuse, des unités armées de la RDA encerclent Berlin-Ouest de façon hermétique et la construction du mur se réalise dans un temps record.

 

Le mur de la protection pour l’est, celui de la honte pour l’ouest.

Côté Est, sur une largeur variant de 5 à 200 mètres, il est bordé de mines anti-personnelles, de pièges pour tanks, de barrières d'alarme... et l’œil des Vopos qui n’hésitent pas à faire feu. Au mur de 3,5 m de hauteur et de 155 km encerclant Berlin-Ouest s'ajoutent les « murs » créés par la fermeture des réseaux de communication ferroviaire et métropolitain entre Berlin-Ouest et Berlin-Est.

69 points de passage sur 81 sont fermés dès le 13 août, par des barbelés et des murs de briques.

Le seul point de passage autorisé aux visiteurs étrangers est situé dans Friedrich Strasse (Checkpoint Charlie). Il est tout de même ouvert jour et nuit.

Entre les deux Berlin, c’est la fin des échanges économiques : 63 000 berlinois de l'Est perdent leur emploi à l'Ouest, et 10 000 de l'Ouest perdent leur emploi à Berlin-Est.

 

La chute du mur

En 1989, suite au vent de libération impulsé par le nouveau Secrétaire général du Parti Communiste de ‘L’Union Soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, le gouvernement de la RDA ne parvient plus à enrayer l'émigration car celle-ci utilise un nouvel espace de transit, la Tchécoslovaquie, qui finit, sous la contrainte des milliers de voitures fuyant l'Est, par ouvrir ses frontières avec l'Autriche.

Le 9 novembre 1989, Günter Schabowski, membre du bureau politique, annonce la décision du gouvernement de RDA d'autoriser « les voyages privés à destination de l'étranger [...] sans aucune condition particulière ».

Quelques heures plus tard, les douaniers de Berlin ne parviennent plus à faire face à la demande et ne peuvent faire autrement de que de laisser simplement passer. Les premiers coups de pioche sont donnés sur mur qui coupe Berlin en deux… Le mur de la honte est vaincu. Les gardes demeurent l’arme au pied.

Des deux côtés de « l’ex-rideau de fer » hérité de la « guerre froide », la liesse est générale.

Fin 1989 et en 1990, il est démantelé à raison de cent mètres en moyenne par nuit, avant l'organisation d'une démolition officielle qui se termine fin 1991. Six pans ont été toutefois conservés pour mémoire.

 

Le mur, une cicatrice économique et humaine.

Avant la guerre, Berlin était le plus gros pôle économique et industriel d'Allemagne. Puis Berlin-Ouest, en raison de son statut d'exception s'est retrouvé écartée de tous les secteurs d'entreprise innovants.

À Berlin-Est, le système d'économie planifié socialiste, avec des entreprises étatisées et une organisation en grosses entreprises, a entraîné déficience dans l'organisation et la rentabilité de l'économie.

Berlin redevenu en 1990, capitale allemande au détriment de Bonn, bénéficie de l'apport croissant d'administrations politiques nationales, de l'implantation d'institutions diverses, de l'installation de marques connues et surtout d'un essor touristique. La ville a retrouvé ses « Champs Élysées », avec l'avenue Unter den Linden (« sous les tilleuls »), artère Ouest-Est allant de la porte de Brandebourg jusqu'à la place du château royal.

 

Pendant les 28 années de l’existence du mur (août 1961 au 8 mars 1989), l'appel de la liberté reste constant. Des milliers d'Allemands de l'Est tentent de le franchir au péril de leur vie : escalade du mur, mais aussi souterrains, voitures spécialement transformées, fuites à la nage sur la Spree. Au total, 5 075 personnes réussissent à s'évader de l'Est pour Berlin-Ouest, 588 périssent dans cette tentative.

 

Le Mur de Berlin en quelques dates (1961-1989)

• 17 juillet - 2 août 1945 : conférence de Potsdam

• 24 juin 1948 : blocus de Berlin

• 21 septembre - 3 octobre 1949 : RFA et RDA

• 17 juin 1953 : état de siège à Berlin-Est

• 12 août 1961 : construction du mur de Berlin (155 kilomètres)

• 24 août 1961 : première victime du mur

• 3 septembre 1971 : traité des quatre puissances

• 21 décembre 1972 : la RDA reconnue de facto souveraine

• 7 octobre 1989 : les 40 ans de la RDA fêtés à Berlin

• 4 novembre 1989 : un million d'Allemands sur Alexanderplatz

• 9 novembre 1989 : le mur est ouvert

• 1er juillet 1990 : union monétaire entre la RFA et la RDA

• 23 septembre 1990 : le parlement de RDA vote la réunification

• 2 juin 1991 : Berlin redevient capitale de l'Allemagne unifiée

• 19 avril 1999 : le Bundestag prend possession du Reichstag

 

 

 

 

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7 novembre 2024 4 07 /11 /novembre /2024 22:26
Carte Historia 7 août 2024

 

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, l'Afrique du Nord française (départements d'Algérie, protectorats du Maroc et de la Tunisie) sous l'autorité du gouvernement de Vichy, soumis à l'occupant allemand.

À l'opposé de ses alliés américains qui auraient préféré une attaque frontale avec, dès 1942, un débarquement sur les côtes françaises, Winston Churchill, a toujours manifesté une prédilection pour les attaques périphériques, d’où l’idée d’un débarquement en Afrique du Nord.

Le 8 novembre 1942, les troupes anglaises et américaines débarquent en Afrique du Nord sous le commandement du général américain Dwight Eisenhower.

C'est l'opération « Torch ». Premier des débarquements alliés dans l'espace nazi, avant ceux de Sicile, Normandie et Provence...

 

Pour Churchill, l'opération « Torch » présente le double avantage de soutenir l'armée britannique qui, sur le front égypto-lybien, résiste à l'Afrika Korps de Rommel, et d'offrir une base commode pour un futur débarquement sur les côtes européennes.

Dans le plus grand secret, 80 000 américains sont mobilisés pour débarquer à Casablanca, Oran et 20 000 soldats Britanniques pour Alger.

 

À sa grande colère, le général de Gaulle, chef de la France Libre, n'est même pas informé de l'opération. Ce mépris des Alliés à son égard est d'autant plus injuste qu'un mois plus tôt, à Bir Hakeim, les Français Libres du général Koenig ont apporté une contribution décisive à la victoire alliée d’El Alamein.

 

La résistance des Français

A Alger, alors que les flottes d'invasion sont déjà en vue des côtes, le consul américain Murphy va voir le général Juin, (commandant en chef des troupes françaises d'Afrique du Nord), et lui demande de s'abstenir à résister. Embarrassé, le général renvoie Murphy vers son supérieur, l'amiral Darlan, (dauphin de Pétain), qui se trouve par hasard à Alger où il est venu rendre visite à son fils malade.

Darlan ressent comme un camouflet l'initiative anglo-saxonne. Il donne d'abord l'ordre de résister à l'invasion, mais finit par signer la reddition d'Alger après un baroud d'honneur. Même chose à Oran, où le général Eisenhower débarque à la nage, sa jeep ayant chaviré.

