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15 août 2024 4 15 /08 /août /2024 18:07
Général Jean de Lattre de Tassigny

 

Le 15 août 1944, à 8h, sur dix-huit plages entre Toulon et Cannes, les Alliés débarquent en Provence. Ce débarquement après ceux de Sicile et de Normandie comporte pour la première fois un contingent important de Français.  Ce puissant corps d'armée aux côtés des troupes anglo-saxonnes est constitué de 260 000 Français sous le commandement du général Jean de Lattre de Tassigny. 

Le débarquement proprement dit se déroule assez bien, car une bonne partie des troupes allemandes ayant été rappelées vers le front de Normandie, ouvert deux mois plus tôt. Toutefois, la prise de Marseille et de Toulon va se heurter à une forte résistance de l'occupant.  

 

Baptisé Anvil (« Enclume ») puis Dragoon (« Dragon »), le débarquement de Provence avait été évoqué une première fois à la conférence de Casablanca, (14-24 janvier 1943), par les chefs alliés Roosevelt et Churchill, en même temps que l'opération Overlord.

Finalement, le débarquement de Provence a été décalé de plus de deux mois, les Alliés ne disposant pas d'assez de bateaux de transport pour mener de front les deux opérations.

Le débarquement de Provence est placé sous le commandement du général Alexander Patch, qui commande la VIIe Armée américaine, et pour la première fois intervient également une véritable armée française, sous les ordres du général Jean de Lattre de Tassigny (Ceux-ci avaient été représentés par un commando de 177 hommes le 6 juin 1944, avant que ne débarque la 2e DB du général Leclerc le 1er août suivant).

 

Les Français à l'honneur

Chef de guerre charismatique, mais distant, aux manières de grand aristocrate, de Lattre s'est attiré le surnom de « roi Jean ».

Ayant rompu avec le régime de Vichy après l'occupation de la « zone libre », il est emprisonné, il s’évade et rejoint la France Libre et le général de Gaulle à l'automne 1943. C'est ainsi qu'il prend le commandement en Algérie de l'armée B, qui deviendra en septembre 1944 la 1ère Armée française.

Forte de 260 000 hommes, elle est constituée de volontaires de la France Libre et surtout d'anciens soldats de l'armée d'armistice, qui étaient aux ordres de Vichy (général Weygand du temps où il était gouverneur général d’Algérie).

Elle recense également des conscrits d'Afrique du Nord, « pieds-noirs » et musulmans à part égale. Pendant que les Anglo-Saxons s'engouffreront dans la vallée du Rhône, c'est elle qui va conduire l'assaut contre Toulon et Marseille.

Au sein de l'armée B, les troupes du général Joseph de Goislard de Monsabert, dont en particulier la 3e division d'infanterie algérienne (DIA), occupent une place à part.

Constituées de goumiers algériens et de tabors marocains, des troupes d'élite réputées pour leur endurance (et leur férocité) qui se sont déjà illustrées dans les combats d'Italie et notamment à la bataille du Mont-Cassin.

Monsabert est un chef de guerre d'un abord simple, au tempérament opposé à celui de De Lattre, ce qui n'empêche pas les deux hommes de s'entendre à merveille. Surnommé le « gentilhomme gascon », il se signale toutefois par une piété à toute épreuve, qui n’a rien à voir avec les anciens mousquetaires...

Sous le commandement de De Lattre, l'armée B, qui réconcilie la France collaborationniste « de Vichy » et la France résistante « de Londres », va donc débarquer par vagues successives sur les côtes de Provence, aux côtés des Anglo-Saxons.

 

Une progression plus rapide que prévu

Comme en Normandie, les Alliés ont soigneusement préparé le débarquement. 

Le soir du 14 août, la BBC émet à l'intention de la Résistance intérieure les phrases codées qui indiquent l'imminence de l'opération : « Nancy a le torticolis »« Gaby va se coucher dans l'herbe »« Le chasseur est affamé ». Les résistants attaquent sans attendre les voies de communication pour empêcher tout repli de l'occupant.

 

Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, neuf mille parachutistes anglo-saxons sous les ordres du général américain Robert T. Frederick, sont largués dans l'arrière-pays, entre les massifs des Maures et de l'Estérel. Ils assurent le contrôle des routes et marchent sans attendre vers Cannes.

Une solide couverture aérienne, permettra qu’à l’aube arrivent les premiers navires partis pour certains dès le 4 août, d'Afrique du Nord ou d'Italie du Sud, sans aucun ne soit coulé.               

En deux jours, 2200 bâtiments dont 85 navires de guerre amènent 115 000 hommes. L'assaut a été si rapide que les Allemands ont eu à peine le temps de réagir et l'on ne comptera que quelques dizaines de victimes parmi les Alliés.

Dès le 19 août 1944, les Allemands reçoivent de leur hiérarchie l'ordre de se replier, à l'exception des garnisons de Toulon et Marseille qui ont ordre de résister coûte que coûte.

 

Toulon et Marseille libérées

Les Américains du général Patch se dirigent à marches forcées vers la vallée du Rhône et font le 12 septembre 1944, à la hauteur de Dijon, leur jonction avec l'armée de Patton, venue de Normandie.

Pour les Français, le plus dur reste à faire.  À Toulon résistent dix-huit mille soldats de la Wehrmacht. Ils ne se rendront que le 26 août.  

À Marseille, la population se soulève dès le 19 août 1944, mais les Allemands, commandé par le général allemand Hans Schaeffer, qui tient la ville avec les 20 000 hommes de la 244e division, n'accepte pas de se rendre. Ils cesseront la résistance que le 28 août.

Les Français peuvent se féliciter d'avoir atteint leurs objectifs 13 jours après le débarquement alors que le commandement allié avait planifié 40 jours ! Dès le lendemain, le 29 août, le général de Monsabert, fervent catholique, fait célébrer un Te Deum devant la basilique de Notre-Dame de la Garde et salue la Vierge en ces termes : « C'est elle qui a tout fait ! ».

De Lattre, quant à lui, télégraphie au général de Gaulle un message plus prosaïque : « Aujourd'hui J+13, dans le secteur de mon armée, il ne reste plus un Allemand autre que mort ou captif. » 

Grâce à cette participation de l'armée française à la libération du continent, le général de Lattre ratifiera au nom de son pays la capitulation de l'Allemagne, le 8 mai 1945, à Berlin.

En attendant, son armée va poursuivre à bride abattue sa marche triomphale vers le Rhin. Rebaptisée 1ère Armée française le 1er septembre 1944, elle va au fil de son avancée accueillir dans ses rangs des combattants FFI et doubler ses effectifs jusqu'à atteindre 400 000 hommes. Dans le même temps, les soldats indigènes vont pour la plupart rentrer chez eux. L'Armée d'Afrique sera dès lors oubliée...

 

Sources documentaires :

Le débarquement de Provence a laissé peu de traces dans la littérature de la Seconde Guerre mondiale. Aussi cet article puise-t-il beaucoup dans l'excellent documentaire qu'a réalisé Christian Philibert pour FR3 : Provence, août 1944, l'autre débarquement (2014).

Texte André Lanéré (Les amis d’Hérodote)

 

 

 

 

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7 août 2024 3 07 /08 /août /2024 16:01

Le problème de l’informatique c’est les ‘ficelles’(câbles) comme disent les électriciens, ‘Y en a  de partout... clavier, souris, HP, etc … Alors Wi-Fi ou Bluetooth pour relier tout ce petit monde sans câble.

Le ou la ‘ Wi-fi’ s’appuie sur le réseau internet domestique. Il permet de créer un réseau local entre vos appareils (ordinateurs, console de jeux, imprimante, etc communiquent ensemble très facilement.

Wi-Fi n’est pas un acronyme ; derrière l’abréviation Wi-Fi se cache en fait Wireless Fidelity (littéralement « fidélité sans fil »). Promesse tenue depuis 1999, année de son lancement.

Le Bluetooth, quant à lui permet à deux appareils à proximités de communiquer facilement (smartphone avec ordinateur. Imprimante avec ordinateur. Smartphone avec écouteurs, etc, sur une bande de fréquence comprise entre 2,04 et 2,4480  Ghz)).

Bluetooth et son logo ont une origine qui allie histoire et symbole nordique.

Le nom de cette technique a été proposé en 1996 par un ingénieur d’Intel, Jim Kardach, travaillant sur le système développement qui allait permettre aux téléphones cellulaires de communiquer avec un ordinateur.

Il y a quarante ans, en 1994, au temps où Kardach a fait cette proposition, un homologue suédois de chez Ericsson à Lund, (créateur de la norme Bluetooth), lui avait parlé après avoir lu le roman historique ‘Orm le Rouge’ de Frans Gunnar Bengtsson, d’un souverain viking danois ‘Harald Bluetooth.