 

À Casablanca, la flotte d'invasion bombarde la ville et frappe également deux navires de réfugiés civils en provenance de Conakry et de Dakar, qui entraient malencontreusement au même moment dans le port.

Après trois jours de combats, on comptera environ 1400 morts du côté français, (essentiellement à Casablanca,) et 400 morts du côté allié. L'Afrique du Nord passe alors sous le contrôle anglo-américain... tout en conservant l'administration et les lois de Vichy.

 

Le reflux de l'Axe

Hitler va réagir à l'invasion de l'Afrique du Nord par l’occupation de la « zone libre », en France, en violation des accords d’armistice du 22 juin 1940 avec le maréchal Pétain. C'est l'opération « Attila ». 

Pour échapper aux Allemands sans avoir à se livrer aux ennemis traditionnels de la marine française, les Anglais ! La flotte française en rade à Toulon se saborde le 27 novembre sur ordre de l'amiral Jean de Laborde

Revendiqué par l'Italie, la Tunisie, protectorat français est occupée par les Allemands et leurs alliés italiens, obligent les 70 000 juifs tunisiens de se soumettre au port de l'étoile jaune, cas unique hors du continent européen...

 

Première reculade des nazis.

Dans le désert libyen, à El-Alamein, le général Montgomery repousse l'Afrika Korps de Rommel. Pris en tenaille, les Allemands et les Italiens n'ont pas d'autre issue que de se retrancher sur Bizerte, en Tunisie, d'où ils regagneront l'Europe en mai 1943.

En janvier 1943, Roosevelt et Churchill se retrouvent à Casablanca pour une conférence où ils préparent la libération complète de l'Afrique du Nord et l'invasion de la Sicile (opération Husky, 10 juillet 1943).

 

Sources : Les amis d’Hérodote, historia.

 

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31 octobre 2024 4 31 /10 /octobre /2024 09:05
Une jack-o’-lantern traditionnelle (navet) irlandaise du début du XXe siècle exposée au Museum of Country Life (en)

 

Ce soir 31 octobre, veille de la Toussaint, l’âme errante de Jack’O Lanterne, réapparaitra en souvenir de sa mort.

Jack est probablement le personnage le plus populaire associé à la fête d’Halloween.

Cet homme avare, ivrogne, méchant et égocentrique, qui probablement aurait été maréchal-ferrant est né d’un vieux conte irlandais.

 

La légende nous raconte qu’un soir, alors qu’il était dans une taverne, et qui se soûlait comme à son habitude, Jack bouscula le diable. Ce dernier lui demanda son âme en échange de faveurs diaboliques.

Jack accepta de le suivre à une condition : que le diable lui paye un dernier verre. Le démon accepta et se transforma en une pièce de six pence pour payer sa tournée. Jack se saisit de la pièce et la glissa dans sa bourse en cuir. Or celle-ci contenait une croix en argent.

Le diable ne pouvant plus se transformer de nouveau, était prisonnier sous la forme de cette petite pièce. Ainsi pris au piège, il fut contraint d’accepter la demande de Jack : lui donner un délai de dix années supplémentaires avant que celui-ci ne vienne de nouveau réclamer son âme.

 

Dix ans plus tard, sur une route de campagne le malin se présenta à lui pour réclamer son dû. Jack lui demanda alors une ultime faveur : que le diable cueille pour lui une pomme avant de le suivre.

Le diable accepta et juché sur ses épaules, il grimpa à l’arbre. Jack sortit alors son couteau et grava une croix sur le tronc, piégeant ainsi une fois de plus le cornu.

Jack proposa alors de le libérer seulement contre la promesse du diable de ne jamais revenir. Le diable n'eut d'autre choix que d'accepter et Jack effaça la croix.

 

Mais lorsqu’il mourut, ses nombreux péchés lui interdirent les portes du paradis, et le diable refusa de récupérer son âme en enfer.

Jack, réussi néanmoins à convaincre le diable de lui donner un morceau de charbon ardent afin d’éclairer son chemin dans le noir. Il plaça alors le charbon dans un navet creusé en guise de lanterne, et se vit condamné à errer sans but jusqu’au jugement dernier, avec sa lanterne*.

Depuis, cette âme errante porte le nom de ‘Jak of the Lantern’ (Jack à la lanterne) et réapparaît à chaque anniversaire de sa mort, à Halloween, la veille de la Toussaint...

 

Le terme « Jak à la lanterne » désignait à l’origine un veilleur de nuit ou quelqu’un portant une lanterne.

La tradition irlandaise de creuser des navets lors de la nuit d’Halloween (en souvenir des âmes perdues comme celle de Jack), fut remplacée, lors de l’exode massif des Irlandais vers les Amériques en 1845-1850 (grande famine en Irlande) par celle de creuser des citrouilles qu’ils trouvèrent sur place.

Cette tradition, plutôt campagnarde, ne s’est répandue partout aux États-Unis que depuis le début du XXe siècle.

Les citrouilles utilisées sont d’une variété particulière de ce cucurbitacée orange, devenu rapidement le symbole principal de la fête d’Halloween, grâce à leur forme rappelant un visage, et à la facilité avec laquelle on peut les creuser.

*Le fait de creuser des têtes de mort dans des navets pour fabriquer des lampions, n’est pas une tradition exclusivement irlandaise et n’est pas associée qu’à Hallowen.

 

 

 

 

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27 octobre 2024 7 27 /10 /octobre /2024 21:53
Document Afaha - Les heures Révolutionnaires-

 

Décriée par les Français, le changement d’heure comme le décrivent plusieurs études a un impact sur leur sommeil, leur alimentation et … leur humeur !

Dans la nuit de samedi 26 à dimanche 27 octobre on est passé à l’heure d’hiver, en reculant d’une heure nos montres… A 3 heures, il est 2 heures !

Ce dispositif mis en place depuis 1976. A cette époque, les pays européens s'étaient mis d'accord sur ce système pour pousser les foyers à faire des économies. En passant à l'heure d'hiver, les Français s'adaptaient aux heures d'ensoleillement et utilisaient moins l'éclairage artificiel, faisant ainsi des économies substantielles dans une période post-choc pétrolier (1973-1974). Près de 50 ans plus tard, ce dispositif est (souvent) considéré comme obsolète.

 

En 2017, le Service de recherche du Parlement européen (EPRS) expliquait que les habitudes de consommation ayant largement changé, les économies via le changement d'heure étaient devenues marginales

En 2018, une large majorité des Européens, étaient favorables à sa suppression : 56 % des Européens étaient plus favorables à une heure d'été permanente (59% des français), contre 32 % pour l'heure d'hiver.

En 2019, un texte a été proposé pour une application en 2021. Sauf qu'entre-temps, le Brexit et le Covid-19 ont surgi, et ont relégué le changement d'heure bien loin dans le classement des priorités. À tel point que le sujet n'est plus du tout à l'ordre du jour au Parlement européen. Et ce casse-tête va encore durer, le site du gouvernement n'y va pas par quatre chemins pour expliquer que le « texte sur la fin du changement d'heure n'est plus à l'ordre du jour et ne devrait pas être discuté dans un avenir proche ».

Autrement dit : les discussions sont renvoyées aux calendes grecques.