 

Le nom Bluetooth

Figure historique du nord de l’Europe au Xème siècle, le roi Haradl 1er Blåtand (en anglais Harald Bluetooth), est célèbre pour avoir fait adopter le christianisme, tournant ainsi le dos au culte d'Odin et de Thor.

Celui-ci devrait son surnom à une dent dévitalisée devenue bleue, ou selon d'autres sources à son goût immodéré pour les mûres et les myrtilles.

Qui est ce Viking au dents bleues, père de l'union de la Norvège avec le Danemark, qui durera bon an mal an jusqu'en 1814 ?

De ce monarque on ne sait presque rien, ni à quoi il ressemblait, ni ou il est enterré, tout juste sait-on qu’il est né vers 920, qu’il a succédé à son père vers 958 et que son fils Sven à la Barbe fourchue, l’a contraint à l’exil vers 980.

Les Vikings originaires de Scandinavie au nord de l’Europe, région composée de la Suède, de la Norvège et du Danemark.  Ils étaient connus pour leurs expéditions maritimes, leur culture guerrière et leur expansion territoriale à travers l’Europe et au-delà, entre le VIIIe et XIe siècle, pendant l’ère viking.

Notre viking danois Harald 1er dit Harald à la dent bleue est toutefois connu pour avoir réussi à unifier les tribus danoises au sein d'un même royaume, introduisant du même coup le christianisme.

Ironie du sort, c’est une flèche ennemie planté dans son postérieur qui causa dit-on son trépas. Triste fin pour un roi viking censé mourir les armes à la main pour rejoindre le Valhalla, royaume ou les valeureux guerriers décédés sont amenés… De toute façon le royal défunt est mort en chrétien et non en viking !

 

Le logo Bluetooth

Le symbole Bluetooth, est inspiré des initiales runiques superposées, « Hagall » () et « Bjarkan » ( ), les initiales de Harald Bluetooth en vieux danois.

La référence à l'histoire viking dépasse d'ailleurs le nom : car le logo du Bluetooth correspond à la superposition des deux runes (lettres d’un alphabet utilisé par les peuples germaniques et scandinaves anciens avant l’adoption de l’alphabet latin) proches d'un "H" et d'un "B", comme les initiales du souverain.

 

Ironie de l’histoire

Près de trente ans après avoir choisi le nom de Bluetooth pour leur technologie, ses créateurs ont officiellement reçu l'autorisation du Danemark d'utiliser le nom de son ancien roi, Harald Ier.

À l'ombre de la célèbre pierre runique de Jelling, le Danemark a autorisé mardi 10 octobre 2023 les inventeurs de la technologie Bluetooth à utiliser le nom et le symbole du roi viking, Harald à la dent bleue, pour le millénaire à venir :

"Dans un esprit de bonne volonté et de coopération, nous vous autorisons par la présente à continuer à utiliser le nom, Harald Bluetooth, pour les 1 000 prochaines années", a indiqué dans une déclaration symbolique le musée de Jelling, dont dépend les pierres runiques éponymes qui racontent l'histoire du grand roi et de sa famille.

Harald à la dent bleue, unificateur des tribus danoises.

 

"Après un quart de siècle de merveilles sans fil, nous regrettons sincèrement de ne pas avoir demandé votre permission avant d'emprunter le nom Bluetooth pour notre technologie sans fil révolutionnaire", ont dit les inventeurs, déplorant "un geste plutôt insolent de notre part".

"L'idée derrière cette nouvelle technologie était qu'elle devait connecter et unifier. Tout comme Harald Bluetooth l'a fait lorsqu'il a unifié le Danemark et la Norvège", avait expliqué l'un des inventeurs, Jim Kardach, en donnant le nom ‘Bluetooth’.

Ce choix du nom et du symbole représente la capacité de la technologie Bluetooth à rassembler et connecter des appareils, entre eux, comme le roi Harald a unifié les tribus danoises.

 

 

 

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18 juillet 2024 4 18 /07 /juillet /2024 21:06

 

Cette année nous fêtons les 110 ans de l’impôt sur le revenu.

L’idée d’un impôt sur le revenu remonte au XVIIe siècle, avec la capitation

Sébastien Vauban, (Sébastien Le Preste, marquis de Vauban -1633/1707), propose en 1707 une dîme royale sur les revenus, dont le taux de prélèvement varierait de 5 à 10%. Mais son projet est enterré par Louis XIV.

Il faut attendre Léon Gambetta, en 1876, pour que l'idée d'un impôt général sur le revenu refasse surface, en complément des impôts et taxes habituels sur le foncier, les portes et fenêtres etc.

 

L'impôt unique

En 1906, Joseph Caillaux (député de la Sarthe), ministre des Finances dans le gouvernement de Georges Clemenceau, préconise un impôt unique sur l'ensemble des revenus sans distinction (salaires, retraites, revenus agricoles et industriels, rentes...), avec un taux de 4% pour les revenus fonciers, 3,5% pour les revenus industriels et 3% pour les revenus agricoles, avec seulement un abattement pour épargner les revenus les plus modestes. (Il y a déjà au moins un précédent en Allemagne, avec une loi de 1891 qui institue un impôt progressif sur le revenu des personnes physiques avec des taux de 0,6 à 4%).

Après des débats mémorables, le nouvel impôt est voté par la Chambre des députés (388 voix contre 129) le 9 mars 1909. Mais il est rejeté par le Sénat, qui a le souci de ménager son électorat rural. Pour le ministre des Finances, ce n'est que partie remise.

 

 

​​​​​​​Retour de l'impôt

Devenu à l'automne 1913 le chef du parti radical-socialiste, Caillaux est donné vainqueur des élections législatives de mai 1914 avec dans son programme ce fameux impôt et également l'abolition de la « loi des trois ans » ou « loi Barthou », voulue par le camp adverse et son chef de file Raymond Poincaré.

La droite engage alors contre lui une campagne très dure, incluant la publication par Le Figaro de sa correspondance intime. Son épouse Henriette Caillaux, désespérée par la crainte du déshonneur, tue le directeur du journal, Gaston Calmette. Du coup, Joseph Caillaux se met en retrait de la politique afin de préparer la défense de sa femme au procès prévu du 20 au 31 juillet 1914 (Malgré son absence, son parti gagne comme prévu les élections avec le Bloc des gauches).

 

Vote de l'impôt sur le revenu

Le président de la République Raymond Poincaré obtient de la majorité parlementaire et appelle à la Présidence du Conseil, René Viviani, un socialiste indépendant, homme affable et nullement informé des affaires internationales.

Raymond Poincaré ne va pas avoir de difficulté à négocier avec lui un compromis sur la loi des trois ans et l'entraîner à ses côtés dans la course à la guerre.

Les députés du Bloc des gauches acceptent la loi Barthou du 19 juillet 1913 (service militaire de 3 ans au lieu de 2) et, en contrepartie, les sénateurs acceptent l'article de la loi des finances qui énonce : « Il est établi un impôt général sur le revenu ». Le débat s'ouvre au Sénat le 3 juillet 1914, quelques jours après l’attentat de Sarajevo, dont personne n'imagine encore les tragiques conséquences.

L’impôt progressif sur le revenu est adopté par la Chambre des députés le 15 juillet 1914.

 

Un impôt indolore

L'impôt progressif sur le revenu mis en place par la France en 1914 concerne tous les résidents. Selon l'article 8 de la loi : « Chaque chef de famille est imposable, tant en raison de ses revenus personnels que de ceux de sa femme et des autres membres de la famille qui habitent avec lui »

C’est un impôt inédit est doublement révolutionnaire, par le fait qu'il touche tous les revenus (immobilier et foncier, industrie et commerce, agriculture) et qu'il est progressif (le taux d'imposition croît à mesure que le revenu imposable s'élève).

 

Le nouvel impôt présente un taux d'imposition de 2% sur la fraction du revenu supérieure à 25 000 francs/an, des 4/5e de ce taux sur la tranche du revenu comprise entre 20 000 et 25 000 francs, des 3/5e entre 15 000 et 20 000, des 2/5e entre 10 000 et 15 000, d'1/5e entre 5 000 et 10 000. La part du revenu inférieure à 5 000 francs/an n'est pas imposée. Chaque contribuable bénéficie aussi d'abattements pour les personnes à charge, etc !

 

Mais contrairement au souhait initial de Joseph Caillaux, cet impôt ne se substitue pas aux autres impôts directs, il vient en complément des « quatre vieilles » qui remontent à la Révolution : contributions foncière, mobilière, patente et impôt sur les portes et fenêtres. Ce dernier a aujourd'hui disparu tandis que les autres ont changé de nom. La patente est devenue taxe professionnelle, la contribution mobilière s'appelle taxe d'habitation et la contribution foncière est devenue taxe foncière.

Qui plus est, un impôt cédulaire s'ajoute le 31 juillet 1917, en pleine guerre, à l'impôt général sur le revenu. Il s'agit d'un impôt variable selon le type de revenu déclaré sur la « cédule » (feuille d'imposition) : bénéfices industriels et commerciaux, bénéfices agricoles, bénéfices non commerciaux et revenus des valeurs mobilières. Il va disparaître en 1948.

 

 L’IRPP

Un siècle plus tard, l'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) a grossi jusqu'à représenter en 2013 70 milliards d'euros (Un quart des recettes de l'État mais à peine la moitié des recettes de la TVA.

 L’IRPP, compte quatre tranches d'imposition avec des taux de 14, 30, 41 et 45%. (à peine 45% des foyers fiscaux paient encore cet impôt).

 

Utilité marginale et progressivité de l'impôt

Le principe de la progressivité de l'impôt dérive de la théorie de l'utilité marginale développée par Alfred Marshall (1842-1924) selon laquelle tout franc supplémentaire procure à son détenteur une utilité moindre que le franc qui l'a précédé. Les hauts revenus ont de ce fait une utilité marginale beaucoup plus faible que les bas revenus : le riche peut non seulement combler ses besoins vitaux mais aussi satisfaire des plaisirs tout à fait superflus et futiles tandis que le pauvre a tout juste assez de son revenu pour nourrir sa famille.

Un impôt strictement proportionnel au revenu reviendrait à enlever au riche seulement un peu de superflu et priver le pauvre de satisfactions vitales... 

Si l'on veut donc que chaque contribuable soit également pénalisé par l'impôt, il faut que celui-ci soit proportionnellement plus élevé pour les hauts revenus.

 

Sources : Les amis d’Hérodote -  Site Gouv.fr – ‘que sais-je’ : Histoire de l’impôt (Henry Laufenburger)

 

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14 juillet 2024 7 14 /07 /juillet /2024 14:54
Charles Cunningham Boycot (1832-1897)

Boycott.

Lors des recherches généalogiques, on trouve en permanence des homonymes, alors il faut vérifier, revérifier les sources… Bref, ça gonfle un peu et une pause « généalogique » s’impose. C’est alors que mes amis disent « Tu boudes ? Non je « boycotte » (éponyme) … pour le moment !! Derrière ce mot, il y a un nom : Charles Cunningham Boycott.

 

Charles Cunningham Boycott

Né le 12 mars 1832 à Burgh St Peter dans le Norfolk, il a d'abord servi comme capitaine d'infanterie.

Peu après son incorporation, son régiment quitte l'Angleterre pour l’Irlande à Belfast, puis à Dublin. De retour à la vie civile, il choisit de rester en Irlande et s'établit sur l'île d'Achill, puis à Lough Mask, dans le comté de Mayo ou il administre des terres pour le compte de lord Erne. Ce dernier recherchant un intendant pour administrer les 1500 acres de terre (Une acre : superficie d’environ 40,47 ares) qu’il possède dans le comté de Mayo (sur la côte Ouest de l’Irlande). Boycott est anglais, ancien militaire de surcroît, ce qui encourage le Duc à lui confier ce poste.

 

Tout commence en 1873.

A l’époque, la plupart des terres irlandaises appartiennent encore à l’aristocratie et à la haute bourgeoisie, qui s’enrichissent en les louant aux fermiers locaux. Au service du Duc, Boycott a alors pour tâche de percevoir les loyers des exploitants agricoles. Il se rémunère lui-même en prélevant un pourcentage de cette somme. C’est une aubaine pour l’ancien capitaine, car a cette position confortable viennent s’ajouter 629 acres de terre dont il peut disposer lui-même, ainsi qu’une vaste maison accompagnée de dépendances.

L’arrivée de Boycott est très mal perçue par les fermiers irlandais. D’un tempérament obtus, le nouvel intendant se fait rapidement haïr de la population locale à cause de sa rudesse et des règles sans cesse plus draconiennes qu’il impose aux exploitants agricoles.

 

Automne 1880.

Les récoltes sont désastreuses. lord Erne propose une réduction des loyers de 10 %, alors que les fermiers réclament une révision de l'ordre de 25 %. Rompu à la discipline militaire, Boycott ne cède rien dans les négociations. Son obstination déclenche une insurrection locale. Les employés de l’intendant, qui chaque année passaient de ferme en ferme pour percevoir les loyers, sont attaqués à vue par la population. Boycott fait appel à la police et à l’armée, qui interviennent pour forcer les fermiers à payer leur loyer.

 

Face à  cette brutalité, la population se trouve contrainte d’imaginer une autre forme d’action collective qui lui permettrait de faire plier l’intendant sans déchaîner la violence des policiers et des soldats.

Les fermiers s’interrogent : plutôt que de continuer à harceler les percepteurs de Boycott, pourquoi ne pas s’en prendre directement à lui ? C’est une bonne idée, mais l’intendant est sous protection de la police !

Alors les fermiers irlandais ont une idée géniale : Boycott se cache ? Tant mieux, on va le « boycotter » (le verbe « boycotter » fera son entrée dans le dictionnaire anglais en 1888 et en1889 en France).

 

En quelques jours, les fermiers du Comté de Mayo s’organisent pour isoler complètement l’intendant, en refusant collectivement de les servir lui et sa famille. Les fermiers se mettent en grève, ils refusent de travailler ses terres ; les commerçants de la région refusent de lui vendre nourriture et biens de première nécessité ; les cochers de le transporter ; le facteur de lui livrer son courrier. Dans les pâtures, on abat ses murs, on fait fuir son bétail. Dans la rue on l’insulte et on lui crache au visage. C’est tout le Comté qui se dérobe sous les pieds du capitaine Boycott.

 

La police, qui pouvait s’en prendre à la population lorsque celle-ci manifestait, n’a plus aucun moyen de protéger l’intendant contre l’opprobre générale dont il est la victime.

En quelques semaines, Boycott se trouve à ce point isolé qu’il peine à nourrir sa propre famille. Ses terres sont à l’abandon, il doit se résoudre à labourer lui-même ses champs, sous protection militaire.

 

Il faut sauver le soldat Boycott.

Le sort de Boycott ne laisse pas la bourgeoisie indifférente. Craignant la faillite, l’ancien capitaine a réussi à faire parvenir une dépêche au London Times et au Dublin Daily Express, qui ont lancé un appel aux dons et aux volontaires. De son côté, le Duc d’Erne a reçu de nombreux messages de soutien, notamment de la part d’une fraternité protestante (les « Orange Men ») qui se propose de se rendre sur place pour moissonner. Le Duc décide donc de monter une expédition pour voler au secours de son intendant. C’est la « Boycott relief expédition ».

 

Cinquante volontaires arrivent chez Boycott le 12 Novembre 1880, escortés par une compagnie de 900 soldats. La troupe est trempée jusqu’aux os, les conducteurs de charrette locaux ayant refusé de transporter le convoi de la gare jusqu’aux champs. De même, les aubergistes ont refusé de louer leurs chambres. Tout ce petit monde doit donc dormir sous des tentes de fortune, dans des granges ou des abris à bateaux.

Les volontaires sous escorte mettent deux semaines à moissonner les champs de Boycott. A leur départ, le terrain est méconnaissable. Les mouvements de troupe ont transformé les chemins et les pelouses en un magma boueux. Des moutons ainsi que du matériel agricole ont disparu.

Au final, le coût total de l’opération s’élève à 10.000 £, pour une récolte dont la valeur n’excède pas les 350 £. C’est un fiasco. Excédé, anéanti, l’intendant fait ses valises et retourne en Angleterre. Les fermiers ont gagné !

Charles Cunningham Boycott, décède le 19 juin 1897 à Flixon dans le Suffok, sans jamais plus faire parler de lui. Toutefois il vécut assez vieux pour mesurer la popularité de cette pratique immémoriale à laquelle son nom restera attaché.

 

Le Boycotte n’a pas commencé en 1880

Les tactiques d’isolement, de rejet, d’excommunication, de blocus ou de défection sont utilisées depuis toujours dans les rapports de force entre groupes humains. Par exemple, au Moyen- Âge, les commerçants pouvaient collectivement refuser de se rendre à une foire afin de faire pression sur la seigneurie locale et la contraindre à mieux entretenir les routes. Si l’on remonte dans le temps, on peut même trouver des premiers exemples de « boycotte », comme en -322 avant JC, où la cité d’Athènes refusa de participer aux Jeux Olympiques suite des accusations de tricherie ciblant l’un de ses athlètes.