 

Et cela arrange tout le monde, « L'Ukraine ne veut pas être sur le même fuseau que les Russes, les pays du Sud veulent l'heure d'été mais ceux du Nord l'heure d'hiver… » énumère une eurodéputée. Et de souligner que « demain, le travailleur français qui va tous les jours en Allemagne ne va pas régler sa montre deux fois par jour parce que les deux pays n'ont pas choisi de rester sur le même fuseau ».

L’eurodéputée liste les arguments en faveur de la fin du changement d'heure : « Cela bouleverse notre horloge interne et est nocif pour la santé, il y a un lien entre sécurité routière et changement d'heure, tant avec le manque de visibilité que le manque de sommeil… Sans compter que les citoyens le réclament ! »

Les citoyens en question devront prendre leur mal en patience… et continuer de régler leurs montres deux fois par an. Bref, un rituel toujours décrié, dont les origines remontent à la fin du XIXe siècle.

 

La complexe histoire des fuseaux horaires.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, lorsqu'il était 12 heures à Paris, il était 11 h 42 à Brest et 12 h 18 à Nice. Chaque ville, se basait sur ses propres calculs du temps pour indiquer l'heure. En réalité, chacun déterminait sa propre heure en fonction de la position du soleil dans le ciel, autrement dit l'heure solaire. Lorsque arrive l'industrialisation, le développement des échanges commerciaux et l'intronisation du chemin de fer, une uniformisation avec un temps universel coordonné.

 

Au milieu du XIXe siècle, l'Italien Giuseppe Barilli propose d'unifier les temps en divisant la surface terrestre en diverses zones : les fuseaux. Ces derniers, basés sur le système des méridiens, sont matérialisés par des bandes imaginaires allant du pôle Nord au pôle Sud et représentent chacun une heure différente. Un système d'harmonisation du temps qui prendra définitivement acte dans les années 1870.

L'ingénieur écossais Sir Sandford Fleming institue une méthode dans laquelle le globe était divisé en 24 fuseaux horaires de même taille et avec comme point de repère le méridien de Greenwich, dans la banlieue de Londres. Dans chaque zone ou fuseau, les aiguilles indiqueraient la même heure avec un temps différent selon la zone voisine : à l'est (une heure de plus) ou à l'ouest (une heure de moins). Ce système trop avant-gardiste pour l'époque fut longtemps rejeté. Il sera adopté en 1884 lors de la Conférence internationale du méridien à Washington. L'heure de Londres devient alors nationale.

 

La France adopte une heure légale unitaire, celle de Paris en 1891, et ce n’est qu'en 1911 que le pays accepte d'adopter le méridien de Greenwich et de reculer ses horloges de 9 minutes et 21 secondes, passant ainsi à l'heure anglaise en adoptant la technique de Fleming.

 

Changement d'heure (été/hiver) comme nous le connaissons aujourd'hui.

Nous sommes en 1784, la France souhaite économiser ses ressources énergétiques en charbon et pétrole. Benjamin Franklin dans le quotidien « Le Journal de Paris », préconise déjà un changement d’heure, été-hiver.

En 1916, lors de la Première Guerre mondiale, André Honnorat, député des Basses Alpes, propose aux parlementaires de voter une loi consistant à avancer d'une heure l'heure légale. Après maintes discussions, la loi est votée en mars 1917. La France adopte son premier changement d'heure, ici d'été.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, en juin 1940, les troupes nazies envahissent le pays et instaurent « l'heure allemande », basée sur Berlin.

À la libération, la France revient au fuseau GMT en supprimant dans un premier temps le changement d'heure d'été, mais décide de conserver l'heure allemande d'hiver... Pourquoi faire simple lorsque l’on peut faire compliqué.

Les Français vivent donc à la même heure que l'Allemagne en hiver mais non en été.

En 1976, toujours dans un souci de faire des économies d'énergie, le gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing fait repasser le pays dans une alternance d'heure bisannuelle.

 

Heure d’hiver, heure d’été, l’heure fait toujours 60 minutes.

Ouf, ça au moins ça ne change pas, mais il s'en est fallu de peu pour que la France adopte la journée et les heures décimales.

La division du temps telle qu'on la connaît remonte à l'Antiquité, trois millénaires avant Jésus-Christ, au temps des Mésopotamiens.

Pourquoi l’heure n’est-elle pas divisée en 100 minutes de 100 secondes, ou une journée en 10 heures, alors que la plupart des mesures sont décimales ?

La base 10 n'est divisible que par 2 et 5, alors que la base 60, est divisible par 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15, 20 et 30.

Les Mésopotamiens, ont donc privilégié la base de 60, pour morceler le temps, car il est plus aisé de réaliser des calculs avec ce système. 

La civilisation babylonienne s'est également référée à l'observation du Soleil pour diviser la journée en 24 périodes, puis chaque morceau en 60 parties, et ainsi de suite. Voilà comment le temps a été fractionné en heures, minutes et secondes.

 

Dix, douze ou seize heures par jour ?

Sous la Ire République, une organisation décimale du temps a vu le jour, accompagnée de son calendrier révolutionnaire. Le décret du 4 frimaire de l'an II (24 novembre 1793) a instauré les jours de dix heures, les heures de cent minutes, et les minutes de cent secondes. À l'heure décimale où est écrit ce papier par exemple, il est 5 heures, 70 minutes et 34 secondes.

Bref, autant dire que tout a été chamboulé après ce décret, à tel point que c'était incompréhensible pour bon nombre de français habitués à la numération babylonienne. Le décret n'a pas survécu : il a été suspendu pendant dix ans, puis aboli sous Napoléon Bonaparte, en 1805.

Il ne s'agit pas de l'unique bizarrerie en matière de mesure : certains proposent de choisir un temps duodécimal (donc en douze heures) quand d'autres préfèrent diviser une journée en seize, via un système hexadécimal… Reste à concevoir une montre (imposante) pour accueillir autant de chiffres !

 

 

 

 

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6 octobre 2024 7 06 /10 /octobre /2024 15:45
L'empereur Henri IV, agenouillé devant le pape Grégoire VII en présence de la comtesse Mathilde de Canossa (Bas relief-Basilique St Pierre au Vatican)

 

Cette charmante bourgade de 2000 âmes dans la province de Reggio d’Émilie en Italie, a été rendu célèbre par l’expression du chancelier Bismarck au XIXe siècle : « Nous n’irons pas à Canossa ».

Tout commence en 1871. Le chancelier Otto von Bismarck vient de fonder l’Empire allemand au prix de trois guerres. Bismarck entre en guerre contre les catholiques allemands inféodés au Vatican. Il commence par accorder sa protection aux catholiques dissidents qui refusent le dogme de l’infaillibilité pontificale, proclamé par lors du concile Vatican I en 1870. Il nomme un ambassadeur au Vatican, sans demander au préalable l’agrément su Saint-Père, contre tous les usages diplomatiques.

 

Comme il se doit, le pape Pie IX, n’apprécie pas cette nomination et la désavoue. C’est alors que Bismarck, le 14 mai 1872, s’écrit au Reichstag : « Soyez sans souci, Messieurs ! Nous n’irons pas à Canossa, ni en chair, ni en esprit ! », en référence à la querelle entre le pape et l’empereur d’Allemagne qui se dénoua presque 800 ans plutôt, le 28 janvier 1077 par une humiliation feinte de ce dernier.