 

 

 

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10 juin 2024 1 10 /06 /juin /2024 16:03

 

 

Histoire hors du commun des deux premiers soldats libérateurs de la France les 5 et 6 juin 1944.

Le caporal Émile Bouétard et le GI Harold Baumgarten

Stèle à la mémoire d'Emile Bouétard (Plumelec - 56)

 

Émile Bouétard, un marin devenu parachutiste

Le caporal Émile Bouétard fut le premier français à tomber lors du Débarquement de Normandie en 1944. Retour sur son parcours.

Émile Bouétard naît le 4 septembre 1915 à Pleudihen-sur-Rance dans les Côtes-d’Armor. À l’âge de 13 ans, ce fils d’agriculteur s’engage dans la marine marchande puis, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est mobilisé dans la Marine nationale.

En juin 1940, après l’armistice, il retourne un temps dans son village natal désormais en zone occupée. Mais, il n’accepte pas la défaite. Ses convictions le poussent finalement à répondre à l’appel du général de Gaulle.

 

Après un long périple commencé en janvier 1942 et qui le mène au Maroc puis aux États-Unis, il arrive en Angleterre en janvier 1943 et s’engage dans les Forces navales françaises libres. Il décide fina­lement de devenir parachutiste, « le meilleur moyen, selon lui, d’arriver les premiers en France ». Pour ce faire, le 25 février 1943, il incorpore les Forces aériennes françaises libres et rejoint le 4e Bataillon d’infanterie de l’air (BIA) stationné à Camberley, aux abords de Londres.

 

En janvier 1944, aux côtés d’unités d’élite britanniques et belges, le 4e BIA intègre la « Special Air Service Bri­gade » chargée de préparer ces soldats à sauter en France pour encadrer le soulèvement des maquisards destiné à soutenir le débarquement en Normandie.

Émile Bouétard découvre alors le rude entraînement des commandos parachutistes dispensé en Écosse, dont il finit par arriver à bout. Âgé de 28 ans, il se voit affubler du surnom de « vieux » par ses jeunes camarades.

 

Les premiers sur le sol français

Dans la nuit du 5 au 6 juin, deux bombardiers Short Stirling décollent de Fairford (Gloucestershire), direction la Bretagne, avec à leur bord 36 parachutistes répartis en 4 groupes (« sticks »). Deux sticks doivent sauter dans les Côtes-d’Armor (opération Samwest) tandis que les groupes Pierre 1 et Pierre 2 des lieutenants Marienne et Delpante doivent atteindre Plumelec dans le Morbihan (opération Dingson).

Ces derniers, auxquels appartient le caporal Bouétard, devront ensuite effectuer une marche de quelques kilo­mètres en territoire ennemi pour rejoindre le maquis de Saint-Marcel.

Aux premières heures du Jour J, l’avion d’Émile Bouétard arrive au-dessus de la zone de saut.

Le lieutenant Deplante se souvient : « Près de la trappe et par le beau clair de Lune, je vois défiler toute proche sous moi notre chère terre de France. » Une lumière verte s’allume : les 18 hommes s’élancent.

Après l’atterrissage, le caporal Bouétard et un trinôme radio ont pour mission de se camoufler et d’attendre le reste du commando parti à la recherche du matériel parachuté par le Stirling.

 

Une fin tragique

Toutefois, à peine ont-ils le temps de fouler le sol breton qu’ils sont découverts par l’ennemi. Le combat s’engage mais tourne rapidement à leur désavantage. À court de munitions, les quatre Français sont faits pri­sonniers. Blessé à l’épaule, Émile Bouétard est sommairement assassiné entre 0 heure 40 et 1 heure 30 du matin.

Il est le premier mort français de l’opération Overlord et le troisième des forces alliées après les Britanniques Den Brotheridge et Fred Greenhalgh tombés quelques instants plus tôt aux abords du pont de Bénouville sur le canal de l’Orne.

Les 14 autres commandos des deux sticks parviendront à rejoindre Saint-Michel sans encombre.

 

 

Harold Baumgarten le GI débarqué sur Omaha Beach

 

Médaille commémorative des 80 ans du débarquement. (1/1 once or - La maison Veravelor.com

 

Harold Baumgarten

Hommage à Harold Baumgarten qui fut l’un des premiers GI à débarquer sur Omaha Beach

Le 6 juin 2024 marque le 80ᵉ anniversaire du Débarquement et de la bataille de Normandie. L’occasion de rendre hommage aux hommes qui ont combattu pour la libération de la France dont l’un des premiers à débarquer sur Omaha Beach : Harold Baumgarten.

 

Retour sur la folle histoire de ce soldat américain.

Le 6 juin 1944, à 6h30, Harold faisait partie des nombreux GI qui posèrent le pied sur les plages françaises, aux côtés de la compagnie B/116 de la 29ᵉ division. À tout juste 19 ans, ce New-Yorkais a fait face aux tirs allemands dès son arrivée.

Dès le début du combat, un éclat d’obus traversa sa joue, faisant chanceler cette jeune recrue. Malgré tout, il puisa en lui ses dernières ressources et trouva le courage de se relever.

Trois heures plus tard, un autre éclat vint le frapper à la tête avant qu’une autre balle ne transperce son pied gauche.

À minuit, Harold était encore au front. Un obus vint alors creuser sa lèvre et sa mâchoire. Une patrouille américaine le retrouva laissé pour mort le lendemain…

 

Lors de son évacuation jusqu’à la plage, il fut touché une cinquième fois, cette fois-ci au genou. Soigné en Angleterre, il subira pas moins de vingt-trois opérations chirurgicales pour être sauvé.

Au fil d’une longue convalescence, ce héros de guerre a ressenti un nouvel appel, une vocation à consacrer sa vie à la guérison plutôt qu’à la destruction.

C’est avec une détermination sans équivoque et un mental d’acier qu’il entreprit des études de médecine, transformant ainsi sa passion pour le service en un engagement sacré.

Devenu médecin, il a continué à faire preuve d’un courage et d’une compassion remarquable, sauvant des vies et apportant un soulagement là où il y avait de la douleur.

Harold Baumgarten s’est éteint le jour de Noël, le 25 décembre 2016, à l’âge de 91 ans.

 

 

Cette incroyable histoire témoigne de la bravoure et la résilience dont ont fait preuve ces hommes, risquant, sacrifiant, leur vie pour protéger notre liberté ! Un temps fort que la maison de Haute Monnaie VeraValor a souhaité graver dans l’or, en créant une pièce de 1/10e d’once en or pur. Plus d’infos sur veravalor.com.

 

Sources :

Émile Bouétard : Texte intégral de Thierry Sabot, édité dans la gazette du Web, mercredi 5 juin 2024. Site www.histoire-genalogie.com

 

Harold Baumgarten : Texte rédigé par l'adjudant-chef Jean-Paul Talimi, rédacteur au CESA

La page dédiée à Harold Baumgarten sur le site The National WWII Museum (en anglais).

 

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7 juin 2024 5 07 /06 /juin /2024 07:52
Affiche de propagande

Grandes absentes des livres d’histoire, les Merlinettes ont pourtant contribué à la victoire des Alliés et ouvert la voie à la féminisation de l’armée.

Au lendemain du débarquement américain en Afrique du Nord en novembre 1942, l’armée française se recompose et reprend les armes aux côtés des Alliés. Le colonel Merlin décide de créer le Corps féminin des transmissions (CFT), un service qui vise à libérer autant d’hommes que possible pour les envoyer combattre auprès des Forces françaises libres.

 

Il met en place une campagne de recrutement qui n’avait jusque-là, jamais été réalisée. Par voie d’affichage en Afrique du nord française, il inscrit des slogans tel que : « Pour libérer la France, Françaises, venez au Corps Féminin des Transmissions » ou « Françaises, engagez-vous dans les Transmissions ».

La campagne porte ses fruits, 1275 opératrices sont recrutées et formées comme radio, téléphoniste, télétypiste, radio/secrétaire d’analyse, électriciennes, réparties au sein des trois armes.

 

Selon l’historien Luc Capdevilla, c’est la première fois qu’un corps spécifique de femmes soldats, sans mission qui relèvent d’un corps traditionnel est créer. Auparavant les femmes au sein de l’armée se trouvaient dans le domaine de la santé (infirmières, ambulancières) ou secrétaires.

Après une formation,150 d’entre elles sont engagées, au niveau corps d’armée et supérieur, sur le théâtre d’opérations en Tunisie en mars 1943, puis intègrent le Corps expéditionnaire français en Italie (CEF).

 

Au 1er mars 1944, les Merlinettes sont plus de 2000 (environ 1095 pour l’armée de terre dont 37 officiers et 121 sous-officiers et 400 pour l’armée de l’air).