En effet, en 1075, le pape Grégoire VII, à l’origine d’une grande réforme de l’Église publie vingt-sept propositions sous l’intitulé « Dictatus papae » (les « Dits du pape ») par lesquelles il affirme que les évêques doivent être nommés par lui et non plus par l’empereur d’Allemagne . Le pape lui-même doit être élu par un conclave des cardinaux et non plus par les nobles romains, voulant ainsi imposer son autorité, jusque-là très symbolique, sur la chrétienté.

 

L’empereur Henri IV s’oppose à ces réformes qui rompent avec la traditionnelle soumission du clergé envers le pouvoir laïc et placent le pape au-dessus de lui. Du coup, le pape l’excommunie, le privant ainsi des sacrements et autorise ses vassaux à rompre leur serment d’obéissance.

Des seigneurs en profitent pour récupérer des biens qui leur ont été confisqués et élisent même un roi concurrent. Peu à peu abandonné de tous, Henri IV craint que le pape ne vienne au secours des dissidents et décide de prendre les devants en se rendant lui-même en Italie auprès de son ennemi, alors en visite chez la comtesse Mathilde de Toscane, dans son château de Canossa.

 

C’est de là que l’expression « aller à Canossa », prend sa racine, signifiant que l’on s’humilie devant son adversaire ».

Pieds nus dans la neige, il attendant pendant trois jours jusqu’au 28 janvier 1077, que le pape veuille bien le recevoir et … relever l’excommunication. Le pape n’a d’autre choix que de pardonner au pénitent. Hélas, comme il pouvait s’y attendre, Henri IV, en profite pour restaurer son autorité et reprendre la querelle des investitures.

 

La fausse victoire du pape

L’humiliation feinte de Canossa débouche donc sur la victoire de l’empereur. Henri IV, profitant de la feinte joué au pape, réuni un concile à sa dévotion afin que celui-ci nomme un pape plus conciliant.

Le pape Grégoire doit s’enfuir chez les Normands qui occupent l’Italie du sud. Pas de chance pour le pape, les Normands, sous prétexte de le réinstaller sur la chaire de saint Pierre, en profitent pour occuper Rome et la piller. Le pape meurt en exile à Salerne le 25 mai 1085, abandonné de tous.

Après lui, la papauté et l’empereur vont encore lutter pendant plusieurs décennies avant de clore la « Querelle des Investitures » sur un compromis, le « Concordat de Worms » le 22 septembre 1122.

 

Le « Concordat de Worms »

Le concordat de Worms, en Rhénanie fait suite à des accords similaires conclus quelques années auparavant entre le pape et les rois d'Angleterre et de France.

Le pape Calixte II et l'empereur Henri V conviennent que les évêques du Saint Empire ne seront plus désignés par l'empereur mais recevront une double investiture :  spirituelle et laïque.

  • L'investiture par le Saint-Siège, « par la crosse et l'anneau », confère désormais aux évêques et aux abbés une autorité spirituelle incontestable auprès des fidèles.
  • L'investiture laïque, par l'empereur (type féodal), leur garantit la possession d'un fief, sous la forme d'une terre ou d'une rente, leur assure des revenus importants et l'autonomie matérielle indispensable, au Moyen Âge, à l'exercice de l'autorité.

Ces accords amorcent en Europe occidentale la séparation du pouvoir spirituel ou religieux, exercé par le clergé catholique, et du pouvoir laïc ou séculier, exercé par les souverains et les seigneurs.

 

Otto von Bismarck

En 1871, Bismarck, même comme indiquer plus haut, une lutte contre les catholiques inféodés au Vatican.

Mal lui prend, car à l’assemblée du Reichstag, la domination prussienne commence à être contestée dès mars 1871 par un parti du Centre, le « Zentrum », composé d’une soixantaine de députés catholiques issus d’Allemagne su sud de Rhénanie. Commence alors le « combat pour la civilisation » (Kulturkampf). Après avoir prononcé son fameux « Nous n’irons pas à Canossa », ses partisans, enthousiasmés, élèvent à Harzburg une colonne de granit où ils gravent les mots prononcés par le chancelier.

Par les « lois de Mai » (votées en mai 1873, mai 1874 et mai 1875), le chancelier multiplie les brimades à l’encontre des catholiques en Prusse et dans l’ensemble de l’Allemagne (contrôle de l’état sur le patrimoine de l’Église, surveillance des candidats à la prêtrise, dissolution des jésuites, etc…)

La résistance s’organise sous la direction du député Ludwig Windthorst, un ancien camarade d’université du chancelier : « Vous voulez détacher les catholiques allemands de l’obédience au Saint-Siège pour les soumettre au Knout de votre police », lance-t ’il. Les esprits s’échauffent… !!

Le 13 juillet 1874, aux bains de Kissingen, Louis Kuhlmann, un jeune ouvrier tonnelier catholique, tire sur le chancelier et le blesse à la main. Bismarck arrive à ceinturer son agresseur.

La montée des socialistes de l’extrême-gauche et la progression du Zentrum d’une élection à l’autre obligent le chancelier à amoindrir sa haine du catholicisme. Après la mort de Pie IX en 1878 et l’avènement de Léon XIII, un pape plus conciliant, Bismarck va progressivement abolir la plupart des « lois de Mai », discrètement et par petites touches de façon à ne pas perdre la face.

 

Épilogue

Cette affaire moyenâgeuse de Canossa qui nous paraît très éloignée, de nos préoccupations, n'en revêt pas moins une grande importance.  Il en découle ce que l'on appelle aujourd'hui la laïcité : un système social dans lequel les affaires religieuses sont distinctes des affaires politiques.

 

 

Sources: 'Les amis d'Hérodote'

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29 septembre 2024 7 29 /09 /septembre /2024 21:31

 16 septembre 1824: Invention de la photographie

Photo: Doc Artsandculture.google.com (Musée Niépce)

Dans une longue lettre Joseph Nicéphore Niépce écrit à son frère Claude établi à Londres : « ... j'ai la satisfaction de pouvoir t'annoncer enfin, qu'à l'aide du perfectionnement de mes procédés je suis parvenu à obtenir un point de vue tel que je pouvais le désirer, et que je n'osais guère pourtant m'en flatter, parce que jusqu'ici, je n'avais eu que des résultats forts incomplets. Ce point de vue a été pris de ta chambre du côté du Gras… L'image des objets s'y trouve représentée avec une netteté, une fidélité étonnante, jusque dans ses moindres détails, et avec leurs nuances les plus délicates… »

L’inventeur bourguignon a enfin réussi à fixer une vue de sa maison par un procédé de captation de la lumière du soleil, qu'il appelle « héliographie ». 

La découverte de cette lettre a conduit les chercheurs et historiens qui animent la Maison Nicéphore Niepce (Saint-Loup-de-Varennes, Saône-et-Loire) à en faire l'acte de naissance de la photographie.

Il ne reste aucune trace de cette première vue ; la plus ancienne photo conservée remonte à l'année 1827.

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Nicéphore Niépce

De par sa curiosité et son ouverture d'esprit, Nicéphore Niépce, est un des derniers représentants du Siècle des Lumières.