Elles débarquent à Naples et progressent avec les Forces Françaises du général Juin, lors de la campagne d’Italie. Participent à la bataille de Monte Cassino, à celle du Garigliano et à la libération de Rome pour atteindre ensuite Sienne, ou elles participent au défilé du 14 juillet 1944.

 

Le 9 août, celles du Corps expéditionnaire rembarquent à Tarente sur la côte Ionique et le 16 août, elles débarquent à St Tropez, lors du débarquement de Provence. Certaines Merlinettes , sous les ordres du général de Lattre de Tassigny vont participer à la campagne  de l’armée, de la Provence à Strasbourg, puis après le franchissement du Rhin, à l’avancée sur Sigmaringen. Après l’armistice, les unités de transmissions du CFT s’arrêtent définitivement à Innsbruck, en juillet 1945.

Le général Carpentier, chef d’état-major du CEF, leur rendra hommage : « Dans des circonstances extrêmement dures, le personnel féminin des transmissions a été admirable ». Le général de Lattre de Tassigny dira : « Les volontaires féminines de la 1ère Armée (…) ont fait preuve d’un dévouement souriant, d’un zèle sans défaillance, certaines même d’un héroïsme magnifique. Elles peuvent être fières de la part qu’elles ont prises à notre victoire. »

 

Parachutages en zone occupée

Certaines Marlinettes ont été envoyée à Londres pour leur formation (opératrices d’écoute, standardistes et interprètes) et intègrent ensuite les opérations du Special Operations Executive (SOE) britannique.

 

Une dizaine d’entre elles, héroïques, ont même rejoint les services spéciaux pour être parachutées dans la France occupée à l’été 44. Seules quatre ont survécu, les autres ont été exécutées

C’est le cas d’Eugénie Mélika-Djendi. Après avoir appris les rouages de la topographie et participé à des séances de tirs et de maniement d’explosifs, elle devient opératrice radio à Londres avant d’être parachutée en France occupée. Trahie par un membre du réseau censé l’accueillir, elle est arrêtée par les nazis dès son atterrissage à Sully-sur-Loire (Loiret). Internée à Fresnes, elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück où elle sera exécutée le 15 janvier 1945 à seulement 21 ans,

 

Un sort tout aussi tragique est réservé à Élisabeth Torlet, originaire de Bordes dans le Loiret, qui rejoint le Corps féminin des transmissions en 1943. Parachutée dans le Doubs le 5 septembre 1944, la résistante est capturée par les Allemands quelques heures seulement après son arrivée sur le sol français. Elle est assassinée un jour plus tard, à l’âge de 29 ans.

 

Misogynie de l’histoire

Une participation de l’histoire passée à la trappe.

Peu de temps après l’issue victorieuse du conflit, ces braves rendent l’uniforme et retournent à leurs foyers. Bien qu’elles aient participé à la libération de la France et à l’avancée vers l’Allemagne et l’Italie, les Merlinettes restent longtemps anonymes. Comme le prévoyait le colonel Merlin, devenu général, et à qui l’on doit cet adage paternaliste : « Hier femmes soldats que tous doivent respecter, puissent-elles être demain des épouses et des mères heureuses. »

 

Il aura fallu qu’un homme, Jean-Georges Jaillot-Combelas, neveu d’une Merlinette : Suzanne Combelas.Il s’est donné pour mission de faire connaître l’histoire de ces résistantes, oubliées des manuels historiques. Tout en poursuivants ses recherches, il parcours la France pour que des stèles et monuments commémoratifs rendent hommage à ces parcours héroïques.

Le 6 octobre 2023, une stèle du souvenir a été dévoilée en leur mémoire au musée de la résistance et de la déportation de Lorris, au cœur de cet ancien maquis du Loiret.

« C’est la première fois que la République rend hommage aux Merlinettes à travers la présence d’un membre du gouvernement(la secrétaire d’État chargée des anciens combattants et de la mémoire, et des descendants des familles). C’est un signe fort qui s’adresse à toutes ces femmes que la misogynie de l’histoire a savamment oubliées », a relevé le général François Mermet, président d’honneur de l’amicale des anciens des services spéciaux de la défense nationale.

« Il est juste que cette plaque rappelle à notre pays ce qu’il doit aux Merlinettes, a de son côté déclaré la secrétaire d’État. Elles sont des modèles absolus de bravoure, il nous reste leur histoire, sachons-nous en souvenir. »

La veille, le 5 octobre, un hommage a été rendu aux deux Merlinettes de la région, Eugénie Djendi et Elisabeth Torlet.

 

Hommage à la dernière Merlinette

En février 2020, Antoinette Trobs, recevait la légion d’honneur (75 ans après les faits de guerre !!). Au cours de la cérémonie, Bernard Noël, Président de l’association des retraités militaires du Doubs, lui rend hommage en ces termes : « Sans arme mais pas sans larme », les 1.400 premières femmes soldats de l’armée de terre « ont, comme les hommes, découvert la peur, la fatigue, le danger et parfois la mort » …

« Tolérées plus qu’acceptées » dans ce « monde très masculin », où leur présence « était souvent jugée incongrue », les Merlinettes n’ont pas toujours eu la reconnaissance méritée. Cette Légion d’honneur rétablit, bien tardivement, un semblant de justice.

« L’histoire est un tout, et elle continue. Grâce à vous, on voit aujourd’hui ce fil conducteur qui nous lie tous », salue le général Blachon, commandant de la première Division.

Esprit clair mais jambes fatiguées, la Merlinette du Saugeais a tenu à recevoir sa Légion d’honneur debout. Comme une grande, une très grande dame.

 

Sous les bombes, « on se couchait et on priait »

Antoinette Trobs, alias ‘Blondie’ (son surnom de guerre) a traversé l’Italie. Vécu la galère de Monte Cassino. « Quand on entendait les bombes exploser, on se couchait et on priait », raconte "Blondie". Les bivouacs dans les cendres du Vésuve. Puis le débarquement à Saint-Tropez. « Les plages étaient minées, ça pétait de temps en temps », se remémore-t-elle. Suivent les combats dans l’arrière-pays niçois. Les affrontements en Forêt-Noire, contre « les derniers fanatiques nazis ». Deux années d’enfer.  Enfin les retrouvailles avec ses parents à Besançon, dont elle était sans nouvelle depuis quatre ans.

Antoinette Trobs, est décédée le 27 avril 2021, dans sa région natale du Haut Doubs.

 

Sources : Ministère des armées – L’Est Républicain – site internet cailloutendre.fr

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3 juin 2024 1 03 /06 /juin /2024 21:13

Geneviève de Galard, L’ange de Diên Biên Phu ”, viens de nous quitter à l’âge de 99 ans (jeudi 30 mai).

Pour les combattants de Diên Biên Phu, elle restera la plus pure incarnation des vertus héroïque de l’infirmière française.

Retour sur cette tragédie.

Pensé par le général Navarre comme une base offensive au nord-ouest du Tonkin pour couper la route du Laos aux combattants Viêt-Minh Diên Biên Phu devient vite un camp retranché de 17 kilomètres sur 5. En janvier 1954, Mao veut qu’Hô Chi Minh soit en position de force pour les négociations de Genève. Son appui militaire colossal change complètement le rapport de force : des camions soviétiques transportent deux cents canons que les Vietnamiens terminent d’acheminer à pied à travers la jungle.

 

À partir du 5 février 1954, les 15 000 hommes commandés par le colonel de Castries, secondé par les colonels Langlais et Bigeard, sont encerclés par plus de 80 000 Viêt-Minh, sous les ordres du général Võ Nguyên Giáp. Le camp installé dans la plaine est entouré par les positions françaises fortifiées, sur des collines, baptisé de prénoms féminins : Gabrielle, Anne-Marie et Béatrice au nord ; Dominique, Éliane à l’est ; Huguette, Françoise, Claudine et Junon à l’ouest ; Isabelle au sud. L’assaut commence le 13 mars, la défense puis la chute de ces fortins rythment la bataille. Le sacrifice des soldats français n'aura pas suffi : le commandement exige l'arrêt des combats et le 7 mai 1954, les Français se rendent.

 

Geneviève de Galard

Elle obtient le diplôme d’État d’infirmière en 1950, puis réussit en 1952 le concours de convoyeuse au sein de l'Armée de l'air.

A sa demande, elle est affectée en Indochine à partir de mai 1953, au cœur de la guerre qui oppose les forces françaises à celles du Viêt-Minh.

Stationnée à Hanoï, elle opère des évacuations sanitaires par avion à partir de l'aéroport de Pleiku et participe aux évacuations de la bataille de Dien Bien Phu, principalement des soldats souffrant de maladies.

 

A partir de mi-mars 1954, les avions (Dakota) sanitaires de la Croix-Rouge doivent se poser au milieu des barrages d'artillerie Viêt-Minh, et le destin va faire d’elle la seule femme de l’armée française présente à Dien Bien Phu jusqu’à la fin des combats.

Le 28 mars 1954 vers 5 h 45, le commandant Blanchet arrive avec son équipage et Geneviève de Galard au-dessus de Dien Bien Phu où il tente d'atterrir sur la courte piste du camp retranché mais l'atterrissage est trop long et le moteur gauche de l'avion est sérieusement endommagé.

Les réparations ne pouvant s'effectuer sur place du fait des conditions (terrain inapproprié́), l'avion est abandonné. A l'aube, l'artillerie Viet Minh le détruit ainsi que la piste, l’avion ne redécollera jamais.

 

Geneviève de Galard se porte alors volontaire pour servir comme infirmière dans l'hôpital de campagne. Bien que le personnel médical masculin soit initialement hostile, lui fait finalement des adaptations de logement pour elle et lui arrange également un semblant d'uniforme à partir de bleus de travail camouflés, de pantalon, de chaussures de basket-ball et d'un t-shirt.

Avec le commandant, le docteur Pau Grauwin dirige l’antenne médicale dans un abri souterrain dont chaque bombardement fait trembler les parois de terre, dans la chaleur, l’humidité et la boue, Geneviève de Galard soigne jusqu’à deux cents soldats.

Le ravitaillement ne se fait plus que par largages, on manque de tout, sauf de courage. Elle brave les bombardements pour franchir les tranchées et les barbelés, rejoindre les abris les plus éloignés, apporter nouvelles, médicaments, tabac.

« Dans ce souterrain de toutes les détresses, je fais les soins, les piqûres, les pansements et je distribue les médicaments. Je me rends compte de l’importance de la présence d’une femme au plus fort de la bataille. Je suis un peu la mère, la sœur, l’amie. », dira-t-elle plus tard.

 

Avec une vingtaine de prostituées du BMC, (vietnamiennes, thaïlandaises) et autres qui l’aident à l’hôpital, elle fait de son mieux dans des conditions sanitaires dérisoires, consolant les mourants et essayant d'entretenir le moral face aux pertes humaines.

Elle refait des pansements à la lumière de lampes de poche, administre des piqûres au Phénergan, réconforte les blessés, des hommes souvent plus jeunes qu’elle au regard « d’enfants égarés »

« Quand vous descendez dans mon abri, mon moral remonte de 100 % », lui murmure l’un des blessés. « Quand ce sera fini, Geneviève, je vous emmènerai danser », lui promet un légionnaire, amputé des deux bras et d’une jambe.

« Le bruit des bombardements était infernal et, lors de l’accalmie du matin, on savait que d’autres brancards allaient nous arriver », raconte-t-elle en 2014 à l’AFP. Parfois, il n’y a plus rien à faire. Certains meurent dans ses bras. Diên Biên Phu devient un cimetière à ciel ouvert pour environ 3 000 soldats français.

 

Jusqu'au dernier combat, début mai 1954, elle sert comme infirmière dans l'hôpital de campagne du médecin Paul Grauwin. Son abnégation et sa douceur seront gravées pour toujours dans la mémoire des survivants. « Le Dr Grauwin m'a confié les 40 blessés les plus graves. Parmi eux, Simon Marie, 19 ans, blessé par une grenade, qui va perdre la vue et sera amputé de plusieurs doigts. Ou le lieutenant Robert Chevalier du bataillon Bigeard, touché à la moelle épinière, qui va succomber à la paralysie. “Geneviève, promettez-moi que je ne vais pas mourir ?” me demande-t-il de plus en plus angoissé. On ne peut qu'atténuer ses souffrances. Je l'accompagne jusqu'au bout. C'est un de mes souvenirs les plus terribles », confiait-elle.

Alors que les combats font toujours rage dans cette bataille où l'honneur le dispute à l'héroïque, Geneviève de Galard est faite chevalier de la Légion d'honneur par le commandant du camp de Dien Bien Phu, le général de Castries : sa citation à l’ordre de l’Armée « A suscité l’admiration de tous par son courage tranquille et son dévouement souriant. D’une compétence professionnelle hors pair et d’un moral à toute épreuve, elle fut une auxiliaire précieuse pour les chirurgiens et contribua à sauver de nombreuses vies humaines. Restera pour les combattants de Dien Bien Phu, la plus pure incarnation des vertus héroïques de l’infirmière française. ». Preuve du respect, qui a pu confiner à la dévotion, elle a été nommée légionnaire honoraire le lendemain, anniversaire de la bataille de Camerone.

 

Le 7 mai 1954 à 17 heures, lorsque les français se rendent (sur ordre du commandement militaire de Hanoï), Geneviève de Galard est faite prisonnière, et évacuée vers Hanoï

10 000 soldats seront faits prisonniers, torturés ou affamés, leur captivité qui sera fatale aux trois quarts des captifs.

La guerre d’Indochine n’est pas finie mais la France ne peut plus la gagner.

Le Viet Minh autorise cependant Geneviève de Galard et le personnel médical à continuer les soins sur les blessés , mais elle refusera toujours toute coopération ; quand certains Viet Minh commencent à utiliser les médicaments pour leur propre usage, elle en cache dans sa civière. Libérée le 24 mai, après avoir attendu que les blessés graves soient évacués.

 

Une gloire inattendue

A sa libération, les objectifs des photographes la surprennent à son arrivée sur l’aéroport de Luang Prabang, au Laos.

Ce n’est que le 5 juin 1954, que la France et le reste du monde découvre cette jeune femme de 19 ans, brune aux yeux bleus, avec sa tenue de para, tout juste sortie de l’enfer, « l’héroïne de Diên Biên Phu », fait la couverture de Paris Match, dans un pays qui, pourtant, n'avait eu de cesse de se désintéresser de ce conflit.

Harcelée par les journalistes à Paris, on lui propose un pont d’or pour une interview, Hollywood veut faire un film… Elle se réfugie chez sa sœur, en Bretagne. « L’une des tâches à laquelle je m’attelle est de répondre au courrier que m’adressent les familles de ceux qui sont restés en Indochine. »

 

En juillet 1954, elle est invitée par le Congrès américain, honneur dont seul La Fayette avait jusque-là bénéficié.

Le président américain Eisenhower qui lui remet le 29 juillet1954 la médaille de la Liberté́ (Medal of Freedom) lors d’une cérémonie dans la roseraie de la Maison-Blanche à Washington.

La presse américaine parachève sa légende en la surnommant « l’ange de Diên Biên Phu ». « Jamais dans le camp retranché, il n’est venu à personne l’idée de m’affubler de ce surnom éthéré, dira-t-elle. Recevoir ces honneurs me gêne vraiment, alors que je n’ai fait que mon devoir. »

 

Geneviève de Galard, ne cherchera jamais la lumière. Elle a poursuivi pendant quelques mois, son travail de convoyeuse en Indochine, puis travaillé à l'hôpital militaire des Invalides avant d'épouser en 1956, le capitaine Jean de Heaulmes, rencontré en Indochine. Elle quitte l’armée, suit son mari dans ses affectations.

Elle saluait avec courtoisie les habitants du 17ème arrondissement de Paris où elle était conseillère municipale (1983). Un salut toujours digne, mais avec retenue, sans jamais faire état du secours précieux qu'elle avait apporté à des jeunes soldats partis mourir pour un pays qui ne les regardait plus.

 

Si elle reprend la parole, lorsque Jacques Chirac lui remet la cravate de commandeur de la Légion d’honneur, lors des hommages du 50e anniversaire de la bataille, en 2004, c’est pour parler au nom de ceux qui ont donné leur vie à Diên Biên Phu : « J’ai voulu témoigner pour eux, car ils appartiennent à notre histoire, celle qui mérite d’être connue et enseignée. »

Dans ses mémoires (Une femme à Diên Biên Phu, Les Arènes), elle raconte quarante jours d’un combat héroïque.

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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 09:53

Des centaines de parisiens et touristes, la croisent tous les jours, sans la voir, faute de ne pas lever suffisamment les yeux au ciel, pour contempler sa plus ancienne horloge publique.

C’est en levant bien la tête au niveau de la Conciergerie, dans l’Île de la Cité, que vous pourrez observer ce joyau parisien, qui donne l’heure aux parisiens depuis 1371 !

Ce n’est plus celle commandée par le roi Charles V en 1370, lorsqu’il abandonna le Palais de la Cité pour le Louvre, car elle fut entièrement restaurée en 2012

Seule horloge publique pendant plusieurs siècles, elle fut à de multiples reprises récupérée par le pouvoir royal, chaque souverain lui apportant sa touche personnelle.