Né à Chalon-sur-Saône le 7 mars 1765, sous le règne de Louis XV, est issu d’une riche famille de notables, Joseph Niépce fait des études chez les frères oratoriens et se passionne très tôt pour la physique et la chimie.

En 1788, renonçant à la prêtrise, il entre dans la Garde nationale... et se donne le surnom de Nicéphore. Sous la Révolution, en 1792, il entre dans l'armée de la République mais la quitte rapidement.

Il se marie à Nice, en 1794, et a un fils, Isidore (qui plus tard l'aidera financièrement).

Son frère aîné, Claude, rejoint le ménage de Nicéphore. De retour à Chalon-sur-Saône en 1801, ils vont travailler sur des projets les plus fous les uns que les autres... comme vingt ans plus tôt les frères Montgolfier !

Tous deux mettent au point le premier moteur au monde à combustion interne, ancêtre de nos moteurs diesel (il fonctionnait avec du charbon mélangé à de la résine), dénommé « pyréolophore ».

En 1807 Napoléon leur octroie un brevet de dix ans pour cet engin qui a démontré ses aptitudes en remontant la Saône avec une maquette de bateau de deux mètres de long.

Les deux frères tentent de mettre au point une pompe hydraulique pour remplacer l'énorme « machine de Marly » qui amène l'eau à Versailles.

Napoléon Ier, entre 1806 et 1808, institue le blocus continental pour priver la Grande-Bretagne de relations commerciales avec le continent. De ce fait l'indigo (colorant bleu) se faisant rare. Les frères Niépce étudient son remplacement par le pastel, cultivé dans le Sud-Ouest...

Leurs affaires n'avancent pas, et la guerre, l'enchérissement des matières premières rendent difficile le développement et l'exploitation du « pyréolophore ».

 

Son frère Claude part à Londres en 1816 pour tenter d'exploiter l'invention avant que n'expire le brevet. Lorsqu’il décède en 1828 à Londres, Nicéphore s'apercevra qu'atteint de troubles mentaux, il a dilapidé la fortune familiale dans des inventions fictives...

Il lâche la physique pour la chimie et revient à une idée qui l'obsède depuis près de deux décennies : fixer durablement les images projetées au fond des chambres noires !

Après le départ de son frère, seul dans sa maison de Saint-Loup-de-Varennes, (près de Chalon-sur-Saône), Nicéphore commence par travailler sur la lithographie*, procédé mis au point à la fin du XVIIIe siècle. Après de nombreux essais infructueux, Nicéphore Niépce a l'idée d'imprégner une plaque d'impression métallique avec du chlorure d'argent et pour fixer l'image durablement il ajoute une couche de vernis également photosensible à base de bitume de Judée (une sorte d'asphalte).

Parallèlement, il se passionne en 1818, pour la « draisienne » (ancêtre du vélo sans pédalier) et fait sensation en parcourant sur son « vélocipède », les chemins de Saint-Loup-de-Varennes...

En 1822, Nicéphore Niépce produit enfin ses premières « héliographies », (plus tard rebaptisées photographies),issue du croisement de la « chambre noire », connue depuis l'Antiquité, et de la fixation des couleurs sur papier par voie chimique), qui a la propriété de ne pas s'effacer au bout de quelques minutes. Il réalise ainsi la copie d'un portrait du pape Pie VII par la seule action de la lumière sur une plaque de verre enduite de bitume de Judée.

En 1824, il réalise des « Points de vue » sur pierres lithographiques calcaires avec du bitume de Judée ; les temps de pose sont encore de l'ordre de cinq jours !

En 1827, après avoir exposé une plaque d'étain poli pendant huit heures, Niépce produit la célèbre photo « Point de vue du Gras ». Cette photo prise d'une fenêtre de sa maison de Saint-Loup-de-Varennes (aujourd'hui transformée en musée), est très floue.

 

Louis Daguerre et Nicéphore Niépce

Par l'intermédiaire de son opticien il entre en relation avec Louis Daguerre, un fantasque décorateur de théâtre parisien.

De vingt-deux ans plus jeunes, celui-ci utilise habilement les ressources de la chambre noire dans ses arrangements théâtraux. Daguerre, perçoit tout l'intérêt commercial du procédé de fixation des images de Niépce. Il le convainc de signer un contrat d'association en 1829… Voilà réunies les deux techniques à la base de la photographie !

 

En 1832 enfin, Daguerre réalise pour son confrère un bilan de ses propres travaux d'où il ressort que l'un et l'autre, avec les mêmes produits, obtiennent des résultats différents ; il est toutefois à noter (et cela n'est pas sans importance) que jamais Daguerre n'a pu montrer à Niépce le moindre résultat de ses essais. Mais les choses avancent.

Le 5 juillet 1833, la mort brutale de Niépce ne met pas fin à l'aventure. Daguerre réussit à ramener les temps de pose à quelques minutes et conçoit en 1837 un appareil de prise de vues qu'il baptise avec modestie « daguerréotype »… pas fier le monsieur !!

En manque d'argent mais pas d'habileté, il persuade l'astronome François Arago (53 ans) de soutenir son projet. Celui-ci jouant de son influence pousse l'État lors de la séance historique du 19 août 1839 à se rendre acquéreur de l'invention puis à « en doter libéralement le monde entier ». Louis-Philippe Ier, dit le « roi bourgeois » prend ainsi l'Angleterre de vitesse.

 

L’Angleterre et la photographie

Celle-ci ne relâche pas pour autant ses efforts. Fox Talbot (1800-1877), qui était en concurrence avec Niépce, met au point en 1841 un procédé permettant de multiplier les épreuves positives à partir d'un négatif intermédiaire (procédé obtenu sur un papier au chlorure d’argent rendu translucide avec de la cire. L’image est révélée avec une solution de nitrate d'argent chimique).

Dans le même temps, un autre Anglais, John Herschell, met au point un procédé de fixation de l'image avec une solution d'hypochlorite de soude, qu’il baptise « photography » (du grec phos« lumière », et graphê« écriture »).

Ce terme va rapidement s'imposer dans toutes les langues du monde, en lieu et place de l'héliographie de Niépce  (du grec helios« soleil »). 

En attendant, le succès du « daguerréotype » est immédiat et phénoménal. Dès 1841, le physicien Hippolyte Fizeau a l'idée de remplacer l'iodure d'argent par le bromure d'argent dont la sensibilité à la lumière est supérieure. Le temps de pose n'est plus dès lors que de quelques secondes et il devient possible de réaliser des portraits. Le daguerréotype prend vite la place des portraits en miniature dans les salons des familles bourgeoises.

 

*La lithographie mis au point fin du XVIIIe siècle est un procédé d'impression sui repose sur le principe de répulsion de l’eau et de la graisse.

 

Sources : Site internet, Maison Nicéphore Niépce.  Les amis d’Hérodote. La correspondance de Nicéphore Niépce, ouvrage de 1 600 pages rédigé par Manuel Bonnet, descendant de Nicéphore Niépce, et Jean-Louis Marignier, chercheur au CNRS, ouvrage est entièrement disponible en ligne sous le titre Niépce, Correspondance et Papiers (éditions Maison Nicéphore Niépce).