Parmi ces transformations, les plus importantes furent l’œuvre des rois Henri II, Henri III et Henri IV, sans compter la révolution française, qui a malheureusement largement endommagé le monument.


Le cadran a été reconstruit en 1849, d’après des plans de l’horloge retrouvés telle qu’elle était en 1686, sous Louis XIV. Sous le petit toit qui abrite le cadran sont inscrites des initiales entrelacées (voir photo) : celles « H » et « C » pour Henri II et Catherine de Médicis, et celles « H » et « M » pour Henri IV et Marguerite de Valois (dite la reine Margot).
La petite histoire raconte que le « H » et le « C » entremêlés forment secrètement le D de Diane de Poitiers, favorite d’Henri II.

Les moins polémiques attribuent ce D à l’emblème de la maison d’Orléans, un croissant de lune, à laquelle appartenait le roi. … À chacun son interprétation…


Le cadran est entouré de deux figures allégoriques représentant la loi (à gauche) et la justice (à droite). Plus haut, une inscription latine signifiant « Celui qui lui a déjà donné deux couronnes lui en donnera une troisième » est surmontée des couronnes de France et de Pologne, royaumes d’Henri III.

Enfin, on peut voir sur les angles de l’horloge les différentes dates de restauration (1852, 1952).

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13 mai 2024 1 13 /05 /mai /2024 17:13
Mémorial de Lauzach aux 450 Morbihannais mort pour la France en Indochine et en Corée

Retour en arrière

Chassés du Viêt-Nam (on écrit aussi Vietnam) par les Japonais en 1945, les Français ont tenté d'y revenir par la force dans les mois suivants en affrontant les indépendantistes vietnamiens, regroupés au sein du Viêt-Minh (ou Vietminh), le parti communiste de Hô Chi Minh.

Le 19 décembre 1946, Hô Chi Minh, chef du parti communiste vietnamien, engage ses compatriotes à chasser par les armes le colonisateur français à Hanoï et dans tout le Tonkin (Nord-Vietnam). C'est le début de la guerre d'Indochine...

 

En mai 1953, à Paris les politiques estiment que la guerre doit se terminer. Le général de Navarre remplace Salan. Le nouveau commandant en chef dispose de près de 450 000 hommes en incluant les troupes indochinoises.

 

Nous sommes en 1954, après quelques opérations réussies qui écartent la menace que le Viêt-Minh fait peser sur le delta, le général Navarre entend protéger le Laos voisin, dont le gouvernement est resté fidèle à la France.

Afin de détruire l’ennemi avec son artillerie et son aviation, Navarre choisit la cuvette de Diên Biên Phu (16 kilomètres de long sur 9 de large), située près de la frontière laotienne.

Cette plaine de 65 km2 encaissée entre de hautes montagnes ne fait pas l'unanimité et un officier français aurait lancé à son propos : « Mais c'est un pot de chambre ! On va nous pisser de partout ! ».

 

L’assaut

Le 20 novembre 1953, deux bataillons de parachutistes sous les ordres du commandant Marcel Bigeard sautent sur ce morceau de jungle et chassent le régiment du Viêt-Minh qui l'occupait.

Sous le commandement en chef du colonel de Castries, les troupes terrestres commencent immédiatement à défricher le terrain. Ils le transforment en camp retranché avec barbelés, tranchées et fortins aux noms langoureux de Gabrielle, Béatrice, Isabelle...

Ils aménagent à une dizaine de kilomètres des crêtes, hors de portée de l'ennemi (du moins l'espèrent-ils), un terrain d'aviation. Le général Navarre compte sur ce terrain pour ravitailler ses troupes (uniquement des militaires de carrière et parmi eux beaucoup de soldats de la Légion étrangère, y compris de jeunes Allemands, orphelins de la Wehrmacht).

 

Le piège se retourne contre son auteur

Les communistes vietnamiens, sous le commandement d’Hô Chi Minh mobilise ses troupes, autour du camp retranché. En poussant des bicyclettes la nuit à travers la jungle, ses coolies ou hommes de main amènent autour du camp, en quelques semaines, de l'artillerie lourde et du ravitaillement pour des milliers de combattants. Pas moins de 260 000 coolies et 20 000 bicyclettes sont mis à contribution.

Le général Vo Nguyen Giap, commandant l'Armée Populaire du Viêt-Nam, décide le 25 janvier 1954 d'attaquer le camp avec cinq divisions, soit 35 000 combattants.

Le camp français compte 10 813 hommes (il s'agit d'engagés et non de conscrits, dont 40% de la Légion étrangère), sous le commandement du colonel de Castries.

Au dernier moment, Vo Nguyen Giap, trouvant cette attaque prématurée pouvant déboucher sur un échec pour son camp, se ravise. Le général Navarre croit au succès de sa stratégie.

Mais Vo Nguyen Giap ne se retire pas. Il entame le 3 février 1954 un siège méthodique, ceinturant la base avec 350 kilomètres de tranchées, au plus près des postes français.

 

L’attaque

Le 13 mars 1954, Giap envoie ses troupes à l'attaque de Diên Biên Phu, dans le camp français la surprise est totale.

Les « bo doï » (nom donné aux soldats communistes) concentrent leurs tirs sur la piste d'aviation, seul lien entre la base aéroterrestre et les arrières. Dès le 28 mars, la piste est inutilisable et les Français ne sont plus ravitaillés que par des parachutages. Après de rudes combats et la chute successive des différents fortins, l'assaut final a lieu le 7 mai et le cessez-le-feu est déclaré à 17h30.

Le colonel de Castries, qui n'a plus de munitions, n'a d'autre choix que de se rendre.

La bataille aura fait 3 000 morts et disparus dans le camp français ainsi que 4 000 blessés. 10 000 hommes sont faits prisonniers et vont subir un long calvaire dans la jungle, humiliés de toutes les façons possibles par les vainqueurs. Seuls 3.300 seront libérés, épuisés, en septembre 1954. Du côté vietnamien, les chiffres sont plus incertains. Il y aurait eu 20 000 à 30 000 tués et blessés.

 

Fin de la guerre

À Paris, le président du Conseil Joseph Laniel annonce officiellement aux députés la chute du camp, c'est la consternation dans le camp français.

Le lendemain s'ouvre la conférence de Genève qui conduira au partage du Viêt-Nam entre deux gouvernements antagonistes.

À Genève, le 21 juillet 1954, les diplomates signent un accord qui met fin au conflit mais tout en divisant le Vietnam en deux moitiés ennemies (comme l'Allemagne et la Corée) … tout en ouvrant la perspective d'un nouveau conflit, idéologique celui-là, entre le Nord-Vietnam communiste et le Sud-Vietnam pro-américain.

 

Conclusion

Ainsi ce termine dans cette cuvette un siècle de présence française en Indochine, là où le général Henri Navarre a concentré 15 000 hommes, avec comme objectif de desserrer l’étau des communistes vietnamiens sur le riche delta du Tonkin… Au tour maintenant des Américains de connaitre l’enfer du Viet-man.

De l'autre côté de la planète, en Algérie, cette défaite française donne le signal d'une nouvelle guerre de décolonisation...  

 

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11 mai 2024 6 11 /05 /mai /2024 21:04

La guerre d'Indochine (1946-1954), avait tous les ingrédients pour quelle soit oubliée. Cette guerre à plus de 10000km de la France. Les combattants du « corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) ne sont pas des conscrits mais des militaires de métier. Parmi ces hommes (maximum 235000, on compte une bonne moitié de « volontaires » des colonies d’Afrique et d’Asie ainsi que des soldats de la Légion étrangère, parmi lesquels beaucoup de jeunes Allemands, orphelins de la Wehrmacht, à l’égard desquels l’opinion publique se sent peu d’affinités. D’autre part elle se terminera par une cuisante défaite à Diên Biên Phu.

Le drame puise sa source dans la mainmise brutale du Japon sur l'Indochine et la volonté du général de Gaulle, à la Libération, de réinvestir la « Perle de l'Empire français » pour l'honneur du drapeau. 

 

La France, n’est pas encore toute libérée (La dernière ville libérée sera St Nazaire le 11 mai 1945, trois jours après la capitulation de l’Allemagne), que le 9 mars 1945 les Japonais s’emparent des leviers de commande en Indochine. Ils ont capturé, voire massacré, les militaires et colons français encore présents sur place.

Le 24 mars 1945, le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire de la France, déclare son intention de restaurer l'autorité de la France en Indochine et prendre de court ses alliés anglo-saxons qui lorgnent sur l'Indochine (comme le montrera leur décision, à Potsdam,) et d'en confier l'administration aux Chinois et aux Britanniques, à l'exclusion des Français.

 

De Gaulle projette d'établir une fédération de colonies et de protectorats qui comprendrait les trois provinces du Viêt-nam (les trois Ky : Tonkin, Annam et Cochinchine) ainsi que le Cambodge et le Laos. Le 14 août 1945, il nomme l'amiral Thierry d'Argenlieu gouverneur général de l'Indochine ; farouche partisan de la colonisation, l'homme a aussi la réputation d'être rigide et cassant.

Les événements se précipitent, le 2 septembre 1945, (jour de la capitulation du Japon), Hô Chi Minh, homme quasi-inconnu, chef du parti communiste vietnamien, le Vietminh, proclame unilatéralement l'indépendance de la République démocratique du Viêt-Nam (en abrégé VNDCCH). 

 

De Gaulle, qui entend rétablir la France dans toutes ses positions d'avant-guerre, envoie un corps expéditionnaire afin de reconquérir l'Indochine envoie un corps expéditionnaire débarque à Saigon sous le commandement du général Leclerc. Celui-ci est partisan de négocier avec le Vietminh, mais pour son supérieur hiérarchique d'Argenlieu, il n'en est pas question.

Fonctionnaires et militaires français se réinstallent sans trop de mal en Cochinchine, où le Vietminh est quasiment absent. Leclerc engage non sans succès la reconquête du nord.

 

Au Viêt-nam du sud, sous les ordres du lieutenant-colonel Jacques Massu, des soldats français s'emparent de Saigon (capitale de la Cochinchine), le 23 septembre 1945.

À sa manière audacieuse, Leclerc chasse Japonais et Chinois du Vietnam et du Cambodge.

 

En février 1946, Tchang Kai-chek accepte que les troupes françaises remplacent les troupes chinoises au nord. Le 7 mars 1946 à Haï-Phong (grand port du Tonkin), débarquent des éléments de la 2e DB, qui sont accueillis par le feu de l'artillerie chinoise. Leclerc poursuit sa route sur Hanoï où il fait une entrée triomphale le 18 mars 1946.

 

Malgré ses succès sur le terrain, Leclerc, qui a rencontré aussi Hô Chi Minh, ne tarde pas à se convaincre de l'inanité d'une restauration de la tutelle française. Le sort de l'Indochine repose maintenant sur les choix des responsables français...

En janvier 1946, après le départ du général De Gaulle, le nouveau gouvernement comprend l'inutilité de maintenir la France en Indochine et prépare un accord avec les Vietnamiens en vue de reconnaître leur indépendance.

 

Jean Sainteny (négociateur français) et Hô Chi Minh signent le 6 mars 1946, des accords reconnaissant un État libre du Viêtnam au sein de l'Union française... Il ne peut s'agir que d'un accord provisoire, Hô Chi Minh n'ayant d'autre objectif que de réunir le Vietnam sous un gouvernement communiste. 

 

Le 19 novembre 1946, une fusillade se produit dans le port de Haïphong entre une jonque chinoise (transportant de l'essence de contrebande) et la douane française. La fusillade fait 24 morts dont le commandant Carmoin qui s'avançait avec un drapeau blanc vers les Vietnamiens de la jonque.

L’amiral d'Argenlieu, exploite cette fusillade et en violation des accords du 6 mars rompt l'unité des trois Ky du Viêtnam en créant une Cochinchine indépendante affidée à la France.

 

Le 23 novembre, (sur ordre de d’Argenlieu) trois escorteurs bombardent le port de Haïphong (l'attaque aurait fait jusqu'à 6 000 morts). L'événement passe inaperçu de la métropole, le chef du gouvernement, Léon Blum, n'en perçoit pas la gravité. Mais sur place, il n'en va pas de même, l'agression lève les dernières hésitations de Hô Chi Minh.

Le Vietminh, (parti de Hô Chi Minh) lance une offensive générale contre les Français le 19 décembre. La centrale électrique de Hanoï est détruite, les rues barrées, les magasins et les maisons d'Européens attaqués... On ne compte pas moins de 400 victimes, morts et disparus, parmi les colons.

 

Le lendemain, sitôt après le massacre, « l’oncle Hô », surnom du chef, publie une déclaration sans ambiguïté : « Luttez par tous les moyens dont vous disposez. Luttez avec vos armes, vos pioches, vos pelles, vos bâtons. Sauvez l'indépendance et l'intégrité territoriale de la patrie. Vive le Vietnam indépendant et indivisible. Vive la démocratie » (Pierre Pellissier, Dien Bien Phu, Perrin, 2004), et Hô Chi Minh entre dans la clandestinité.

 

Vo Nguyen Giap, (ancien professeur d'Histoire), son adjoint prend la direction des affaires militaires, Il créée une armée de 60 000 hommes avec l'objectif de chasser les Français.

L'opinion française se montre indifférente à cette guerre coloniale, quand elle ne s'y oppose pas par des manifestations contre les convois de soldats, voire de blessés rapatriés d'Indochine.

 

Rien de tel du côté vietnamien. Les communistes bénéficient du soutien de la population et s'assurent la maîtrise de la plus grande partie du Tonkin.

Sur le terrain, les combattants Vietminh, brûlent des villages, des femmes sont violées, des paysans massacrés. Les communistes eux-mêmes exécutent sans état d'âme tous les hésitants et les présumés collaborateurs de l'ennemi. 

Le gouvernement français tente de restaurer un semblant de protectorat en installant à sa tête l'ancien empereur de l'Annam, Bao-Daï, mais l'homme n'ayant de goût que pour les casinos et les boîtes de nuit, c’est un échec.

En Chine, le 1er octobre 1949, Mao Zedong, devient le maitre du pays… et il va apporter son soutien logistique à Hô Chi Minh.

 

Les américains lâchent alors Hô Chi Minh, repousse une attaque communiste en Corée en juin 1950, décidant ainsi de soutenir massivement l'effort de guerre de la France. De coloniale, la guerre devient une guerre de résistance au communisme !

Les bombes au napalm testées dans la guerre de Corée font leur apparition au Vietnam. Cette essence gélifiée larguée par les avions à basse altitude enflamme la forêt et les campagnes en un éclair sur plusieurs centaines de mètres, ne laissant aucune chance aux paysans et maquisards de leur échapper. 

 

Malgré ces moyens extrêmes et devant la difficulté de tenir les confins sino-indochinois, l'armée française décide de les évacuer. L’évacuation se solde par une attaque communiste à Cao-Bang, en octobre 1950 et de très lourdes pertes pour le corps expéditionnaire : 7 000 victimes sur un effectif de 8 000 hommes ! Ce coup dur relance en France l'opposition à la guerre.

 

En décembre 1950, le général Jean de Lattre de Tassigny reprend les choses en main et redresse la situation. Mais, malade et accablé par la mort au combat de son fils unique Bernard, lieutenant en service au Tonkin, le « roi Jean » s'éteint à Paris le 11 janvier 1952.

 

Son successeur, le général Raoul Salan, poursuit avec un certain succès le travail de « pacification ». Il installe dans les montagnes, au cœur des zones ennemies, des camps retranchés ou « hérissons » sur lesquels viennent se briser les offensives du général Giap. Il remporte ainsi un succès à Na Sam en décembre 1952 puis dans la plaine des Jarres.

 

Le 8 mai 1953, les aléas de la politique parisienne portent le général Henri Navarre à la tête du corps expéditionnaire, en remplacement de Salan. Le nouveau commandant en chef dispose de près de 450 000 hommes en incluant les troupes indochinoises.

 

À Paris, les responsables politiques estiment que la guerre, officiellement qualifiée « d’opérations de pacification », n'a que trop traîné. Il est temps que la France se retire du Viêt-Nam, si possible avec les honneurs.

Sur place, le général Henri Navarre décide de créer un puissant camp fortifié au cœur des montagnes du nord-Vietnam, dans une plaine de 65 km2. Ce sera Diên Biên Phu.

Ce camp fortifié de près de quinze mille hommes aura pour mission de fixer les troupes du Vietminh et de les empêcher d'entrer au Laos voisin, dont le gouvernement est resté fidèle à la France.

 

Le général Giap prépare soigneusement le siège et le 3 février 1954 déclenche l'assaut par un déluge d'artillerie. Le 7 mai 1954, veille de l'anniversaire de la Capitulation allemande, le colonel de Castries, qui a déjà perdu trois mille hommes et n'a plus de munitions, doit se rendre. (à suivre la bataille de Diên Biên Phu).

 

 

Sources : La guerre en Indochine (Les Actualités Françaises 1951) -INA- Les Amis d’Hérodote

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