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 septembre 2024 7 22 /09 /septembre /2024 10:10

Fin de la Seconde Guerre mondiale.

pages des signatures du traité de paix de Moscou

 

Le traité de Moscou met fin à la Seconde Guerre mondiale !

Le 12 septembre 1990 est mis un terme diplomatique à la Seconde Guerre mondiale avec la signature à Moscou d'un traité de paix, dit traité 2+4 (ou 4+2), entre la République fédérale d'Allemagne (RFA), la République démocratique allemande (RDA), les États-Unis, la République française, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord et l'Union des Républiques socialistes soviétiques.

 

Retour sur l’histoire

Le 2 mai 1945, conformément aux accords de Yalta, les troupes américaines arrêtent leur progression sur le front Ouest et laissent les Russes prendre possession de la capitale allemande.

Vers 15h, un premier soldat de l’Armée rouge pénètre dans le bunker d’Hitler.

 

Le 7 mai, a 2h 41 du matin, au quartier général du général Eisenhower à Reims (Marne), le général Alfred Jodl signe la capitulation sans condition de l'Allemagne. « Le Haut Commandement allemand donnera immédiatement l’ordre à toutes les autorités militaires terrestres, navales et aériennes sous contrôle allemand, de cesser toutes les opérations actives à 23h01, (heure locale) le 8 mai. » soit le 9 novembre à Moscou (date retenue en Union Soviétique comme date de la victoire).

Dans le camp allié, le chef d'état-major du général Eisenhower, accompagné du général soviétique Ivan Sousloparov, contresignent l'acte de capitulation au nom des vainqueurs, ainsi que le général français François Sevez, chef d'état-major du général de Gaulle, invité à apposer sa signature en qualité de simple témoin.

 

Le 8 mai Joseph Staline, pas satisfait des conditions dans lesquelles l’acte de capitulation a été signé en France, demande une nouvelle ratification, cette fois-ci en zone d'occupation soviétique, au cœur du IIIReich.

Pour des raisons diplomatiques vis-à-vis de l’URSS, Truman, Churchill et de Gaulle acceptent.

La signature se déroule à Berlin au quartier général des forces soviétiques sous la présidence du maréchal Joukov.

La France est représentée par le général de Lattre de Tassigny, chef de la 1re armée française, qui exige qu’un drapeau français soit accroché aux cotés des drapeaux anglais, américain et soviétique.

La signature de l’acte de capitulation allemande est effectuée par le maréchal Wilhelm Keitel, chef d'état-major de la Wehrmacht, qui ne manque pas de manifester publiquement sa surprise à la vue du drapeau français.

 

A 15 heures, les alliés annoncent la fin officielle des hostilités en Europe. La guerre se poursuit en Asie.

Si la ratification de l’acte de capitulation est effective le 8 mai peu avant minuit, heure d’Europe occidentale, elle n’est enregistrée qu’à 01h01 en Union Soviétique. La victoire de la « Grande Guerre patriotique » se commémore ainsi le 9 mai en Russie.

 

2 septembre 1945

Malgré la capitulation de l'Allemagne nazie, le Japon poursuit une lutte désespérée dans l'océan Pacifique. Il faudra les deux explosions atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, les 6 et 9 août 1945, pour le contraindre à déposer les armes.

 

La conférence de Potsdam (Ville limitrophe de Berlin)

Après la capitulation de l'Allemagne hitlérienne, la conférence de Potsdam (17 juillet - 2 août 1945) organise le sort du pays et de l'Europe : réparations en nature, établissement de la frontière orientale de l'Allemagne sur l'Oder-Neisse, indépendance de l'Autriche, annexion par l'URSS des États baltes, de la Prusse orientale, de la Pologne orientale.

Très vite émerge la rivalité entre l'Union soviétique et les Occidentaux. C'est le début de la guerre froide. Un « rideau de fer » sépare l'Europe en deux : d'un côté les pays occidentaux sous la protection de l'Amérique et de l'OTAN, qui bénéficient du plan Marshall, de l'autre l'URSS et ses « satellites ». L'Allemagne elle-même est séparée en deux États hostiles l'un à l'autre...

 

Le document final de la conférence prévoit le désarmement et la dénazification de l'Allemagne dans le droit fil de la réunion de Yalta. C'est ainsi que s'ouvrira le 14 novembre 1945 à Nuremberg le procès des responsables nazis.

Les participants de la conférence se séparent toutefois sans avoir encore clarifié le sort du Japon, ancien allié de l'Allemagne.

 

 

La paix en bonne et due forme

Ce n’est que le 12 septembre 1990 qu'est mis un terme diplomatique à la Seconde Guerre mondiale avec la signature à Moscou d'un traité de paix, dit 2+4, entre la République fédérale d'Allemagne (RFA), la République démocratique allemande (RDA), les États-Unis, la République française, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord et l'Union des Républiques socialistes soviétiques.

Par ce texte, les Allemands renoncent officiellement à l'arme nucléaire et reconnaissent leurs frontières comme « inaltérables », ce qui veut dire qu'elles ne peuvent être modifiées même par accord mutuel avec leurs voisins ! La ligne Oder-Neisse devient la frontière définitive entre l'Allemagne et la Pologne.

Le traité de Moscou est un préalable à la réunification des deux Allemagnes, qui interviendra officiellement trois semaines plus tard.

Avec ce traité de paix, se clôt la Seconde Guerre mondiale.

 

Ce traité est considéré comme un chef-d’œuvre diplomatique. Il a été inclus dans le Patrimoine mondial du documentaire de l’ONU.

 

Sources : Ministère des armées, Musées historiques de Reims, les amis d’Hérode.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 septembre 2024 5 20 /09 /septembre /2024 21:44
Chanoine Kir entrant dans Dijon le jour de la libération*

11 septembre 1945n

Après 4 années d’occupation, la ville de Dijon est libérée le 11 septembre 1944 grâce à l’action conjuguée des corps d’armée débarqués en Provence et des maquisards du dpt 21.

L’armée du Général Patton ; du Sud, de la 7e armée américaine et de la 1ère armée française, commandée par le Maréchal de Lattre de Tassigny, ont débarqué en Provence, le 15 août 1944, remontées à toute vitesse la vallée du Rhône (500 kilomètres avalés en moins de deux semaines), forment un étau de plus en plus serré autour des positions allemandes.

 

Le 10 septembre à trois heures du matin, les premiers blindés Alliés traversent la ville de Plombières-Lès-Dijon. Pris en tenaille dans la nuit du 10 au 11 septembre, les Allemands, sont obligés d’évacuer la ville. Avant de partir, ils font sauter la gare et le pont Eiffel dans l’espoir de ralentir la progression des Alliés et pour couvrir leur retraite.

Le matin du 11 septembre 1944, les premiers éléments de l’armée B française pénètrent dans une ville presque désertée par l'ennemi que les soldats Alliés arrivent.

Les premiers soldats à entrer dans la ville sont ceux du 4e escadron du 2e régiment de Spahis algérien. À bord d’une automitrailleuse, ils débouchent en héros sur la place de la mairie, à l’époque place Maréchal Pétain.

 

Après les forces régulières, c'est au tour du Maquis et des FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) d'entrer dans Dijon ce 11 septembre.

La foule se masse place Darcy et tout au long de la rue de la Liberté pour assister à l’arrivée de ces forces libératrices tant attendues. La population, en liesse, les ovationne. "Les gens se précipitaient, On tendait les enfants aux soldats " pour qu'ils montent sur les chars.

Les soldats "sont accueillis par une population en liesse, des drapeaux aux fenêtres, les soldats sont couverts de cadeaux"

 

Le 12 septembre, les deux armées de Libération (celle venant de Normandie et celle venant de Provence) ce rejoignent à Nod-sur-seine, localité située à 70 km au nord de Dijon.

Le 13septembre, les généraux Jean de Lattre de Tassigny et Jean Touzet du Vigier, assistent à un te deum, dans la cathédrale St Bénigne en hommage aux victimes de la guerre.

Le 15 septembre le Général de Lattre de Tassigny, commandant des forces de l’armée de libération passe en revue les troupes cours du parc à Dijon

Dans les jours qui suivent, les combats font rages autour de la ville, et, le 22 septembre 1944, un hôpital de fortune est installé dans le quartier Montmuzard de Dijon. Jusqu'à 1.500 blessés arrivent chaque jour du Front, quand l'hôpital ne peut en accueillir que 750.

Le 23 Octobre, le Général de Gaulle en visite à Dijon est reçu à la mairie par monsieur Connes, maire et monsieur Mairet commissaire de la république.

1er novembre 1944, une cérémonie à lieu en l’honneur des fusillés et morts de la guerre 39-45

 

Les villes de Bourgogne sont libérées les unes après les autres, Mâcon le 4 septembre, Chalon-sur-Saône le 5 et Beaune le 8 septembre. À l'époque, "La Bourgogne est un passage obligé et c’est un goulot d’étranglement par lequel toutes les troupes allemandes, en retraite vers l’est, doivent passer "

*Photo du Chanoine Krir: Cette photo servira beaucoup à la propagande électorale du futur député-maire de la ville. Elle est cependant imaginaire et sera prise plusieurs semaines plus tard, lors d'une cérémonie militaire. 

 

Sources: Ville de Dijon, journal 'le Bien Public', Le Chanoine Kir a-t-il existé? (1968) de G. Laporte, Le Chanoine Kir de J. François Bazin (2018).

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27 août 2024 2 27 /08 /août /2024 17:29
De Gaulle, Leclerc et Chaban-Delmas (de dos) à la gare Montparnasse -25/8/44)

PETITE HISTOIRE DANS LA GRANDE

 

« Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !», ainsi parle le Général de Gaulle le 25 août 1944 sur le perron de l’hôtel de ville de Paris.

La Libération de Paris a débuté le 10 août 1944 avec la grève des cheminots, tandis que les troupes allemandes commençaient de plier bagage.

Cette folle semaine de la Libération de Paris, fut aussi celle de petites histoires qui racontent ce moment fort de la grande histoire de France.

 

S'insurger ou attendre ?

Conscient des risques que cela représente, le général Pierre Koenig, chef d'état-major des Forces Françaises de l'Intérieur (FFI), souhaite qu'un soulèvement populaire précède l'arrivée des troupes alliées dans la capitale.

En effet, quelques jours plus tôt, le 1er août, les résistants de Varsovie ayant fait le même choix ont subi une répression d'une extrême violence. D'autre part un affrontement entre les gaullistes pilotés par Jacques Chaban-Delmas et les communistes sous les ordres du colonel Rol-Tanguy est bien réel.

Le 19 août, des combats sporadiques éclatent un peu partout. 3.000 policiers de Paris rejoignent la Préfecture de police de l'île de la Cité, au cœur de la capitale. En tenue civile et avec leur arme de service, le drapeau tricolore est hissé au sommet de l'édifice. Mais les Alliés n'étant pas attendus dans la capitale avant le 1er septembre, les gaullistes jugent l'insurrection prématurée. Ils le font savoir à Rol-Tanguy par le biais d'une note transmise par l'intermédiaire de Jacques Chaban-Delmas (29 ans), délégué militaire national.

Au terme d'une violente discussion, les représentants du Comité national de la Résistance conviennent de négocier une trêve avec l'occupant (Dans les faits, elle ne sera appliquée que de façon sporadique puis plus du tout).

 

Fusillé le 19 août

Samedi 19 août au matin. L’insurrection commence. La préfecture de police est prise par des policiers en grève depuis quatre jours.

En chemin, le jeune gardien de la paix Armand Bacquer croise le VII e arrondissement, deux hommes qui placardent sur des murs l’ordre de mobilisation lançant l’insurrection parisienne contre l’occupant allemand. Surpris par des soldats, il est fait prisonnier au ministère des PTT. C’est enfermé dans une pièce, qu’il apprend que le soulèvement des policiers français a bien débuté.

Vers 23 h, Armand Bacquer ainsi que Maurice Guinoiseaux, 37 ans autre gardien de la paix est arrêté en possession d’armes qu’il apportait vraisemblablement aux insurgés de la Caserne de la Cité, sont été conduits le long de la Seine au niveau du pont de la Concorde où ils sont fusillés par les Allemands. 

Maurice Guinoiseaux est tué sur le coup mais Armand Bacquer, grièvement blessé, a été laissé pour mort par l’occupant. Touché par 14 balles, le jeune homme a passé la nuit à souffrir, craignant que les soldats ne reviennent pour l’achever. Le 20 août 1944, tôt dans la matinée, un prêtre a entendu les gémissements et a découvert les deux hommes. Armand Bacquer est sauvé. Opéré à Necker, il survivra et reprendra son métier de policier.

A l’occasion du 50e anniversaire de la Libération de Paris le 19 août 1994, est élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur par le président François Mitterrand. Celui qui a été surnommé le « mort vivant » après la guerre est mort paisiblement en 2005. 

Une plaque commémore cet épisode à l’endroit-même où s’est déroulé l’execution.

 

Les barricades se dressent.

Si la bataille pour la Libération de Paris a été lancée dès le 19 août 1944, elle a pris un nouveau tournant le 22 août avec l'appel du colonel Rol-Tanguy, commandant en chef des Forces françaises de l'intérieur. 

« Tous aux barricades », fait-t-il savoir aux Parisiens. Près de 600 barricades de fortunes sont dressées pour entraver la route des Allemands. Une détermination qui a permis aux Parisiens d'avoir le sentiment d'être acteur de leur propre Libération.  

 

« Tenez bon, nous arrivons »

Jeudi 24 août. Les barricades se multiplient. Les combats s’intensifient entre résistants, à l’armement disparate. Les soldats allemands sont munis d’armes lourdes. Les premiers chars de la 2e DB sont à une dizaine de kilomètres des portes sud de la capitale.

Le préfet de Paris Luizet est parvenu à faire passer un message aux troupes alliées. Les Parisiens ont besoin d'aide au plus vite.

Vers 17 heures, un avion Piper Club de l’escadrille d’observation de la 2 e DB survole Notre-Dame et la préfecture de police. Aux commandes, le capitaine Jean Callet, qui pique sur les bâtiments. Le lieutenant Etienne Mantoux largue un petit objet lesté de plomb et muni d’une traîne qui tombe tout près de la préfecture. « Le général Leclerc vous fait dire : “Tenez bon, nous arrivons” », porte simplement le message manuscrit. Le soir même, les premiers chars français pénètrent dans la capitale. 

 

Les Espagnols de la 2ème DB les premiers à Paris

Jeudi 24 août vers 20h. Le général Leclerc donne l'ordre au capitaine Raymond Dronne de pénétrer dans Paris. Les premiers véhicules blindés de la 2ème DB gagnent une heure et demie plus tard l'Hôtel de ville. Des noms de villes espagnoles sont inscrits sur des blindés qui emportent des Républicains espagnols de la 9ème compagnie du Régiment de marche du Tchad, commandée par Dronne.

 

Tué le jour de ses 20 ans.

Membre du Régiment de marche de spahis marocains (RMSM), l'une des unités de la 2e DB, Pierre Deville a fait partie des militaires français à entrer dans Paris le 25 juillet 1944. 

À 7h30, Porte d'Orléans, le jeune homme a appelé ses parents qui habitaient à Paris et leur dit : « J’arrive ».

À peine une heure plus tard, son peloton a rejoint le Champ-de-Mars et l'École Militaire occupée par les Allemands. Quatre longues heures de combat sont alors engagées. 

Pierre Deville, qui fêtait ses 20 ans ce jour-là, est tué lors de l'assaut d'une balle dans le front et n'a jamais pu rejoindre ses parents. 

 

La dernière partie de billard de Dietrich von Choltitz

Vendredi 25 août au matin. Le général Leclerc arrive à Paris par la porte d'Orléans et la 2ème DB se déploie dans l'ouest de la capitale. Les Allemands se rendent massivement. Dans l'après-midi, la 4ème division américaine occupe l'est parisien à partir de la porte d'Italie.

Le colonel Pierre Billotte installe le PC de son groupement dans la salle de billard des appartements du préfet de police Charles Luizet. Homme de confiance du général de Gaulle, fut l'un des tout premiers à se rallier au chef de la France Libre dans la soirée de l'appel du 18 juin 1940, tient la préfecture de police depuis une semaine.

A l'hôtel Meurice, où il a installé son état-major, le général Dietrich von Choltitz, commandant du "Gross-Paris" depuis le 4 août, est fait prisonnier en début d'après-midi. A la préfecture de police, le général Leclerc attend impatiemment la capitulation allemande.

"Allez me le chercher !", demande Leclerc. Billotte amène von Choltitz à la préfecture. A 17h00, le général allemand signe l’acte de reddition sur une petite table.

 

La reddition

Le vendredi 25 août 1944, à 15h 30, le général Philippe Leclerc de Hauteclocque (43 ans) reçoit à Paris, devant la gare Montparnasse, la capitulation des troupes d'occupation de la capitale.

Le document est signé par le général Dietrich von Choltitz, commandant du 84e corps d'armée. Il est aussi contresigné par le colonel Henri Rol-Tanguy, chef régional des FTP-FFI (Francs-tireurs et partisans des Forces Françaises de l'Intérieur).

Une heure plus tard, le général Charles de Gaulle lui-même arrive à la gare et se voit remettre par Leclerc l'acte de capitulation.

Il se rend ensuite à l'Hôtel de Ville où il est reçu par Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance. Comme celui-ci lui demande de proclamer le rétablissement de la République, de Gaulle rétorque qu'elle n'a jamais cessé d'exister.

 

Rien n'y manque, excepté l'État

Peu après 17h00, rue Saint Dominique, le général de Gaulle s'installe au premier étage de Hôtel de Brienne. "Rien n'y manque, excepté l'État, il m'appartient de l'y remettre", notera plus tard le chef de la France Libre dans ses Mémoires. Alors éphémère sous-secrétaire d'État à la Défense nationale, le général de Gaulle s'y était déjà installé quelques jours en juin 1940. Il restera comme chef du gouvernement provisoire du 25 août 1944 au 26 janvier 1946.

 

Tué après quatre ans de guerre

A peu près au même moment, de l'autre côté de la Seine, le sergent-chef Jean Vandal du 1er régiment de marche du Tchad(RMT), rallié dès août 1940 à la France Libre, est grièvement blessé à l'angle du boulevard Saint-Germain et de la rue de l'Université (VIIe), le long du parc de l'Hôtel de Brienne. Après quatre ans de guerre avec les forces de Leclerc, il avait appelé la veille sa mère, habitant à Paris, pour lui annoncer son arrivée dans la capitale en disant "Je suis là". Sa famille, prévenue par un de ses camarades, se rendra à l'hôpital pour l'assister dans ses derniers moments.

(Source : plaque apposée à cet endroit à la mémoire de "Jean Vandal, Médaille militaire, Croix de guerre avec palmes, médaille coloniale, Fezzan, Tripolitaine, Tunisie et soldat Michel Belloc, Médaille militaire et Croix de guerre, du 1er RMT division Leclerc).

 

Attention à la 5e colonne

Le 25 août en début d'après-midi sur la place de la Concorde, où les combats font rage, un soldat de la 2e DB dans son char entend un message radio indiquant "Attention à la 5ème colonne" (expression désignant un groupe de militaires ou de civils agissant dans l'ombre). Derechef, il ajuste le tir et compte les colonnes de l'Hôtel de la Marine, encore occupé par la Kriegsmarine. Au canon, il détruit la 5ème colonne du bâtiment, ancien garde-meubles des rois de France !!..

 

Lourd bilan

Entre le 10 août et l'entrée des troupes du général Leclerc le 25 août suivant, la Libération de la capitale aura causé la mort de 76 soldats de la 2e division blindée ainsi que de 901 résistants des FFI et de 3.200 Allemands (12.800 soldats allemands sont aussi faits prisonniers).

Parmi les drames les plus désolants, gardons en mémoire le souvenir de 35 jeunes gens qui avaient maladroitement confié à un agent double leur désir de combattre. Dans la nuit du 16 au 17 août, ils sont livrés par celui-ci à la Gestapo (police allemande) qui les fusille sans délai près de la cascade du bois de Boulogne.

Dans le secteur, les combats furent très violents comme en atteste la dizaine de plaques portant les noms des soldats de la 2e DB tués devant l'Hôtel de la Marine.

 

Le retour du drapeau français

Le 25 août 1944, le capitaine des pompiers Lucien Sarniguet et ses collègues de la caserne du 15e arrondissement de Paris décident de parer la ville Lumières de bleu, de blanc et de rouge. 

Ensemble, ils prennent le chemin de la tour Eiffel, gravissent les 1.700 marches qui mènent à son sommet.

Quelque 1.500 jours après, retirant le drapeau à croix gammée au profit d'un drapeau tricolore cousue en secret par les femmes des officiers à l'aide de draps teints, Lucien Sarniguet a pris sa revanche. En effet en juin 1940, Lucien Sarniguet avait été forcé par les nazis de retirer le drapeau français qui flottait sur la Dame de fer.

« Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !».

 

Sources :

"La Libération de Paris", par Jean-François Muracciole, éditions Tallandier.

Christine Levisse-Touzé, directrice du Musée du général Leclerc et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin.

Livre de Evelyn Mesquida, "La Nueve 24 août 1944 (éditions du Cherche-Midi).

Les amis d’Hérodote

 

 

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